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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2404670

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2404670

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2404670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2024, Mme B G, représentée par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire national pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble de l'arrêté :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi de sa situation particulière ;

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa situation privée et familiale et quant à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa situation privée et familiale, l'ancienneté de son séjour sur le territoire, ses ressources et quant à sa qualité d'étudiante ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 422-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- le délai de départ volontaire de trente jours est insuffisant ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est injustifiée, revêt un caractère disproportionné ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués sont infondés.

Par une décision du 10 juillet 2024, Mme F a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Clen a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante gabonaise née le 15 novembre 2003, est entrée en France le 10 novembre 2020, munie d'un passeport gabonais revêtu d'un visa de long séjour " mineur scolarisé ", valable du 6 novembre 2020 au 7 octobre 2021. Par un arrêté du 10 février 2022, le préfet de l'Ain a pris à son encontre une décision de refus de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Le 26 mai 2023, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 27 mars 2024, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme F demande l'annulation de cet arrêté et la délivrance du titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 janvier 2024, régulièrement publié le 15 janvier 2024 au recueil des actes administratifs spécial n°31-2024-018, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme A D, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, et notamment pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés contestés doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". L'article L. 613-1 du même code dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Lorsqu'une obligation de quitter le territoire français assortit un refus de séjour, la motivation de cette mesure se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique pour respecter les exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. L'arrêté contesté, après avoir visé les textes dont il fait application, rappelle de manière détaillée les conditions d'entrée et de séjour de la requérante et les motifs pour lesquels un titre de séjour ne peut lui être délivré en application des dispositions invoquées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique notamment que l'intéressée ne justifie pas des considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels susceptibles de lui ouvrir droit à une admission exceptionnelle au séjour mention " vie privée et familiale ", ne relève pas d'une régularisation au titre du travail, ne détient pas de visa de long séjour et s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français. Ainsi, et alors que l'autorité préfectorale n'est pas tenue de décrire le détail de la situation personnelle et les résultats universitaires de l'intéressée, le refus de titre de séjour opposé à Mme F énonce les considérations de fait et de droit qui constituent son fondement et est ainsi suffisamment motivé. Par suite, l'obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est également suffisamment motivée. Enfin, la décision fixant le délai de départ volontaire, qui indique que la requérante ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai supérieur au délai de droit commun lui soit accordé, est suffisamment motivée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment pas des termes de l'arrêté contesté que le préfet aurait omis de procéder à un examen réel et sérieux de la situation de M. E.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

9. Mme F se prévaut d'abord de trois années de présence et de liens personnels et familiaux anciens et stables, ainsi que d'une scolarité suivie en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme F se maintient sur le territoire français de manière irrégulière depuis le 10 février 2022, date à laquelle l'autorité préfectorale a édicté une première mesure d'éloignement à son encontre. Ainsi, sa présence en France est due à un maintien irrégulier sur le territoire et à la non-exécution par l'intéressée de cette mesure d'éloignement. Par ailleurs, la requérante se prévaut de liens personnels et familiaux importants sur le territoire français. Toutefois, la circonstance que sa tante, qui était titulaire de l'autorité parentale, et qui réside à plus de neuf cent kilomètres, ne permet pas d'établir des liens familiaux entre elles d'une particulière stabilité et intensité en France. Aussi, Mme F n'apporte aucun élément susceptible de faire obstacle à son retour dans son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de dix-sept ans et où résident ses parents ainsi que ses deux frères. De plus, la circonstance qu'une faible partie de sa scolarité ait été effectuée sur le territoire national n'est pas de nature à remettre en question le bien-fondé de la décision prise par l'autorité préfectorale. Enfin, la requérante ne justifie pas d'une particulière intégration démontrant l'existence d'un motif d'admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, faute pour la requérante de relever des motifs exceptionnels de nature à justifier une régularisation de sa situation, Mme F n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 1er de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 : " () les ressortissants gabonais désireux de se rendre sur le territoire français doivent être en possession d'un passeport en cours de validité revêtu du visa de court ou de long séjour requis par la législation de l'Etat d'accueil () ". L'article 4 de ce traité stipule : " Pour un séjour de plus de trois mois, () les ressortissants gabonais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis, outre des pièces mentionnées à l'article 1er ci-dessus et notamment du visa de long séjour (). ". En vertu de l'article 9 de la convention franco-gabonaise susvisée : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre État d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable. ". L'article 12 de cette convention stipule : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention. ". Il résulte de ces stipulations qu'il appartient à l'administration, saisie par un ressortissant gabonais d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, d'apprécier notamment, à partir de l'ensemble du dossier et sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

11. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme F qui se prévalait dans sa demande de sa qualité d'étudiante, le préfet de la Haute-Garonne, se fondant sur les stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco gabonaise, a relevé que celle-ci ne justifiait pas être en possession d'un visa long séjour. Or, il est constant que Mme F, qui est entrée sur le territoire français sous couvert d'un passeport national revêtu d'un visa de court séjour, ne justifie pas d'un visa long séjour. C'est donc à bon droit que le préfet de la Haute-Garonne a refusé, pour ce motif, de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiante.

12. En troisième lieu, il résulte des stipulations précitées de l'article 12 de la convention franco-gabonaise que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants gabonais désireux de poursuivre leurs études supérieures en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cette convention. Par suite, la requérante ne peut utilement faire valoir que le préfet de la Haute-Garonne aurait également dû examiner sa demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que Mme F, a été scolarisée en France en classe de première puis de terminale au titre des années scolaires 2020/2021et 2021/2022, puis s'est inscrite en première année de licence sciences du langage pour l'année universitaire 2022/2023. Elle serait inscrite en école de communication pour l'année 2023-2024. Toutefois elle ne l'établit pas. Dès lors, le préfet pouvait, sans erreur d'appréciation, estimer que Mme F ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études et refuser, pour ce motif, de renouveler son titre de séjour en tant qu'étudiante. Par suite, eu égard à tous ces éléments, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entachée sa décision d'une erreur manifestation d'appréciation au regard des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992, ni n'a méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Mme F fait valoir qu'elle réside en France depuis trois années à la date de la décision contestée, qu'elle dispose d'un logement autonome et s'est intégrée en France où elle poursuit des études universitaires. Toutefois, l'intéressée est célibataire, sans enfant, et n'établit pas avoir noué des relations anciennes et stables en France par la seule présence de sa tante, titulaire d'une carte de résident alors qu'elle a des liens familiaux au Gabon où elle-même a vécu jusqu'à l'âge de 17 ans. Par ailleurs si la requérante soutient être inscrite dans des études de communication, au jour de la décision attaquée, sa qualité d'étudiante n'a pas, en tout état de cause, pour finalité de permettre une installation durable en France Dans ces circonstances, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme F une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté attaqué a été pris. Par suite, il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de la requérante.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme F n'établit pas que la décision de refus de titre de séjour est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

17. En deuxième lieu, comme évoqué au point 15 du présent jugement, la décision ne porte pas atteinte à son droit à une vie privée et familiale au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ :

18. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

19. Mme F fait valoir que le préfet de la Haute-Garonne aurait dû prendre en compte le fait qu'elle poursuit une formation et que le délai de trente jours qui lui a été accordé pour organiser son départ de France ne lui permet pas de la mener à son terme. Toutefois, l'intéressée ne dispose pas d'un titre de séjour l'autorisant à continuer ses études en France et ne fait valoir aucune autre circonstance justifiant l'octroi d'un délai supplémentaire. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit par suite être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'égard de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

21 . En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

22. Il est constant que Mme F a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 10 février 2022 et s'est maintenue sur le territoire français à l'issue du délai de départ volontaire octroyé. L'intéressée, célibataire, ne justifie de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France ni de circonstances humanitaires qui feraient obstacle à ce que l'autorité administrative édicte à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Dans ces conditions, alors même que le comportement de Mme F ne représente pas une menace pour l'ordre public et en l'absence de circonstances humanitaires, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision, par ailleurs ni injustifiée, ni disproportionnée, d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

23. En troisième lieu, comme indiqué au point 15 du présent jugement, la décision ne porte pas atteinte à son droit à une vie privée et familiale au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme F tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 27 mars 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

25. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'injonction. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

26. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Les conclusions présentées à ce titre par Mme F doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de MmeFu est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme BGa, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Clen, président,

M. Quessette, conseiller,

Mme Lejeune, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

Le Président-rapporteur,

H. CLEN

L'assesseur le plus ancien,

L. QUESSETTE

La greffière,

F. LEGUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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