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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2404537

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2404537

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2404537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMERCIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2024, M. A D, représenté par Me Mercier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à défaut, un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble de l'arrêté :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 6 novembre 2024, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Clen a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain né le 19 janvier 1997, est entré en France le 21 août 2018, muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour " étudiant " valant titre de séjour, valable du 20 août 2018 au 20 août 2019. Il a ensuite bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable du 15 septembre 2019 au 14 septembre 2020, puis d'une carte de séjour pluriannuelle au même titre, valable du 15 septembre 2020 au 14 novembre 2023. Le 23 octobre 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour " étudiant " en faisant valoir, pour l'année universitaire 2023/2024, une inscription en deuxième et troisième année de licence d'arabe d'une part, et en deuxième année de licence informatique - sciences humaines et sociales à l'Université Toulouse - Jean Jaurès, d'autre part. Par un arrêté du 25 juin 2024, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il demandait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 6 novembre 2024 du bureau d'aide juridictionnelle, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble de l'arrêté :

3. En premier lieu, par un arrêté du 11 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation de signature à Mme B C, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, et notamment pour signer les refus d'admission au séjour, les mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de son arrêté, le préfet de la Haute-Garonne a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé les conditions de l'entrée en France du requérant, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré que celui-ci ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour sollicité. Il a enfin énoncé des éléments suffisants sur sa situation personnelle et familiale. Ainsi, le préfet a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. En outre, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour. Enfin, la décision fixant le pays de destination rappelle la nationalité de M. D et précise que ce dernier n'établit pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine. Par suite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si le demandeur peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études. Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant est notamment subordonné à la justification, par son titulaire, de la réalité et du sérieux des études poursuivies.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si le demandeur peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études. Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant est notamment subordonné à la justification, par son titulaire, de la réalité et du sérieux des études poursuivies.

7. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour en qualité d'étudiant de M. D, le préfet s'est fondé sur l'insuffisance des résultats, le manque d'assiduité et l'incohérence du parcours, en relevant qu'après avoir suivi, sans la valider, une première année en BTS comptabilité et gestion au lycée général et technologique Clément Marot à Cahors (Lot), il s'est inscrit en première année de licence Administration Economique et sociale à l'Université Toulouse I - Jean Jaurès, sans davantage la valider. Il a ensuite entrepris une licence d'arabe au sein de la même université, qu'il a validée. Toutefois, il n'a pas réussi à valider la seconde année de cette licence. Il s'est inscrit simultanément en première année de licence de mathématiques et informatiques appliquées aux sciences humaines, qu'il n'est pas parvenu à valider, puisqu'il a échoué en première année. Enfin, l'intéressé ne présente aucun justificatif d'inscription au titre de l'année scolaire 2024/2025. Dans ces conditions, M. D, qui ne démontre pas une progression effective dans ses études universitaires depuis son entrée sur le territoire français, ne justifie pas du caractère réel et sérieux de ses études. Par suite, en refusant de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'a pas commis d'erreur de droit.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. M. D fait valoir qu'il réside en France depuis six ans à la date de la décision contestée, qu'il est hébergé chez sa compagne, ressortissante italienne, sans toutefois l'établir, et s'est intégré en France. Toutefois, le requérant est célibataire et sans enfant et n'établit pas avoir noué des relations anciennes et stables en France. Dès lors, le refus de titre de séjour opposé à M. D, de même que l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre, n'ont pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit par suite être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait, par voie de conséquence, illégale doit être écarté.

11. En deuxième lieu, comme évoqué au point 9 du présent jugement, la décision ne porte pas atteinte à son droit à une vie privée et familiale au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant fixation du pays de destination :

12. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré ce que la décision fixant le pays de renvoi serait, par voie de conséquence, illégale doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

14. M. D résidait en France depuis cinq années à la date de la décision attaquée et il n'est pas allégué que sa présence constituerait une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ne démontre pas avoir noué des relations anciennes, stables et intenses sur le territoire. Le requérant n'établit pas davantage être parfaitement intégré à la société française. En outre, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. D, qui allègue, sans l'établir, avoir noué une relation affective sur le territoire français, et se prévaut de la présence en France de la famille de son frère, s'est déclaré célibataire lors de ses demandes de renouvellement de titre de séjour du 22 octobre 2021 et 23 octobre 2023. Enfin, il a vécu au Maroc jusqu'à l'âge de 22 ans où il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de M. D doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 25 juin 2024. Ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. D.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Mercier et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Clen, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lejeune, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

Le président-rapporteur,

H. CLEN

L'assesseur le plus ancien,

L. QUESSETTELa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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