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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2404524

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2404524

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2404524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLESCARRET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024, sous le n°2404524, et des pièces complémentaires, enregistrées les 12 et 18 septembre 2024, Mme G D H, représentée par Me Lescarret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 précité.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- le préfet s'est estimé lié par les décisions rendues par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale dans la mesure où la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale dans la mesure où la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024, sous le n°2404525, et des pièces complémentaires, enregistrées les 12 et 18 septembre 2024, M. F B D, représenté par Me Lescarret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 précité.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- le préfet s'est estimé lié par les décisions rendues par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale dans la mesure où la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale dans la mesure où la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Lescarret, représentant Mme D H et M. B D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Me Lescarret soulève un nouveau moyen à l'encontre des interdictions de retour sur le territoire français tirés de ce que le préfet, en retenant la circonstance que les requérants étaient ressortissants d'un pays dispensé d'un visa de court séjour pour entrer dans l'espace Schengen, aurait entaché ses décisions d'un détournement de procédure,

- les observations de Mme D H et M. B D, assistés de Mme E, interprète en langue espagnole, qui répondent aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D H, née le 12 septembre 1984 à Bogota (Colombie), et son fils M. B D, né le 20 mai 2004 à Bogota (Colombie), tous deux ressortissants colombiens, déclarent être entrés sur le territoire français le 17 février 2023. Ils ont sollicité leur admission au bénéfice de l'asile le 23 février 2023. Par deux décisions du 24 août 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leur demande d'asile. Ces rejets ont été confirmés par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile en date du 16 avril 2024. Par deux arrêtés du 11 juillet 2024, le préfet de la Haute-Garonne les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et les a interdits de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Par leur présente requête, Mme D H et M. B D demandent au tribunal d'annuler les décisions contenues dans ces arrêtés.

2. Les requêtes susvisées, nos 2404524 et 2404525, concernent les deux membres d'une même famille, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes des intéressés, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

4. Par un arrêté du 11 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°31-2024-143, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme A C, directrice des migrations et de l'intégration pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, les arrêtés attaqués visent les dispositions et les stipulations dont ils font application, notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ils retracent les conditions d'entrée et de séjour en France de Mme D H et M. B D, le parcours de leur demande d'asile et mentionnent les principaux éléments de leur situation personnelle. Par suite, les décisions attaquées sont suffisamment motivées et les moyens invoqués à cet égard doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces des dossiers, ni des termes des arrêtés attaqués, que le préfet n'aurait pas examiné, comme il y est tenu, la situation personnelle des requérants ou qu'il se serait estimé à tort en situation de compétence liée pour prendre les décisions attaquées. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L.542-1 et L.542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

8. Il ressort des pièces des dossiers que les décisions contestées obligeant les requérants à quitter le territoire français ont été prises sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la suite des décisions de rejet de leur demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile le 16 avril 2024. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ", et aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. En l'espèce, si Mme D H et M. B D se prévalent de leur présence sur le territoire français depuis le 17 février 2023, ils n'ont été admis à y séjourner que le temps de l'examen de leur demande d'asile, rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 16 avril 2024. Si Mme D H se prévaut de la présence et de la scolarisation sur le territoire français de ses deux autres enfants mineurs, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale que les requérants constituent avec ces derniers se reforme en dehors de France. A cet égard, il ne ressort pas des pièces des dossiers que ses enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans les conditions équivalentes à celles qu'ils connaissent en France en dehors du territoire national. En outre, si les intéressés produisent des attestations faisant état d'activité de bénévolat et de ce qu'ils ont suivi des cours de français, ces éléments ne sont pas de nature à démontrer une intégration sociale ou professionnelle d'une particulière intensité sur le territoire français. De même, ils ne justifient pas, en se bornant à produire l'attestation de demande d'asile de la sœur de la requérante, d'attaches en France, et ne démontrent pas être dépourvus d'attaches personnelles dans leur pays d'origine, la Colombie, où ils ont vécu la majeure partie de leur vie. Enfin, si la requérante soutient que son état de santé nécessite un accompagnement, il ne ressort pas des pièces des dossiers, et notamment de l'attestation de prise en charge psychologique produite à l'instance, qu'elle pourrait bénéficier d'un titre de séjour en raison de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, si Mme D H et M. B D font valoir qu'ils sont exposés à des risques en cas de retour en Colombie, ils ne peuvent utilement se prévaloir des risques encourus dans leur pays d'origine à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, qui n'ont pas pour objet de fixer le pays de renvoi. Dès lors, les moyens tirés de ce que les décisions contestées méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen soulevé par Mme D H tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté et les moyens soulevés par les requérants tirés de ce que ces décisions seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation et de leurs conséquences sur leur situation doivent être également écartés.

En ce qui concerne les décisions portant fixation du pays de renvoi :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été développé précédemment que Mme D H et M. B D ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de renvoi seraient illégales en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués visent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ils indiquent que Mme D H et M. B D n'établissent pas être exposés à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, les décisions attaquées sont suffisamment motivées et les moyens invoqués à cet égard doivent être écartés.

13. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces des dossiers, ni des termes des arrêtés attaqués, que le préfet n'aurait pas procédé, comme il y est tenu, à un examen sérieux de la situation des requérants. Par suite, les moyens invoqués à cet égard doivent être écartés.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Mme D H et M. B D soutiennent qu'ils craignent d'être exposés à des persécutions ou à des atteintes graves en cas de retour dans leur pays d'origine en raison de l'engagement associatif et du rôle de " leader social " de Mme D H. Ils indiquent que la requérante était engagée dans une association qui accompagne les femmes victimes de violences intrafamiliales. Ils mentionnent également que Mme D H a été menacée à compter de février 2022, avant d'être agressée par trois hommes en janvier 2023, en raison du soutien apportée à une femme victime de violences de la part de son mari policier qu'elle a accompagnée à partir de décembre 2021 et qu'elle a aidée dans sa démarche de dépôt de plainte contre son mari en octobre 2022. Ils précisent que M. B D a été arrêté par la police à plusieurs reprises sans connaître la raison de ces arrestations. Toutefois, en se prévalant notamment, outre différents extraits de rapports d'organisations internationales et d'articles de presse sur la situation en Colombie, d'un témoignage manuscrit non daté, traduit le 12 juin 2023, d'une femme se présentant comme la victime que la requérante a aidée, ainsi que des photographies de la requérante et de sa sœur affichées dans les rues et présentées comme des avis de recherche, les requérants n'apportent, dans le cadre des présentes instances, aucun élément nouveau qui serait de nature à leur permettre d'établir la réalité des risques encourus en cas de retour dans leur région d'origine ou dans une autre région de Colombie alors, au demeurant, que leur demande d'asile a été rejeté, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'aile le 16 avril 2024. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

16. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, le moyen soulevé par Mme D H tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français seraient privées de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

18. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués visent les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ils mentionnent avec une précision suffisante les considérations de fait qui constituent le fondement des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation doivent être écartés.

19. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces des dossiers, ni des termes des arrêtés attaqués, que le préfet aurait retenu, en tant que critère déterminant de la légalité des décisions attaquées, la circonstance que les requérants étaient ressortissants d'un pays dispensé d'un visa de court séjour pour entrer dans l'espace Schengen. Par suite, les moyens tirés du détournement de procédure doivent être écartés.

20. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

21. En l'espèce, il résulte de ce qui précède que les intéressés ne justifient ni d'une présence significative, ni de liens d'une particulière intensité sur le territoire français. Dans ces conditions, nonobstant l'absence de menace pour l'ordre public et l'absence de précédente mesure d'éloignement, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans entacher ses décisions d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, prendre à l'encontre de Mme D H et M. B D des interdictions de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Par suite, les moyens tirés de ce que les décisions en litige méconnaîtraient les dispositions précitées et de ce qu'elles seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation et des conséquences qu'elles emportent sur leur situation doivent être écartés.

22. Il résulte de ce qui précède que Mme D H et M. B D ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Haute-Garonne en date du 11 juillet 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Lescarret les sommes réclamées en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D H et M. B D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G D H, à M. F B D, à Me Lescarret et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°s 2404524, 2404525

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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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