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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2404665

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2404665

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2404665
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGALINON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A, mère de trois enfants dont l'un est gravement malade, afin d'obtenir un hébergement d'urgence après la fin de sa prise en charge dans le dispositif pour demandeurs d'asile. Le juge a rejeté sa requête, estimant que la condition d'urgence n'était pas remplie, car à la date de l'audience, la requérante occupait encore son logement sans titre, sans qu'un risque d'expulsion immédiate soit établi. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'action sociale et des familles et du code de justice administrative, sans faire droit aux moyens tirés de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ou de l'intérêt supérieur de l'enfant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Galinon, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 521-2 et L. 911-1 du code de justice administrative, de la prendre en charge sur le fondement des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles dès l'intervention de l'ordonnance du juge des référés, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative si elle n'était pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- son hébergement dans le dispositif d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile prend fin le 31 juillet 2024 et elle se trouvera par conséquent sans abri avec ses trois enfants, dont l'un est gravement malade, de telle sorte que l'absence de logement ou d'hébergement les expose à une situation de grande vulnérabilité constitutive d'une urgence ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence, au droit à mener une vie privée et familiale normale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de ses enfants, protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'Etat méconnaît les dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles en ne leur accordant pas le bénéfice d'un hébergement d'urgence et cette carence emporte violation de ces libertés fondamentales, sans qu'elle soit tenue d'établir l'existence d'une circonstance exceptionnelle dès lors que le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que sa fille était atteinte d'une pathologie ne pouvant être prise en charge dans son pays d'origine et que l'absence de soins créerait un risque grave pour sa santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la situation de la famille ne présente pas de caractère urgent au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative dès lors qu'il n'est pas établi que Mme A aurait quitté le dispositif d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile ou risquerait d'en être expulsée à brève échéance ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Grimaud pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 août 2024 à 11 heures, tenue en présence de Mme Guérin, greffière d'audience :

- le rapport de M. Grimaud, juge des référés,

- et les observations de Me Galinon, représentant Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Il résulte de l'instruction que la requérante, qui a demandé l'asile, a vu sa demande d'asile rejetée. Par une décision du 7 juin 2024, l'office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à sa prise en charge au sein de l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile de Toulouse à compter du 31 juillet 2024 et l'état des lieux de sortie de cet hébergement était prévu le 31 juillet 2014 à 14 heures. Si, à la date de l'audience publique tenue par le juge des référés, la requérante occupait encore cet hébergement, il n'en demeure pas moins qu'elle l'occupait sans titre. Si le préfet de la Haute-Garonne soutient à cet égard que la requérante n'établit pas qu'elle serait exposée à un risque d'expulsion à brève échéance, cet élément n'est pas de nature à relativiser l'urgence dont elle fait état dès lors que seul l'Etat est en mesure de déterminer si, dans quelle mesure et dans quel délai Mme A, qui n'est à ce jour pourvue d'aucun titre de séjour, risque d'être expulsée. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que Mme A vit en France seule avec ses trois enfants, dont l'une est atteinte de drépanocytose, pathologie grave incompatible avec une vie à la rue. Mme A justifie donc d'une urgence de nature à justifier que le juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, statue sur sa demande.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation, dans les conditions définies par la convention conclue avec le représentant de l'Etat dans le département, prévue à l'article L. 345-2-4. / Ce dispositif fonctionne sans interruption et peut être saisi par toute personne, organisme ou collectivité ". En vertu des dispositions de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Enfin, aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

6. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il lui incombe d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

7. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence. Dès lors, s'agissant des ressortissants étrangers placés dans cette situation particulière, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles. Constitue une telle circonstance, en particulier lorsque, notamment du fait de leur très jeune âge, une solution appropriée ne pourrait être trouvée dans leur prise en charge hors de leur milieu de vie habituel par le service de l'aide sociale à l'enfance, l'existence d'un risque grave pour la santé ou la sécurité d'enfants mineurs, dont l'intérêt supérieur doit être une considération primordiale dans les décisions les concernant.

8. D'une part, il résulte de l'instruction que la requérante a vu sa demande d'asile rejetée définitivement. Elle doit donc être regardée comme se trouvant à ce jour, bien qu'elle fasse état de la possibilité d'obtenir un titre de séjour, dans la situation décrite au point 8 ci-dessus.

9. D'autre part, si toutes les demandes d'hébergement d'urgence ne peuvent de toute évidence être satisfaites par les services de l'Etat, qui se trouvent confrontés à une demande d'hébergement supérieure aux moyens engagés en dépit d'efforts importants consentis depuis plusieurs années, il résulte de l'instruction que la fille de Mme A souffre d'une drépanocytose, pathologie dont plusieurs certificats médicaux récents indiquent qu'elle est incompatible avec une vie à la rue en raison notamment de la nécessité d'une hygiène rigoureuse afin de prévenir le risque d'infection. Par ailleurs, le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, au cours de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée par l'intéressée, que cette pathologie pouvait engendrer des conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas d'absence de traitement. Enfin, Mme A vit seule en France avec ses trois enfants âgés respectivement de dix ans, sept ans et quatre ans. La requérante doit dès lors être regardée comme faisant état d'une circonstance exceptionnelle justifiant son admission à l'hébergement d'urgence. Il résulte en outre de l'instruction qu'elle a formulé, dès qu'elle s'est vu notifier la décision lui imposant la sortie de l'hébergement d'urgence pour demandeur d'asile, des demandes d'hébergement auprès du numéro d'appel 115, et ce depuis le 15 juin 2024. La requérante est dès lors fondée à soutenir que l'absence de prise en charge par l'Etat constitue, dans les circonstances de l'espèce, une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans l'application des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et porte dès lors une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'hébergement d'urgence.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de prendre en charge Mme A et ses enfants dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dans un délai de soixante-douze heures suivant la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, en application desdites dispositions. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de faire droit à la demande d'hébergement d'urgence de Mme A dans le délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Me Galinon, conseil de Mme A, une somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement des dispositions du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux requérants par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Galinon et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 5 août 2024.

Le juge des référés,

P. GRIMAUD

La greffière,

S. GUÉRIN

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière.

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