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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2405456

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2405456

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2405456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFRANCOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Francos, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 9 août 2024 du préfet du Tarn portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une validité de trois mois avec autorisation de travail dans le délai de 5 jours suivant l'ordonnance à venir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 2 000 à verser à son conseil en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et dans l'hypothèse ou M. A ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme au seul visa de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- il peut se prévaloir d'une présomption d'urgence, il a été confié à l'aide sociale à l'enfance durant sa minorité et est ainsi réputé s'être trouvé en situation régulière sur le territoire français jusqu'à l'édiction de la décision contestée ; il doit être regardé comme se trouvant dans la situation qui était la sienne avant l'édiction de l'arrêté du 19 mars 2023 refusant de lui délivrer un titre de séjour, annulé par un jugement du 30 mars 2023 du tribunal administratif ;

- la décision entrave ses démarches d'insertion puisqu'il bénéficie de la reconnaissance de travailleur handicapé avec orientation en ESAT qui ne peut se concrétiser faute de titre de séjour ; il se trouve privé de droits sociaux alors qu'il est éligible à l'allocation pour adultes handicapé.

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- elle est entachée d'erreur de droit en raison de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée, le préfet du Tarn ayant adopté une motivation identique en ce qui concerne son état civil et sa scolarité à celle retenue par la décision annulée par jugement définitif du tribunal administratif ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation en estimant qu'il n'a pas déposé de nouvelle demande et qu'il ne fournit aucun élément nouveau concernant sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de ses dispositions ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de ses dispositions ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2024, le préfet du Tarn, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

en ce qui concerne l'urgence :

- M. A n'a pas fourni de document permettant d'attester de son âge, de sorte qu'il ne saurait se prévaloir de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'une régularisation et aucun autre motif ne permet de l'admettre au séjour ;

- à la date du dépôt de sa demande d'admission au séjour au mois de décembre 2020, il n'était pas titulaire d'un contrat d'apprentissage, ni d'une promesse d'embauche ; aucun élément ne permet d'évaluer le caractère réel et sérieux de ses études de maçonnerie démarrées au mois de septembre 2020 ;

- il ne produit aucun élément nouveau depuis décembre 2020 justifiant de son insertion professionnelle ou d'une éventuelle formation ;

- en produisant de faux documents, il s'est placé seul dans une position qui l'expose à un refus de délivrance de titre de séjour et à des conditions d'existence précaires ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- il a été procédé à un réexamen réel et sérieux de la situation du requérant ;

- la décision ne méconnait pas les dispositions de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision ne méconnait pas les dispositions de l'article L.423-33 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle ne méconnait pas les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2405447 enregistrée le 5 septembre 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 septembre 2024 à 10 heures en présence de M. Subra de Bieusses, greffier d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et a entendu :

- les observations de Me Sarasqueta substituant Me Francos, représentant M. A qui a repris les moyens développés dans ses écritures en soulignant que la préfecture n'invoque pas un changement dans la situation de fait du requérant de sorte qu'en prenant la décision contestée avec une motivation strictement identique de celle de l'arrêté annulé, l'autorité de la chose jugée du jugement n° 2102066 du 30 mars 2023 est méconnue ; il bénéficie d'une durée de 6 mois de formation, sa demande devant être examinée à la date de l'examen par la préfecture et non à celle du dépôt de sa demande ;

- le préfet du Tarn n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, qui déclare être né le 1er janvier 2002, est entré en France, selon ses déclarations, à l'automne 2018. Il a été confié le 1er février 2019 aux services de l'aide sociale à l'enfance du Tarn. Par un arrêté du 19 mars 2021, la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité le 22 décembre 2020 sur le fondement de l'article L.313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement n°2102066 du 30 mars 2023, le tribunal administratif de Toulouse a annulé cet arrêté et enjoint au préfet du Tarn de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois. Par un nouvel arrêté du 9 aout 2024 le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 9 août 2024 du préfet du Tarn portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Le refus de séjour opposé à M. A le place en situation de séjour irrégulier sur le territoire national alors qu'il y séjournait en situation régulière depuis son placement auprès de l'aide sociale à l'enfance il y a plus de cinq ans. Elle a également pour effet de le priver du bénéfice de l'allocation adulte handicapé et l'entrave dans ses démarches d'insertion. Si le préfet du Tarn fait valoir que l'intéressé ne remplirait pas les conditions de fond pour bénéficier des dispositions de l'article R.431-10-1°et 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces affirmations ne sont pas par elle-même de nature faire échec à cette présomption d'urgence. Par suite, la décision en litige préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation personnelle de l'intéressé pour que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de ces dispositions et de l'absence d'examen réel et sérieux de la situation de M. A sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

7. Les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision refusant de délivrer un titre de séjour à M. A jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au préfet du Tarn de délivrer à M. A, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

9. M. A ayant été admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Francos, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Francos de la somme 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à Me Francos.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 9 août 2024 par lequel le préfet du Tarn a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Tarn de délivrer à M. A, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Francos renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Francos, avocat de M. A, une somme de 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à Me Francos.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Francos et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée au préfet du Tarn

Fait à Toulouse le 20 septembre 2024.

La juge des référés,

Céline ARQUIE

Le greffier,

François SUBRA DE BIEUSSES

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

ou par délégation la greffière

N°2405456

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