lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2405039 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 août 2024, des pièces complémentaires ayant été enregistrées le 21 août suivant, M. B, représenté par Me Cohen, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 12 août 2024 du préfet du Tarn portant refus de titre de séjour et de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;
2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 48h à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision de refus de renouvellement du certificat de résidence algérien et l'assignation à résidence ;
3°) de décider que l'ordonnance sera exécutoire aussitôt qu'elle sera rendue, en application de l'article R. 522-13 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que :
* l'urgence est présumée dans le cadre d'un renouvellement de titre de séjour ; la décision litigieuse préjudicie de façon grave et imminente à sa situation en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée ou familiale en ce qu'elle a pour effet direct de compromettre la légalité de sa situation de salarié au sein de la société Transports Alain Barau, qui l'a embauché le 24 juin 2024 en contrat à durée indéterminée ; il sera licencié à défaut de détenir une autorisation de séjour valide, alors qu'il est soutien de famille et que son emploi lui permet de subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère ;
* l'arrêté attaqué a pour effet de mettre fin à son droit au séjour et à son droit de travailler alors qu'il résidait régulièrement sur le territoire depuis ses 16 ans et que sa mère, atteinte d'une maladie grave et dans l'incapacité de travailler, a besoin de sa présence à ses côtés ;
* l'absence d'autorisation de travail mettra fin à son contrat de travail, son employeur l'ayant informé oralement de son licenciement le 20 août à défaut de se trouver dans une situation régulière ;
* l'arrêté attaqué le prive de ressources alors qu'il est soutien de famille et que son emploi lui permet de subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère ;
- les décisions contestées portent une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir, au droit de travailler et à son droit au respect de sa vie privée ou familiale ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité desdites décisions dès lors que :
s'agissant du refus de titre de séjour :
* il est entaché d'un vice de procédure ;
* il est entaché d'une insuffisance de motivation en droit et en fait et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
* il est entaché d'erreur de droit ;
* le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
* il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;
s'agissant de l'assignation à résidence :
* elle est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur ;
* elle est entachée d'une insuffisance de motivation en droit et en fait et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
* elle est dépourvue de base légale ;
* elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2024 à 11h19, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la conditions d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que le requérant est défavorablement connu des services de police et de gendarmerie pour plusieurs faits de violence commis ces dernières années, et notamment le 12 août 2024, où il a été placé en garde à vue pour des faits de violence aggravée sur son ex-conjointe, avec une incapacité temporaire de travail supérieure à 8 jours ; il constitue par conséquent une menace pour l'ordre public ;
- les décisions attaquées ne portent pas une atteinte grave à son droit d'aller et venir, à son droit de travailler et à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- aucun des moyens invoqués à l'encontre de chacune des décisions attaquées n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Cherrier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 21 août 2024 à 14 heures en présence de Mme Sylvie Guérin, greffière d'audience, Mme Cherrier a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Cohen, représentant M. B, également présent à l'audience, qui confirme ses écritures en insistant sur le fait que la condition d'urgence est en l'espèce satisfaite compte tenu de ce que le contrat de travail de M. B sera rompu s'il ne régularise pas sa situation, il a absolument besoin de travailler compte tenu de ce qu'il subvient à ses besoins et à ceux de sa mère ; elle fait également valoir que les décisions attaquées portent une atteinte grave à sa liberté d'aller et venir et à son droit de travailler, son activité de chauffeur routier nécessitant qu'il puisse se déplacer en dehors du département du Tarn ; elles portent également une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il est le soutien moral et financier de sa mère ; enfin, les faits qui lui ont été reprochés dans le cadre de sa garde à vue ne sont pas établis et il n'a jamais agressé son ex-conjointe, de quelque manière que ce soit.
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été présentée pour M. B, enregistrée le 21 août 2024 à 21h29.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, né le 18 juin 1999, est entré en France, selon ses déclarations, le 30 juillet 2015. Le 22 juin 2018, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence au titre de la vie privée et familiale. Le préfet du Tarn a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours par un arrêté du 8 novembre 2018, annulé par un jugement en date du 28 mai 2019 du tribunal administratif de Toulouse qui a enjoint au préfet du Tarn de procéder au réexamen de la situation de M. B. Après réexamen de sa situation, le préfet du Tarn a pris un nouvel arrêté de refus de titre de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français, qui a également été annulé par un jugement du 27 janvier 2020 du tribunal administratif de Toulouse, lequel a par ailleurs enjoint au préfet du Tarn de délivrer à M. B un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6 § 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. En exécution de ce jugement, un certificat de résidence a été délivré à M. B, valable du 12 février 2020 au 11 février 2021, puis renouvelé pour la période du 12 février 2021 au 11 février 2022. A la suite de la condamnation de l'intéressé, le 9 juillet 2021, à une peine principale de douze mois d'emprisonnement dont cinq mois assortis d'un sursis probatoire de vingt-quatre mois pour des faits de violence avec menace ou usage d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis à Albi le 7 juillet 2021, la préfète du Tarn, par un arrêté du 24 novembre 2021, a procédé au retrait de de son certificat de résidence algérien valable du 12 février 2021 au 12 février 2022, lui a fait obligation de restituer ce titre et de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office. Par une ordonnance en date du 5 janvier 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a suspendu cet arrêté. Le 10 janvier 2022, M. B a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien. Le silence gardé par le préfet du Tarn sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet qui a été annulée par un jugement du 28 juin 2023 du tribunal administratif de Toulouse, lequel a par ailleurs enjoint au préfet du Tarn de délivrer à M. B un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6 § 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. En exécution de ce jugement, le préfet du Tarn a délivré à l'intéressé un certificat de résidence valable du 12 février 2023 au 11 février 2024. Le requérant en a demandé le renouvellement le 27 décembre 2023. Par un arrêté du 12 août 2024, le préfet du Tarn a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Ce refus de renouvellement se fonde, notamment, sur la circonstance que M. B représente une menace pour l'ordre public. Par un arrêté du même jour, le même préfet l'a par ailleurs assigné à résidence. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de ces deux arrêtés et d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale () ".
3. En distinguant les deux procédures prévues par les articles L. 521-1 et L. 521-2 mentionnés au point 4, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. Ne constitue pas une telle circonstance particulière le seul fait que l'étranger se soit vu opposer un refus de renouvellement de son titre de séjour, alors même qu'une présomption d'urgence serait en principe constatée si le juge des référés était saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du même code.
4. Il résulte de ce qui précède que la seule circonstance que les arrêtés litigieux, refusant pour l'un le renouvellement du titre de séjour de M. B et, pour l'autre, assignant celui-ci à résidence dans l'attente de son départ, mettraient fin à son droit au séjour, et, par suite, également à son droit au travail et aux ressources afférentes à l'emploi occupé, n'est pas constitutive, par elle-même, d'une situation d'urgence. Il n'est pas non plus établi que la perte de son emploi serait de nature à priver de revenus le requérant et sa mère, et ce d'autant que M. B a déjà été sans emploi sur la période récente, notamment entre le 22 mars 2022 et le 19 juin 2023, ainsi qu'entre le 14 mars et le 24 juin 2024, que sa mère perçoit, à tout le moins, l'allocation adulte handicapé au taux le plus élevé, soit 953,38 euros par mois, qu'il n'est pas établi qu'il ne pourrait pas aisément retrouver un emploi dans sa branche d'activité si sa situation venait à être régularisée et qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un référé qu'il introduirait sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne lui permettrait pas, si le juge y faisait droit, de retrouver un emploi et, dans cette attente, de percevoir les allocations chômage. Enfin, si M. B vit avec sa mère, atteinte d'une maladie grave, la fille de celle-ci, sœur du requérant, réside régulièrement en France et il n'est pas établi qu'elle ne serait pas en mesure, en cas de nécessité, de prendre le relais de son frère auprès de leur mère. Dans ces conditions, les circonstances invoquées par M. B ne sauraient caractériser une situation d'urgence extrême impliquant, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de quarante-huit heures. Par suite, les conclusions aux fins de suspension et d'injonction, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une copie en sera adressée au préfet du Tarn.
Fait à Toulouse, le 26 août 2024.
La juge des référés,
S. CHERRIER
La greffière,
S. GUERIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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