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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2405722

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2405722

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2405722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a été saisi en référé par une assistante maternelle contestant le retrait de son agrément, décidé par le président du conseil départemental de la Haute-Garonne pour des manquements aux conditions d’accueil des enfants. La requérante invoquait l’urgence liée à la perte de revenus et des doutes sérieux sur la légalité de la décision, notamment pour vice de procédure et erreur d’appréciation. Le juge des référés a rejeté la demande de suspension, estimant que l’urgence n’était pas caractérisée au regard de l’intérêt supérieur des enfants et que les moyens soulevés ne créaient pas de doute sérieux sur la légalité de l’arrêté. La décision s’appuie sur les dispositions du code de l’action sociale et des familles et de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Dandan, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 13 mai 2024 du président du conseil départemental de la Haute-Garonne retirant son agrément en qualité d'assistante maternelle, ensemble l'exécution de la décision du 19 août 2024 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation et d'envisager une mesure moins attentatoire à ses droits, sous astreinte de 250 euros par jour de retard dans un délai de sept jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du conseil départemental de la Haute-Garonne une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- la décision la prive de son activité professionnelle et de ses revenus alors qu'elle exerce cette profession depuis plus de vingt ans ; elle vit seule depuis le décès de son époux et s'acquitte seule de l'ensemble des charges qu'elle ne sera plus en mesure d'assumer ;

- elle est âgé de 56 ans, ce qui constitue un réel obstacle à la reprise d'une autre activité professionnelle.

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la commission consultative paritaire départementale qui a délibéré en vue de lui retirer son agrément n'a pas été saisie par une personne qui bénéficiait d'une compétence pour le faire ;

- la décision procédant au retrait de son agrément n'a pas été signée par une personne qui bénéficiait d'une délégation de signature ;

- l'acte de désignation du président de la commission consultative paritaire départemental n'a pas été communiqué ;

- les cinq griefs qui lui sont opposés, tenant à des conditions d'accueil qui ne garantiraient plus la sécurité, la santé, le bien-être et l'épanouissement des enfants, à l'absence d'aptitude à la communication et à la posture professionnelle attendue, au non-respect des obligations déclaratives sont entachés d'erreur d'appréciation ;

- la décision est disproportionnée, le seul fait établi et fautif pouvant être retenu est d'avoir accueilli cinq enfants le jour de la visite au lieu de quatre pour lesquels elle bénéficie d'un agrément.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 octobre 2024, le département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- la circonstance que la décision emporte des conséquences graves et immédiates sur la situation de la requérante ne saurait prévaloir sur l'intérêt public poursuivi par la décision prise dans l'intérêt supérieur des enfants ;

- la série de dysfonctionnements et de manquements récurrents constatés dans la pratique professionnelle de la requérante a rendu inévitable un retrait de son agrément d'assistante maternelle et ce, dans l'intérêt des enfants confiés ou susceptibles d'être confiés à cette dernière ;

- elle peut bénéficier des " indemnités journalières perçues par l'assurance chômage " et les revenus qu'elle a perçu au mois de juillet 2024 montrent d'ailleurs qu'elle a exercé illégalement la profession d'assistante maternelle ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a donné régulièrement délégation de signature pour la saisine de la commission consultative paritaire départementale ;

- la signataire de la décision bénéficiait d'une délégation régulière ;

- la communication de l'acte de désignation du président de la commission consultative paritaire départementale n'est pas entachée d'un vice de procédure ;

- la décision n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation ni d'erreur de fait ou de disproportion.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2405727 enregistrée le 18 septembre 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 octobre 2024 à 10 heures en présence de Mme Guérin, greffière d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et a entendu :

- les observations de Me Dandan, représentant Mme A, qui reprend ses écritures en les précisant et insiste en particulier sur la situation financière actuelle de Mme A qui a perçu des revenus après le retrait de son agrément, les familles dont elle gardait les enfants ayant souhaité continuer à lui confier leurs enfants, sous un autre statut que celui d'assistante maternelle qu'elle ne peut plus revendiquer ; les revenus qu'elle tire de cette activité sont inférieurs à mille euros et insuffisants pour couvrir ses charges,

- et celles de Mme C, représentant le département de la Haute-Garonne, qui reprend l'ensemble de ses moyens et fait valoir que les attestations de satisfaction des parents ou leur présence à l'audience ne sont pas suffisants pour remettre en cause les constats qui ont été faits le jour de la visite domiciliaire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, agréée en qualité d'assistante maternelle depuis le 12 décembre 2001, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 13 mai 2024 du président du conseil départemental de la Haute-Garonne retirant son agrément en qualité d'assistante maternelle, ensemble l'exécution de la décision du 19 août 2024 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

4. Pour caractériser l'existence d'une situation d'urgence, Mme A soutient que la décision la prive de son activité professionnelle et de ses revenus, alors qu'elle doit assumer seule des charges fixes s'élevant 1 537 euros depuis le décès de son mari en 2021. Elle précise en outre qu'étant âgée de 56 ans et exerçant la profession d'assistante maternelle depuis plus de vingt ans, une reconversion professionnelle est difficilement envisageable. Si le département de la Haute-Garonne fait valoir que l'intéressée peut bénéficier d'indemnités journalières de la sécurité sociale et que le relevé bancaire du mois de juillet 2024 qu'elle fournit atteste de la perception de revenus du fait d'accueil d'enfants, il ressort des échanges qui ont eu lieu lors de l'audience que l'intéressée continue de garder la plupart des enfants qui lui étaient confiés avant le retrait de son agrément mais en qualité d'auxiliaire parentale. Cette activité provisoire lui apporte des revenus inférieurs à 1 000 euros, en dessous de la somme qu'elle percevait avant que ne soit prise la décision contestée, qui ne sont plus suffisants pour couvrir ses charges. Dans ces conditions, au regard des effets graves et immédiats qu'entraîne la décision attaquée sur la situation personnelle de la requérante notamment au plan matériel et financier, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie, sans que l'intérêt général qui s'attache à la protection de l'enfance en matière d'hygiène et de sécurité à l'occasion de leur prise en charge par une assistante maternelle soit, dans les circonstances de l'espèce, de nature à y faire obstacle.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

5. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () L'agrément est accordé () si les conditions d'accueil garantissent la santé, la sécurité et l'épanouissement des mineurs () accueillis () ". L'article L. 421-6 du même code prévoit que : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. () ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être.

7. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation, tels qu'ils ont été visés ci-dessus et analysés, paraissent de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

8. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués, qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 13 mai 2024 portant retrait de l'agrément de Mme A en qualité d'assistante maternelle ainsi que celle de l'exécution de la décision du 19 août 2024 rejetant son recours gracieux, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'exécution de la présente ordonnance suspendant le retrait d'agrément implique nécessairement et par elle-même le rétablissement à titre provisoire, dans l'attente du jugement au fond, de l'agrément d'assistante maternelle dont bénéficiait Mme A. Il y a lieu d'enjoindre au département de la Haute-Garonne d'y avoir procédé dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu en l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Haute-Garonne la somme de 1 000 euros à verser à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a retiré l'agrément de Mme A et de la décision rejetant le recours gracieux est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental de la Haute-Garonne de renouveler provisoirement l'agrément de Mme A en qualité d'assistante maternelle, dans un délai de 15 jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le département de la Haute-Garonne versera à Mme A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au département de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse le 15 octobre 2024

La juge des référés,

Céline ARQUIÉ

La greffière,

Sylvie GUÉRIN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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