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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2404544

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2404544

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2404544
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantGUEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 juillet et 16 septembre 2024, M. D A, représenté par Me Gueye, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai de quinze jours à compter la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à son droit de travailler et de se loger dans le pays dans lequel il exerce une activité professionnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article 7 bis de la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est établi qu'il réside habituellement en France depuis l'âge de treize ans ;

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et de l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont régulièrement été averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gigault ;

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 27 juillet 2005 à Oran (Algérie), déclare être entré en France en juillet 2019. Le 7 juillet 2023, il a sollicité son admission au séjour au visa des articles 6, 7 et 8 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article

L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 25 juin 2024, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour, qui vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, l'accord

franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais également la situation personnelle et familiale du requérant et son parcours scolaire, comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfont dès lors aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant avant de refuser de l'admettre au séjour, ni qu'il n'aurait pas analysé la demande de l'intéressé au titre de sa poursuite d'étude. L'appréciation différente portée par l'intéressé sur sa situation ne saurait établir le défaut d'examen invoqué alors que la décision attaquée rappelle les éléments déterminants de sa situation. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Si M. A soutient être entré sur le territoire français depuis le mois de juillet 2019, il n'en justifie pas, le certificat de scolarité le plus ancien qu'il produit au dossier étant daté du 6 décembre 2019. De même, le requérant qui allègue vivre chez sa belle-mère en compagnie de son frère et sa sœur, ne produit aucun élément de nature à établir la réalité et la nature des liens qu'il entretiendrait avec sa famille. Ainsi, la seule présence sur le territoire de M. A depuis quatre ans et demi à la date de la décision attaquée, n'est pas de nature à caractériser une vie privée et familiale ancienne, stable et intense en France. Par ailleurs, la circonstance que l'intéressé pratique de la boxe en club depuis 2019 n'est pas par elle-même de nature à prouver une intégration particulière dans la société française. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement de ses bulletins de note des deuxièmes et troisièmes trimestres de l'année scolaire 2022/2023, que les résultats de M. A étaient insuffisants, que son attitude en classe était inappropriée et qu'il n'était pas assidu en cours. S'il affirme désormais occuper un emploi d'agent d'entretien et de nettoyage, mais également disposer d'un contrat de professionnalisation dans le domaine de l'électricité, il n'en justifie pas. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait son droit de travailler et de se loger dans le pays dans lequel il exerce une activité professionnelle. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B C, directrice des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait d'une délégation consentie par le préfet de la Haute-Garonne en matière de police des étrangers, par un arrêté du 11 avril 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de titre de séjour, les mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire la décision attaquée doit être écarté.

9. En deuxième lieu, en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement de l'article L. 611-1, 3° de ce code n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, sa motivation se confondant avec celle de la décision portant refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit en conséquence être écarté.

10. En troisième lieu, la situation de M. A dont il n'est pas allégué qu'elle relèverait de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ne relève pas davantage de l'article 7 bis de cette même convention qui régit les conditions dans lesquelles ressortissants algériens visés à l'article 7 de la convention peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. A relèverait de cet article 7. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7 bis ne peut qu'être écarté.

11. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen doit être écarté.

12. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version issue de la loi du 26 janvier 2024 : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ".

13. La décision attaquée étant datée du 25 juin 2024, M. A n'est pas fondé à invoquer les dispositions de l'article L. 611-3 dans leur version antérieure à celle issue de la loi du 26 janvier 2024. En tout état de cause, M. A étant né le 27 juillet 2005, il était âgé de

dix-huit ans et onze mois à la date de la décision attaquée, de sorte qu'il n'avait plus la qualité de mineur. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

15. Dès lors que M. A ne produit aucun élément de nature à confirmer qu'il poursuivrait sa scolarité comme il le soutient, ni qu'il occuperait un emploi d'agent d'entretien ou qu'il disposerait d'un contrat de professionnalisation comme il l'allègue également, il n'existe aucune circonstance particulière de nature à justifier l'octroi d'un délai supérieur à trente jours pour organiser son départ. Ainsi, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du 25 juin 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation du requérant, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Gueye et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, où siégeaient :

- Mme Arquié, présidente,

- Mme Gigault, première conseillère,

- M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

S. GIGAULT

La présidente,

C. ARQUIE

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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