vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2404506 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024 sous le n° 2404506 et un mémoire enregistré le 18 septembre 2024, M. D B, représenté par Me Arafat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", ou à défaut de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une incompétence de son auteur ;
- les décisions portant refus de séjour et fixant le pays de renvoi sont entachées d'un défaut de motivation ;
- l'ensemble des décisions sont entachées d'erreurs, le cas échéant manifestes, d'appréciation de sa situation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2405665 le 24 juillet 2024 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat puis transmise au tribunal administratif de Toulouse le
10 septembre 2024, et un mémoire enregistré le 18 septembre 2024, M. B conclut aux mêmes fins que sa requête enregistrée sous le n° 2404506, par les mêmes moyens.
Vu :
- l'ordonnance du 10 septembre 2024 du président de la section contentieux du Conseil d'Etat renvoyant au tribunal administratif de Toulouse la requête de M. B ;
- les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et de l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont régulièrement été averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gigault a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant libanais né le 25 juin 1995 à Akkar Al Atika, est entré en France le 17 février 2018 muni d'un passeport revêtu d'un visa portant la mention " Etudiant ". A compter du 30 janvier 2019, il a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle puis d'une carte de séjour temporaire portant la mention " Etudiant ", cette dernière ayant été régulièrement renouvelée jusqu'au 21 décembre 2023. Le 6 février 2024, M. B a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire. Par un arrêté du 25 juin 2024, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la jonction :
2. La requête enregistrée sous le n° 2405665 a été renvoyée au tribunal administratif de Toulouse suivant ordonnance du 10 septembre 2024 du président de la section contentieux du Conseil d'Etat. Cette requête, tout comme celle enregistrée sous le n° 2404506, est dirigée contre l'arrêté du 25 juin 2024 susvisé. Il y a lieu par suite de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. Par un arrêté du 11 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation de signature à Mme A C, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, et notamment pour signer les refus d'admission au séjour, les mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour, qui vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article
L. 422-1, mais également le parcours universitaire et les circonstances relatives à la situation personnelle du requérant, comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfont dès lors aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". L'article L. 433-1 du même code dispose que : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () ". Il appartient au préfet, lorsqu'il est saisi par un étranger d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour délivré sur le fondement des études, de rechercher si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.
6. Le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer le titre de séjour mention " étudiant " sollicité par M B aux motifs qu'il a échoué à l'issue des années universitaires 2018/2019 et 2019/2020 en deuxième année de second cycle de l'université de technologie de Belfort-Montbéliard, mais également à l'issue de l'année 2020/2021 en troisième année de licence de physique de l'université du Havre, des années 2021/2022 et 2022/2023 en troisième année de licence de physique mono-disciplinaire puis en troisième année de licence de physique bi-disciplinaire de l'université de Paris la Sorbonne, et enfin à l'issue de l'année universitaire 2023/2024 en troisième année de licence d'électronique, énergie électrique, automatique de l'université de Toulouse. M. B fait valoir que ses échecs s'expliquent par les conséquences psychologiques et financières qu'ont eues sur lui la situation de son père au Liban qui a été victime d'un grave accident et a rencontré d'importantes difficultés financières l'empêchant de financer normalement les études de son fils. Toutefois, ces éléments, qui au demeurant ne sont corroborés par aucune des pièces du dossier, ne suffisent pas, en tout état de cause, à justifier l'absence de validation de tout diplôme en dépit de six années de présence en France. En l'absence de progression significative lui permettant de valider un diplôme, le fait que M. B ait validé certaines unités d'enseignement des différents cursus suivis ne sont pas suffisant pour démontrer la réalité et le sérieux des études qu'il affirme poursuivre. De même, aucune des pièces du dossier ne permet d'établir que l'échec de l'intéressé à l'issue de l'année universitaire 2020/2021 puisse trouver sa justification dans les conséquences de l'épidémie liée au coronavirus. Enfin, si
M. B est inscrit pour l'année universitaire 2024/2025 en troisième année de licence d'électronique, énergie électrique, automatique à l'université de Toulouse, cette inscription est postérieure à la décision attaquée et est sans incidence sur sa légalité. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation de sa situation. Le moyen doit par suite être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point précédent, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Le moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
8. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi, qui vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qui précise que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.
9. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Le moyen ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2405665 et 2404506 de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Haute Garonne.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, où siégeaient :
- Mme Arquié, présidente,
- Mme Gigault, première conseillère,
- M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
S. GIGAULT
La présidente,
C. ARQUIE
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N° os 2404506,2405665
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