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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2405693

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2405693

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2405693
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision du 15 juillet 2024 excluant Mme A de la formation d'aide-soignante pour cinq ans. Le juge a reconnu l'urgence, compte tenu des effets graves et immédiats de cette mesure sur le parcours professionnel de l'étudiante. Il a également estimé que le moyen tiré du caractère disproportionné de la sanction était, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Dalbin, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 15 juillet 2024 par laquelle la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires des aides-soignantes de l'Institut de formation aux métiers de la santé du centre hospitalier de Montauban l'a exclue de la formation pour une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Montauban de procéder à sa réintégration dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Montauban la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- la décision a pour effet de mettre un terme immédiat à sa formation et l'empêche de se présenter aux examens de fin d'année, elle l'a privée de la possibilité de demander son redoublement et de mener à terme son projet professionnel.

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la décision est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle n'a pas été informée de son droit à être assistée d'une personne de son choix, ni de son droit de faire entendre des témoins, ce qui l'a privée d'une garantie ;

- les faits ne sont pas établis ;

- il n'est pas démontré qu'elle n'aurait pas respecté le règlement intérieur et la convention ;

- la sanction est disproportionnée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2405678 enregistrée le 16 septembre 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 1er octobre 2024 à 10 heures en présence de Mme Guérin, greffière d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et a entendu :

- les observations de Me Dalbin, qui a repris en les précisant les moyens développés dans ses écritures,

- le centre hospitalier de Montauban n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, étudiante en première année de formation d'aide-soignante à l'Institut de formation aux métiers de la santé du centre hospitalier de Montauban, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 15 juillet 2024 par laquelle la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires des aides-soignantes de l'Institut de formation aux métiers de la santé du centre hospitalier de Montauban l'a exclue de la formation pour une durée de cinq ans.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu notamment des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour caractériser l'existence d'une situation d'urgence, Mme A soutient que la décision qui prononce son exclusion pour une durée de cinq ans a pour effet de mettre un terme immédiat à son parcours de formation d'aide-soignante en l'empêchant de se présenter aux examens de fin d'année et la prive de la possibilité de demander un redoublement, compromettant ainsi son avenir professionnel. Aucun élément n'est par ailleurs de nature à justifier que les faits reprochés à l'intéressée seraient inconciliables avec un intérêt public particulier, notamment celui qui s'attache à la sécurité des patients. Eu égard aux effets graves et immédiats de la décision contestée sur les intérêts personnels et professionnels de Mme A, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que les faits qui lui sont reprochés ne présentent pas une gravité telle qu'ils pouvaient justifier la sanction la plus grave de 5 ans d'exclusion définitive, est de nature à susciter un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

6. Les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 15 juillet 2024 prononçant l'exclusion de Mme A pour une durée de 5 ans de la formation d'aide-soignante, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

7. Eu égard au caractère provisoire des mesures prononcées par le juge des référés, la présente ordonnance implique seulement que Mme A soit réintégrée à titre provisoire, dans la formation d'aide-soignante de l'Institut de formation aux métiers de la santé du centre hospitalier de Montauban, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Montauban la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L 'exécution de la décision du 15 juillet 2024 de l'Institut de formation aux métiers de la santé du centre hospitalier de Montauban prononçant l'exclusion de Mme A de la formation d'aide-soignante pour une durée de cinq ans est suspendue jusqu'à ce que le tribunal se soit prononcé sur l'affaire au fond.

Article 2 : Il est enjoint à l'Institut de formation aux métiers de la santé du centre hospitalier de Montauban de réintégrer, à titre provisoire, Mme A dans ses fonctions, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le centre hospitalier de Montauban versera à Mme A une somme de 1.000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au centre hospitalier de Montauban.

Fait à Toulouse le 2 octobre 2024

La juge des référés,

Céline ARQUIÉ

La greffière,

Sylvie GUÉRIN

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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