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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2404609

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2404609

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2404609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMERCIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, et des pièces enregistrées les 16 et 18 septembre 2024, Mme E A C, représentée par Me Mercier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, et dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée au regard des décisions de rejet de l'Office français de protection des étrangers et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ;

- la décision méconnaît le principe du contradictoire et son droit d'être entendue ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur celle-ci ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Par un courrier enregistré le 18 septembre 2024, Mme A C a demandé au tribunal que l'audience se tienne hors la présence du public.

Il a été fait droit à cette demande de huis clos.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Mercier, représentant Mme A C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de Mme A C, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante congolaise, né le 20 avril 1988 à Brazzaville (République du Congo) déclare être entrée sur le territoire français le 9 janvier 2023. Elle a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 23 février 2023. Par une décision du 3 octobre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Par une décision du 2 avril 2024, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet. Par un arrêté du 11 juillet 2024, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par sa présente requête, Mme A C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. Par un arrêté du 11 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°31-2024-143, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à

Mme B D, directrice des migrations et de l'intégration pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise les conditions d'entrée et de séjour de la requérante sur le territoire français, le parcours de sa demande d'asile et mentionne les principaux éléments de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, des décisions par lesquelles l'administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit et lui interdit le retour sur le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par Mme A C à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

6. D'autre part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusée à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile.

7. En l'espèce, lors de la présentation de sa demande d'asile, l'intéressée a été mise à même de présenter toutes les observations pertinentes sur sa situation personnelle. Elle n'avait donc pas à être spécifiquement invitée à formuler de nouvelles observations avant l'édiction de la mesure d'éloignement et des décisions qui l'assortissent. De surcroît, elle n'établit pas avoir été empêchée de faire état de nouveaux éléments auprès de l'autorité préfectorale entre le rejet de sa demande d'asile et l'édiction de l'arrêté attaqué. Ainsi, Mme A C ne peut être regardée comme ayant été privée de son droit d'être entendue préalablement à l'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son égard.

8. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée, que l'autorité préfectorale n'aurait pas examiné la situation personnelle de la requérante ou qu'elle se serait estimée liée par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile. Les moyens soulevés à cet égard doivent donc être écartés.

9. En quatrième lieu, aux termes des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. "

10. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée obligeant la requérante à quitter le territoire français a été prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la suite de la décision de rejet de la Cour nationale du droit d'asile lue en audience publique le 2 avril 2024, date à compter de laquelle l'intéressée ne bénéficiait plus d'un droit au maintien sur le territoire national en application des dispositions précitées. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que l'autorité préfectorale ne s'est pas considérée liée par le rejet de la demande d'asile de la requérante. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées du 4° de l'article

L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

12. En l'espèce, si Mme A C déclare être entrée en France le 9 janvier 2023, elle n'a été admise à y séjourner que le temps de l'examen de sa demande d'asile, qui a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 2 avril 2024. En outre, l'intéressée n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts en France et ne justifie pas, en se bornant à produire des attestations certifiant qu'elle a suivi une formation sur les codes professionnels ainsi que des cours de français, d'une particulière intégration sur le territoire national. Enfin, la requérante ne démontre pas être dépourvue d'attaches en dehors du territoire français, notamment dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Par ailleurs, si Mme A C se prévaut des risques encourus en cas de retour en République du Congo, une telle circonstance ne peut être utilement soulevée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas pour objet de fixer le pays de renvoi. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation le pays de renvoi :

13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Mme A C soutient qu'elle encourt des risques de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine. Elle soutient avoir été victime de violences et sévices sexuels de la part son oncle paternel au cours de sa minorité jusqu'au décès de son père en 2006, et que son oncle a, par la suite, commis les mêmes sévices en mai 2022 à l'encontre de sa fille mineure après qu'elle a été contrainte de se réinstaller chez de ce dernier. Elle précise à cet égard que son oncle paternel, jaloux de son mari et père de ses deux enfants avec lequel elle s'était installée en décembre 2007, a fait arrêter son mari à plusieurs reprises ce qui a conduit celui-ci à quitter le Congo pour l'Afrique du Sud en 2011. Mme A C précise également avoir dénoncé les faits commis par son oncle sur sa fille auprès des services de police, ce qui a conduit à son arrestation avant qu'il soit libéré grâce à l'intervention d'un neveu commissaire de police. L'intéressée précise également avoir été menacée par ce neveu, qui lui a intimé l'ordre de quitter la maison familiale et qu'alors qu'elle réunissait ses affaires pour s'enfuir, elle a eu une altercation avec son oncle, qui l'a menacée de continuer ses sévices et qu'elle a frappé avant de se rendre chez une amie, puis chez la sœur de son mari à Pointe-Noire. La requérante mentionne enfin qu'elle a continué d'être la cible de menaces de la part du neveu commissaire de son oncle et que des hommes de main de ce dernier, accompagnés des membres d'un groupe criminel de " bébés noirs ", s'en sont violemment pris à sa mère et à son frère qui est décédé de suites de ses blessures une semaine plus tard. En l'espèce, la Cour nationale du droit d'asile, dans sa décision du 2 avril 2024 produite à l'instance, souligne le caractère précis et concret des déclarations de la requérante et déclare plausible la circonstance qu'elle ait été victime de graves sévices, notamment sexuels, de la part de son oncle paternel de 2002 à 2007, mais ne considère pas comme établis les autres faits allégués, en particulier ceux relatifs au neveu commissaire de police de son oncle et aux représailles de celui-ci à son égard et l'égard de ses proches. Toutefois, Mme A C verse au dossier des captures d'écran d'une vidéo et d'une publication sur le réseau social Facebook, ainsi qu'un extrait du journal officiel de la République du Congo en date du 4 juillet 2024 sur lequel figure le nom du neveu commissaire de son oncle au sein de la liste des " commandants de police ", ce qui permet de rendre crédible l'existence de ce dernier. Ces éléments, qui n'ont pas été produits devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et devant la Cour nationale du droit d'asile, sont cohérents avec le récit de la requérante, qui a, par ailleurs, tenu des propos construits et circonstanciés lors l'audience, de nature à constituer un faisceau d'indices rendant son récit particulièrement crédible. Dès lors, dans les circonstances très particulières de l'espèce, Mme A C doit être regardée comme apportant suffisamment d'éléments probants de nature à établir la réalité et l'actualité des menaces auxquelles elle serait personnellement et directement exposée en cas de retour dans son pays d'origine et faisant obstacle à son éloignement à destination du pays dont elle a la nationalité. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi contenue dans l'arrêté du 11 juillet 2024 méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et doit, pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à son encontre, être annulée dans cette mesure.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A C est uniquement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 11 juillet 2024 en tant qu'il fixe la République du Congo comme pays à destination duquel elle pourra être reconduite.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

16. Le présent jugement rejette les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par ailleurs, l'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de

Mme A C n'implique par elle-même aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Sous réserve de l'admission définitive de Mme A C à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Mercier à percevoir la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Mercier la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 11 juillet 2024 est annulé en tant qu'il fixe la République du Congo comme pays à destination duquel Mme A C pourra être reconduite.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Mercier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Mercier la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A C, à Me Mercier et au préfet de la Haute-Garonne

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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