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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2405320

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2405320

mardi 4 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2405320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, contestant l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 2 août 2024 lui refusant un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que la décision portant obligation de quitter le territoire était suffisamment motivée et ne révélait aucun défaut d'examen sérieux de sa situation. Il a également écarté le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire, estimant que les règles spécifiques du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'appliquent. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2024, M. B A, représenté par Me D'Hers, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de dix jours, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la date du jugement à intervenir ;

3°) dans le cas où le tribunal ne ferait pas droit à sa demande d'annulation, d'écarter l'exécution provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la procédure contradictoire et son droit d'être entendu n'ont pas été respectés ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne mentionne pas explicitement le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 26 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont régulièrement été averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gigault a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 26 janvier 1987 à Relizane (Algérie), déclare être entré en France le 1er février 2021. Le 12 février 2021, il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile et le 21 juillet 2023, son admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 5 septembre 2023, n'ayant pas fait l'objet d'un recours devant la Cour nationale du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Par un arrêté du 2 août 2024, le préfet de la Haute-Garonne a refusé d'admettre M. A au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas d'exécution d'office. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application et notamment le 3° et le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne également les conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé, ainsi que le parcours de sa demande d'asile et les éléments déterminants de sa situation personnelle et familiale. Cette décision est ainsi suffisamment motivée. Cette motivation ne révèle en outre aucun défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé.

3. En deuxième lieu, il ressort des dispositions des articles L. 614-1 et suivants, et L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, le non-respect de la procédure contradictoire exigée par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, quel que soit le type de décision dont cette obligation de quitter le territoire français découle.

4. En troisième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. Lorsqu'il présente une demande d'asile, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de rejet de cette demande, il pourra faire l'objet d'un refus de titre de séjour et, lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé, d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande d'asile, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, tant au cours de l'instruction de sa demande, qu'après que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile aient statué sur sa demande d'asile, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que dans le cadre de l'instruction de sa demande d'admission au séjour, M. A n'aurait pas été mis en mesure de présenter des observations écrites ou orales en complément de sa demande de titre, ni qu'il aurait sollicité, en vain, à la suite du rejet de sa demande d'asile, un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il aurait été empêché de présenter des observations avant que ne soit prise à son encontre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de ce que la décision en litige a été prise en violation du droit de l'intéressé d'être entendu doit, par suite, être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants: / () 3o L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents; / 4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o () ".

8. Pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur les dispositions précitées du 3° et du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le préfet a effectivement fait état de la condamnation dont l'intéressé a fait l'objet le 22 juin 2023 pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, il n'a pour autant pas fondé sa décision sur la circonstance que le comportement de l'intéressé constituerait une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Le requérant se prévaut d'une entrée régulière en France, de l'ancienneté de sa présence sur le territoire et de l'activité de mécanicien qu'il exerce depuis le mois de juillet 2023. Toutefois, contrairement à ce qu'il soutient, la copie produite de son passeport n'est pas revêtue d'un visa valable à la date d'entrée déclarée sur le territoire français. En outre, la durée alléguée de sa présence sur le territoire français n'est pas significative et la circonstance selon laquelle il travaille et que son employeur est prêt à l'employer sous couvert d'un contrat de travail à durée indéterminée n'est pas de nature à établir une insertion particulière dans la société française. Enfin, il n'est pas démontré, ni même allégué, que le requérant serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi précise que le requérant pourra être éloigné à destination du pays dont il possède la nationalité ou de tout autre pays où il serait légalement admissible. L'arrêté mentionne par ailleurs que l'intéressé est de nationalité algérienne. La décision litigieuse a ainsi pour objet de fixer l'Algérie comme pays de destination, M. A n'établissant pas être admissible dans un autre pays. L'absence de mention explicite du pays de renvoi dans le dispositif de la décision est dès lors sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 août 2024 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence celles à fin d'injonction sous astreinte et en tout état de cause celles présentées à titre subsidiaire visant à obtenir que l'exécution provisoire.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par le requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 12 février 2025, où siégeaient :

- Mme Arquié, présidente,

- Mme Gigault, première conseillère,

- Mme Cuny, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.

La rapporteure,

S. GIGAULT

La présidente,

C. ARQUIÉ

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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