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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2404507

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2404507

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2404507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET BRANGEON DESCHAMPS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, Mme A C, représentée par Me Brangeon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, et dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 et de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que sa formation nécessite des périodes de stage en entreprise à réaliser sur le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est considéré en situation de compétence liée ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise, relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont régulièrement été averties du jour de l'audience.

Le rapport Mme Gigault a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante gabonaise née le 13 juin 2002 à Libreville (Gabon), est entrée en France le 24 février 2022 munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 15 février 2023. Elle a ensuite bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable du 28 avril 2023 au 27 avril 2024. Le 12 mars 2024, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 1er juillet 2024, le préfet de la Haute-Garonne a refusé le renouvellement sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants () ". Aux termes de l'article 12 de la même convention : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention ".

3. Pour l'application des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-gabonais, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études effectivement poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

4. Le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B aux motifs qu'elle n'avait validé aucune année de son parcours universitaire, que sa progression était limitée depuis le début de son cursus et que la formation qu'elle suit depuis sa réorientation, intégralement accessible à distance, ne nécessite pas sa présence effective sur le territoire français. S'il n'est pas contesté que l'intéressé n'a pas validé les enseignements suivis entre les mois de février et juillet 2022 en ce qui concerne le BTS Management commercial opérationnel auquel elle était initialement inscrite, il ressort toutefois des certificats de scolarité et attestations établies par l'école où la requérante suit désormais des cours en vue d'obtenir un BTS Professions immobilières, qu'elle a validé sa première année de formation et que sa moyenne globale pour la période du 16 juillet 2022 au 13 juillet 2024 était de 15,45/20 avec une progression aux évaluations de 50% et de 23% en cours. Si son relevé de notes fait état de douze évaluations rendues au lieu des vingt-quatre attendues, celles qui ne l'ont pas été concernent très majoritairement des entraînements et devoirs blancs. En outre, l'équipe pédagogique souligne le travail sérieux de l'intéressée, tout comme les entreprises qui l'ont accueillie en stage du 1er mai au 16 juin 2023 puis du 02 octobre au 17 novembre 2023. Enfin, il ressort de l'attestation établie le 10 juillet 2024 par l'école, que Mme B devra se présenter à une dernière session d'examen en 2025. Ainsi, seuls les cinq premiers mois d'études de l'intéressée ont donné lieu à un ajournement, tandis que depuis septembre 2022 elle suit normalement sa scolarité et progresse au regard des résultats obtenus. Sa présence sur le territoire national est obligatoire pour la validation de son diplôme, laquelle ne saurait être conditionnée à une éventuelle obtention ultérieure d'un visa de court séjour. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne a méconnu les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de son titre séjour. L'illégalité de cette décision prive de base légale les autres décisions édictées dans l'arrêté du 1er juillet 2024 portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Il en résulte que cet arrêté doit être annulé dans l'ensemble de ses dispositions.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement, qui annule l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 1er juillet 2024, implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que cette autorité délivre à Mme B un titre de séjour portant la mention " étudiant " sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de fait de l'intéressée. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu en l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Brangeon à percevoir la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Brangeon une somme de 1 250 euros au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante, la somme de 1 250 euros lui sera directement versée.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 1er juillet 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ".

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Brangeon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Brangeon une somme de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante, la somme de 1 250 euros sera directement versée à Mme B.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Brangeon et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Arquié, présidente,

- Mme Gigault, première conseillère,

- M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La rapporteure,

S. GIGAULT

La présidente,

C. ARQUIE

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2404507

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