mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2404612 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BRANGEON DESCHAMPS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, Mme C A, représentée par Me Deschamps, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1.
Elle soutient que :
- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;
- il ne répond pas aux exigences de motivation imposées par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- s'agissant de la décision de refus de séjour et de la mesure d'éloignement, le préfet n'a pas respecté la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et il devait la mettre à même de présenter des observations orales ;
- la décision de refus de renouvellement de titre de séjour est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur " manifeste " d'appréciation en refusant de renouveler son titre de séjour sollicité au motif que la formation serait accessible à distance ;
- cette décision porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour ;
- cette décision porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire de trente jours révèle une absence d'examen de sa situation personnelle ;
- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée sans examiner la possibilité de lui octroyer un délai de départ supérieur alors que son état de santé ne lui permettait pas de voyager ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie compte tenu des éléments qu'elle produit et de sa grossesse en cours, qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance n° 2302822 du 16 octobre 2023, la présidente de la 5ème chambre du tribunal administratif de Toulouse a donné acte du désistement d'office de la requête de Mme A.
Par un arrêt n° 23TL02677 du 9 juillet 2024, la cour administrative d'appel de Toulouse a annulé cette ordonnance en tant qu'elle donne acte du désistement d'office de la requête de Mme A tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination et a renvoyé l'affaire au tribunal dans cette mesure.
Procédure après renvoi :
Les parties n'ont pas produit de nouvelles écritures à la suite du renvoi de la cour administrative d'appel de Toulouse.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992, publiée par décret n° 95-436 du 14 avril 1995 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 30 août 1998, est entrée en France le 24 décembre 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour " étudiant " valable du 23 décembre 2018 au 23 décembre 2019 puis a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiante à compter du 1er octobre 2019 régulièrement renouvelé jusqu'au 31 décembre 2022. Mme A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 27 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiante, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par une ordonnance du 16 octobre 2023, la présidente de la 5ème chambre du tribunal administratif de Toulouse a pris acte, sur le fondement des dispositions de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative, du désistement d'office de sa requête. Par un arrêt n° 23TL02677 du 9 juillet 2024, la cour administrative d'appel de Toulouse a annulé cette ordonnance en tant qu'elle donne acte du désistement d'office de la requête de Mme A tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination et a renvoyé l'affaire au tribunal dans cette mesure.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Mme A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale dès lors que la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour est entachée d'illégalité en raison de la méconnaissance des stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne.
3. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne susvisée : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention ''étudiant''. Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants () ". Il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement ses études. Pour apprécier le caractère réel et sérieux des études, le préfet peut notamment prendre en compte la progression dans les études et la cohérence du cursus universitaire de l'intéressé.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est inscrite, pour l'année 2018/2019, en 3ème année de cycle " Bachelor Business " dispensé par Excelia Group La Rochelle business school et a obtenu le " Diplôme d'Etudes Supérieures en Commerce et Management Opérationnel le 7 novembre 2019. Elle a poursuivi au sein de cette école et s'est inscrite en 2ème année de " Master Grande Ecole " et à l'issue de l'année 2019/2020, elle a été admise en année supérieure. Elle s'est ensuite inscrite en 5ème année post-bac à la Toulouse School of Sports, formation en alternance pour laquelle elle a conclu, le 19 septembre 2022 un contrat en alternance en qualité d'" apprentie Manager de l'événementiel et du tourisme " auquel l'employeur a mis fin le 26 octobre 2022. En raison de son état de grossesse, Mme A s'est alors inscrite pour l'année scolaire 2022/2023 en 2ème année de Mastère, " Management en Développement durable " au sein au sein du groupe Gema ESI Business School, projet en cohérence avec son diplôme en management obtenu. Si le préfet de la Haute-Garonne fait valoir que cette formation ne nécessite pas la présence de la requérante en France dès lors que la formation se déroule à distance, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'attestation établie par le " Service Relations Entreprises " de l'ESI Business School que la requérante doit réaliser un stage obligatoire d'une durée de six mois en entreprise " d'ici le 31/12/2023 sur le territoire, avec des missions en lien avec [sa] formation " et indique que " sans expérience professionnelle sur cette année scolaire [elle serait] notée en Fx (défaillant) sur le module expérience professionnelle " et qu'elle ne validera pas son diplôme. Dès lors, c'est à tort que le préfet a estimé que cette formation ne nécessitait pas le séjour de l'intéressée sur le territoire français. Dans ces conditions, compte tenu du sérieux et de l'assiduité dans sa formation professionnalisante, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de lui renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiante, le préfet de la Haute-Garonne a entaché sa décision d'erreur d'appréciation. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour, soulevé par Mme A à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur son fondement, doit être accueilli.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que par voie de conséquence, les décisions accordant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
7. L'exécution du présent jugement qui annule l'obligation faite à Mme A de quitter le territoire français et les décisions accessoires implique nécessairement mais seulement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'administration réexamine sa situation administrative et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Deschamps sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 27 avril 2023 du préfet de la Haute-Garonne est annulé en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, accorde un délai de départ volontaire et fixe le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à Me Deschamps en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à MmeCe A, à Me Deschamps et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Mérard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
La présidente-rapporteure,
S. CAROTENUTO
La première assesseure,
N. SODDU La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026