vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2405294 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | TOUBOUL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 août 2024 et un mémoire en réplique enregistré le 9 septembre 2024, Mme B C, représentée par Me Touboul, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du conseil départemental de la Haute-Garonne révélée le 19 août 2024 mettant fin à la prise en charge financière de son hébergement hôtelier à compter du 20 août 2024 ;
3°) d'enjoindre au conseil départemental de la Haute-Garonne de la reprendre en charge avec ses enfants, sans délai et sous astreinte de 250 euros par jour de retard au-delà de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du conseil départemental de la Haute-Garonne le versement à son avocat d'une somme de 2 000 euros au titre des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de mettre à la charge de l'Etat le versement de cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
en ce qui concerne la recevabilité :
- elle produit des pièces nouvelles depuis le rejet de sa demande de suspension par une ordonnance du 29 août du juge des référés, montrant que l'hôtelier ne l'a pas encore mise à la rue ; son hébergement s'étant poursuivi, la décision contestée ne peut être regardée comme pleinement exécutée ;
- elle a été informée de la fin de la prise en charge par l'intermédiaire du gérant de l'hôtel dans lequel elle est hébergée, aucune décision formalisée ne lui a été notifiée ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
- il y a urgence à suspendre l'exécution de la décision attaquée qui a pour effet de la priver, ainsi que ses deux enfants âgés respectivement de 3 ans et 5 mois, d'hébergement ; l'hôtelier ne lui a concédé que de manière extrêmement provisoire un logement à titre gratuit ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- la décision n'est pas motivée, ni signée et son auteur n'est pas connu en méconnaissance des dispositions des articles L.211-5 et L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision explicite du 31 juillet 2024 ne lui est pas opposable faute de lui avoir été régulièrement notifiée ;
- elle a été édictée en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision méconnait les dispositions du 4° de l'article L 222-5 du code de l'action sociale et des familles ;
- les motifs qui lui sont opposés, à savoir qu'elle n'aurait pas cherché à convaincre son frère de la reprendre dans son logement et /ou qu'elle n'aurait pas déposé de dossier de demande de logement social dans un autre département, ne peuvent fonder légalement la décision prise ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions combinées de l'article L. 221-1 et du 4° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, étant mère isolée de deux enfants âgés respectivement de 3 et 5 mois, sans domicile, ou autres soutiens.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2024, le département de la Haute-Garonne, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- Mme C ne remplit pas les conditions de situation d'isolement et de nécessité d'un soutien matériel et psychologique de l'article L.222-5 du code de l'action sociale et des familles, elle n'apporte pas la preuve d'une situation d'isolement sur le territoire compte tenu de la présence de son frère chez lequel elle est régulièrement hébergée depuis 2019 ;
- elle n'apporte pas non plus la preuve d'une réelle situation de précarité compte tenu du fait qu'elle perçoit le revenu de solidarité active et diverses prestations versées par la caisse d'allocations familiales pour un montant mensuel d'environ 1 446,38 euros.
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Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2405142 enregistrée le 22 août 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code de l'actions sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 10 septembre 2024 à 9h30 en présence de Mme Guérin, greffière d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et a entendu :
- les observations de Me Touboul, représentant Mme C, qui reprend ses écritures et précise notamment que la décision du 31 juillet ne lui a pas été notifiée, ni n'a été transmise à l'hôtelier, de sorte que la seule décision opposable et qui a produit ses effets est celle du 19 août révélée avec la modification des réservations de l'hôtelier ; le conseil départemental ne peut opposer qu'elle aurait la possibilité d'être logée par son frère, ce dernier refusant désormais de l'accueillir et cette circonstance ne pouvant renverser la présomption d'urgence, ni lui être opposée ; elle est sans abris avec deux enfants de 3 et 5 mois, le parc de logement privé n'est pas accessible et la carence des bailleurs sociaux n'est pas contestée ; l'urgence de sa situation est concrète, la décision continue de produire ses effets puisqu'elle se retrouve à la rue alors qu'elle remplit les critères nécessaires pour la prise en charge de son logement; le conseil départemental ne conteste ni l'urgence, ni les moyens de la légalité externe ;
- et les observations de Mme A représentant le département de la Haute-Garonne qui indique que la décision du 31 juillet 2024 a été notifiée le 21 août à l'adresse de son frère ; elle fait valoir que c'est à l'issue d'une évaluation sociale que Mme C a été informée de la fin de la prise en charge ; l'intéressée n'apporte pas la preuve de son isolement ou de l'absence de soutien matériel puisque son frère a déclaré ses deux enfants et qu'il existe un doute sérieux sur les raisons à l'origine du refus de l'héberger.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante marocaine qui réside régulièrement en France depuis 2016 et mère de deux enfants nés respectivement le 5 juillet 2021 et le 15 mars 2024, a été informée le 19 août 2024 qu'il était mis fin, à compter du 20 août 2024 au financement de la prise en charge hôtelière dont elle bénéficiait en application des dispositions du 4°) de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, et qu'elle devait quitter son hébergement dès le lendemain. Elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme C.
Sur l'urgence :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () / 4° Les femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les établissements ou services qui accueillent ces femmes organisent des dispositifs visant à préserver ou à restaurer des relations avec le père de l'enfant, lorsque celles-ci sont conformes à l'intérêt de celui-ci () ".
5. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Eu égard aux effets particuliers d'une décision refusant de poursuivre la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental, au titre des dispositions de l'article L. 222-5 (4°) du code de l'action sociale et des familles, des " femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile ", la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsqu'il demande la suspension d'une telle décision de refus. Il peut toutefois en aller autrement dans les cas où l'administration justifie de circonstances particulières, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
6. Il résulte de l'instruction que Mme C, mère de deux enfants âgés respectivement de 3 ans et 5 mois, les élève seule et ne dispose d'aucune solution d'hébergement, son frère ayant décidé de mettre un terme à l'hébergement qu'il avait accordé jusque-là à l'intéressée et ses deux enfants, pour des motifs qui lui sont propres, et que la faveur de l'hôtel l'hébergeant à titre gracieux est précaire, sans perspectives de prolongation. Le département ne justifie pas de circonstances particulières tenant notamment à l'existence d'autres possibilités. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
Sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge sur le fondement des dispositions citées au point 3, ou mettant fin à une telle prise en charge, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance, ou de stipulations internationales applicables, et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement. Saisi d'une demande de suspension de l'exécution d'une telle décision, il appartient, ainsi, au juge des référés de rechercher si, à la date à laquelle il se prononce, ces éléments font apparaître un doute sérieux quant à la légalité d'un défaut de prise en charge.
8. En l'espèce, les éléments recueillis dans le cadre de l'instruction font apparaître un doute sérieux quant à la légalité de la décision mettant fin à la prise en charge financière de l'hébergement hôtelier de Mme C à compter du 20 août 2024, au regard des dispositions du code de l'action sociale et des familles.
9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision révélée le 19 août par laquelle le conseil départemental de la Haute-Garonne a mis fin à la prise en charge financière de l'hébergement hôtelier de Mme C à compter du 20 août 2024 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard aux pouvoirs du juge du référé-suspension, l'exécution de la présente ordonnance implique, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de faits, d'enjoindre au département, de rétablir sans délai le droit à l'hébergement de Mme C et celui de ses deux enfants. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge du département le versement de la somme de 500 euros à Me Touboul, avocat de Mme C en application des dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du président du conseil départemental de la Haute-Garonne du 19 août 2024 mettant fin à la prise en charge financière de l'hébergement hôtelier de Mme C à compter du 20 août 2024, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision
Article 3 : Il est enjoint au président du conseil départemental de la Haute-Garonne, de rétablir sans délai, la prise en charge financière de l'hébergement de Mme C et celui de ses deux enfants.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Touboul renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, le département de la Haute-Garonne versera à Me Touboul la somme de 500 cents euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à Me Touboul.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à Me Touboul et au département de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse le 13 septembre 2024
La juge des référés,
Céline ARQUIE
La greffière,
Sylvie GUERIN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
ou par délégation la greffière
N°2405294
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026