jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2405845 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BACHELET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrée le 23 septembre et le 2 octobre 2024, Mme D A et M. C A, représentés par Me Bachelet, demandent au tribunal :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 17 juillet 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de leur verser l'allocation pour demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 29 mai 2024, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, en tout état de cause, de procéder au réexamen de leur demande ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le paiement des entiers dépens du procès et le versement de la somme de 1 500 euros à leur conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où ils ne seraient pas admis à l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de compétence de son signataire, car elle n'a pas été signée pour le directeur général de l'OFII et par délégation ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des articles L. 522-1 et L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car ils n'ont pas bénéficié d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que l'OFII, en ne tenant pas compte des circonstances particulières de leur situation personnelle, a méconnu l'étendue de sa compétence ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de leur situation au regard des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et
L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Fiblec,
- les observations de Me Touboul, substituant Me Bachelet, représentant M. et Mme A, absents, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A, ressortissants nigérians, nés respectivement le 25 décembre 1980 à Lagos (Nigéria) et le 20 juin 1983 à Ago-Iwoye (Nigéria), sont entrés en France le 8 avril 2023. Ils ont sollicité leur admission au bénéfice de l'asile le 29 mai 2024. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'ils n'ont pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant leur arrivée sur le territoire français. Le 3 juin 2024, les intéressés ont formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 29 mai 2024 de la directrice territoriale de l'Office français de l'intégration et de l'immigration. Par une décision du 17 juillet 2024, le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté leur recours. Par la présente requête, M. et Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. B E, directeur général adjoint de l'OFII, lequel a reçu délégation du directeur général de l'OFII par décision du 10 novembre 2020, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à l'effet de signer tous les actes ou décisions dans le cadre des textes en vigueur. Par suite, pour regrettable qu'il n'apparaisse pas explicitement sur la décision en litige qu'elle a été signée par M. E par délégation du directeur général de l'OFII, et alors que le requérant n'établit pas que le directeur général de l'OFII n'était pas absent ou empêché à la date d'édiction de la décision du 17 juillet 2024, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté, comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles L. 551-15, D. 551-17 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu'après examen de leur dossier et des éléments relatifs à leur situation personnelle, leur demande est rejetée au motif qu'ils n'ont pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant leur entrée sur le territoire français. Dès lors qu'elle expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, la décision attaquée doit être regardée comme suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ".
7. Si M. et Mme A soutiennent que la décision attaquée n'a pas été précédée d'un examen de la vulnérabilité de leur situation, il ressort toutefois des pièces du dossier, que ceux-ci ont fait l'objet, le 29 mai 2024, d'un entretien de vulnérabilité en anglais, langue qu'ils comprennent, au cours duquel ils ont pu exposer leur situation personnelle et familiale et n'ont fait état d'aucun problème de santé. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune pièce du dossier, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. et Mme A. Par suite, le moyen d'erreur de droit invoqué sur ce point doit être écarté.
9. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 8 du présent jugement que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à un examen complet de la situation des requérants et ne s'est pas placé en situation d'incompétence négative. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'administration n'aurait pas exercé sa compétence doit être écarté.
10. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".
11. M. et Mme A soutiennent être dans une situation de vulnérabilité en raison de leur composition familiale, de la présence de leurs deux enfants mineurs scolarisés et de leur absence totale d'hébergement et de ressource. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de leurs déclarations lors de leur entretien de vulnérabilité du 29 mai 2024 et des attestations d'hébergement versées aux débats que, nonobstant les difficultés liées aux changements de logements et à leur éloignement éventuel du lieu de scolarisation des enfants de la famille, nés en 2007 et en 2015, les requérants et leurs enfants ont bénéficié d'un hébergement précaire mais continu et ont pu subvenir à leurs besoins essentiels grâce à l'aide associative. En outre, il est constant que cette situation, bien que précaire, n'a pas fait obstacle à la scolarisation des enfants des intéressés et qu'aucun membre de la famille ne présente de problème de santé. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de la situation des requérants au regard des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation des intéressés doit être également écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 juillet 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
13. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation et n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Bachelet la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
15. Enfin, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. et Mme A sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : M. et Mme A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et M. C A, à Me Bachelet et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
B. LE FIBLECLe greffier,
B.ROETS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
500
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2602639
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. B... visant à annuler son arrêté de transfert vers l'Espagne et son assignation à résidence. Le juge a estimé que les procédures, notamment l'entretien individuel et l'information du requérant, étaient conformes au règlement Dublin III (règlement UE n°604/2013) et que la délégation de signature était régulière. La demande d'enregistrement de la demande d'asile et la condamnation de l'État aux dépens ont également été rejetées, tandis que l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle a été accordée.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2605161
Le Tribunal Administratif de Marseille rejette la requête d'un ressortissant algérien visant à annuler un arrêté de reconduite à la frontière et une assignation à résidence. La juridiction estime que la décision préfectorale est suffisamment motivée et procède d'un examen individuel de la situation, sans méconnaître l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Elle applique le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2602436
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de Mme B... A..., une ressortissante sierra-léonaise, qui demandait l'annulation de son arrêté de transfert vers l'Espagne et de son assignation à résidence. Le tribunal a jugé que le préfet du Bas-Rhin n'avait pas méconnu les dispositions du règlement Dublin III (article 17 du règlement UE 604/2013) ni violé l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, estimant que l'Espagne était en mesure d'examiner sa demande d'asile dans des conditions conformes. Il a également rejeté la demande d'injonction de délivrer une attestation de demande d'asile, tout en prononçant son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2602457
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a examiné un recours en excès de pouvoir contre plusieurs arrêtés préfectoraux (refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, assignation à résidence) pris à l'encontre d'un ressortissant étranger. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que le préfet du Haut-Rhin avait légalement exercé ses pouvoirs de police des étrangers. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et estime que les moyens tirés de la méconnaissance de la vie privée et familiale (article 8 CEDH) et de l'intérêt supérieur de l'enfant étaient inopérants en l'espèce.
07/04/2026