vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2405756 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | MERCIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 septembre 2024 et des pièces complémentaires du 20 septembre 2024, Mme D E et M. C F B A, représentés par Me Mercier, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de les prendre en charge au titre de l'hébergement d'urgence dans un lieu adapté à la situation de handicap de Mme E, sans délai à partir de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où Mme E ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite eu égard à la précarité de leur situation, à l'état de santé préoccupant de Mme E, qui est porteuse d'un handicap visuel extrêmement sévère générant une cécité complète et souffre de problèmes gynécologiques ; son intégrité physique et morale est menacée et est incompatible avec son lourd handicap ; aucune possibilité de prise en charge ne leur a été proposée ; ils sont dépendants et n'ont aucune solution d'hébergement depuis un mois et demi ; leurs besoins en termes d'hygiène et d'alimentation ne sont pas assurés et ce couple est dans une situation de grande vulnérabilité ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence garanti par l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles ;
- le handicap majeur de Mme E nécessite qu'ils bénéficient d'un hébergement ; ils sont dans une situation de détresse matérielle, psychique, sanitaire et sociale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;
- compte-tenu des moyens dont dispose l'administration et de la nécessité de continuer à garantir un accueil inconditionnel pour des personnes se trouvant dans des situations plus vulnérables et en situation d'attente depuis plusieurs mois, aucune carence caractérisée constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être retenue.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Clen, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 20 septembre 2023 à 15h, en présence de Mme Tur greffière d'audience, M. Clen a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Mercier, représentant les requérants, présents à l'audience, qui a repris en les développant les moyens de la requête et rappelle l'état de santé fragile de Mme E. Elle indique, en outre, que les conditions d'accueil des requérants sont indignes.
- le préfet de la Haute-Garonne n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu d'admettre Mme E et M. B A à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. Mme E, ressortissante espagnole, et M. B A, ressortissant guinéen titulaire d'un titre de séjour permanent espagnol en qualité de conjoint de ressortissant de l'Union européenne, sont arrivés en France le 6 juillet 2024. Ils ont été hébergés en hôtel social à partir de leur arrivée et jusqu'au 13 août 2024. Ils ne disposent pas de solution d'hébergement depuis lors et trouvent un refuge aléatoire pour la nuit dans le hall du centre hospitalier Purpan. Il résulte de l'instruction, notamment d'un certificat du 18 juin 2024, délivré par les autorités provinciales de la région de Castilla La Mancha, que Mme E est porteuse d'un handicap visuel sévère, à caractère définitif, pour lequel un taux de 79 % lui a alors été reconnu. Dans ces conditions, eu égard à la vulnérabilité dans laquelle se trouve Mme E et résultant de son état de santé, à la précarité dans laquelle se trouvent les requérants, en l'absence de solution de relogement, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
5. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
6. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée, permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
7. En l'espèce, il ressort des pièces versées que Mme E, âgée de 48 ans et qui présente une acuité visuelle quasi nulle, a été reçue en consultation aux urgences de l'hôpital Paule de Viguier de Toulouse le 29 août 2024 pour douleurs abdominales diffuses. Ont été alors objectivés un utérus polymyomateux avec ménorragies et anémie par carence mariale, pour laquelle un traitement médicamenteux a été prescrit. Selon le relevé d'appels qu'il produit, M. B A a sollicité pour le couple un hébergement auprès des services du 115 à seize reprises en août 2024, et onze fois au cours de ce mois de septembre, chaque fois en vain. Son conseil, appuyé par une note sociale du 21 août 2024, a également sollicité les services de la DDETS par courriel du 13 septembre 2024, également vainement. Toutefois, les requérants sont entrés récemment en France. Le préfet de la Haute-Garonne a indiqué les possibilités d'hébergement effectives dans un contexte de saturation structurelle du dispositif d'hébergement d'urgence de la Haute-Garonne, et les degrés de priorité par rapport à d'autres demandeurs, ainsi que les diligences accomplies par l'Etat pour accueillir les requérants dès leur arrivée en France pendant un mois. Si, certes, les conditions de vie des requérants apparaissent difficiles, les éléments qu'ils invoquent ne suffisent pas à caractériser une situation de détresse médicale, psychique ou sociale, ni ne permettent de considérer que l'abstention du préfet de la Haute-Garonne à mettre en œuvre à leur bénéfice depuis plus d'un mois le droit à l'hébergement entraînerait pour eux des conséquences graves à l'origine d'une dégradation significative de leur état de santé notamment. Dès lors, Mme E et M. B A ne sont pas fondés à soutenir que cette abstention porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit à un hébergement d'urgence. Par suite, leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme E et M.B A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Mercier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mercier d'une somme de 400 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : MmeEg et M.B A sont admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme DEg, à M. C F B A, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et à Me Mercier.
Copie au préfet de la Haute -Garonne
Fait à Toulouse, le 20 septembre 2024.
La juge des référés,
H. CLEN
La greffière,
P. TUR
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation la greffière,
N°2405756
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026