LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2602717

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2602717

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2602717
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL ADVENTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 30 avril 2026, sous le numéro 2602717, M D... A... B..., représenté par Me Damiens-Cerf, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du préfet de Loir-et-Cher, en date du 30 mars 2026 notifié le 2 avril 2026, portant à son encontre refus de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et fixant le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet de Loir-et-Cher à titre principal de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 100 euros par heure de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l’attente de lui délivrer un document provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de 5 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 100 euros par heure de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S’agissant de l’arrêté dans son ensemble :
- la compétence de l’auteur de l’arrêté n’est pas établie ;
- l’ensemble des décisions contenues dans l’arrêté attaqué sont entachées d’un défaut de motivation ;

S’agissant du refus de titre de séjour :
- le préfet en refusant le titre de séjour au motif qu’il ne justifiait pas de visa long séjour, a commis une erreur de droit tenant en la méconnaissance de l’article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car sa demande de carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » vaut implicitement dépôt d’une demande de visa long séjour de plein droit, le préfet ne pouvant opposer l’absence de visa sans vérifier les conditions de l’article L. 312-3 du même code et cette demande de visa long séjour aurait dû être étudiée par la préfecture et être satisfaite de plein droit ;
- ce refus porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il a désormais l’ensemble de ses attaches en France, forme un couple sincère et stable avec son épouse, y est en outre très intégré, a suivi plusieurs formations ainsi que des cours de français depuis septembre 2024 ;

S’agissant de l’obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l’illégalité du refus de titre ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S’agissant des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi
- elles sont illégales par voie de conséquence de l’illégalité du refus de titre.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juillet 2026, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.

II. Par une requête enregistrée le 1er juillet 2026, sous le numéro 2603998, M D... A... B..., représenté par Me Damiens-Cerf, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté en date du 29 juin 2026 notifié le même jour par lequel le préfet de Loir-et-Cher, l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, lui a interdit de sortir du département de Loir-et-Cher ; sauf exceptions et lui a enjoint de se présenter les lundis, mercredis et vendredis, y compris les jours fériés, à 8h30, au commissariat de Blois ;

2°) d’enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de solliciter les services de police compétents afin de lui remettre l’original de son passeport, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par heure de retard ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la compétence de l’auteur de l’arrêté n’est pas établie ;
- cet arrêté est entaché d’un défaut de motivation dès lors qu’il ne mentionne pas qu’il est marié et vit avec son épouse de nationalité française et qu’il a exercé un recours contre l’arrêté portant à son encontre obligation de quitter le territoire français ;
- il est entaché d’un défaut d’examen particulier et complet de sa situation personnelle ;
- il est entaché d’erreur de fait sur la perspective raisonnable d’éloignement dès lors qu’il a introduit, le 30 avril 2026, une requête en excès de pouvoir toujours en cours d’instruction, que le préfet se fonde sur la seule non-exécution de l’obligation de quitter le territoire français et sur la détention d’un passeport non remis pour en déduire un risque de soustraction, sans établir ni l’existence de démarches d’éloignement en cours telles que demande de laissez-passer consulaire, vols programmés, ni l’absence d’obstacles pratiques ou juridiques à l’éloignement ;
- il est entaché d’une erreur de fait, d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation, compte tenu de son mariage avec une française, de son insertion professionnelle par la création d’entreprise, de l’absence d’éléments établissant une menace grave pour l’ordre public et le choix d’une assignation avec des pointages très fréquents et d’une interdiction totale de quitter le département excède ce qui est nécessaire pour prévenir un risque de soustraction ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l’article 8 de la CEDH car l’assignation à résidence l’empêche de se déplacer librement hors du département, y compris pour des besoins professionnels et impose des pointages trois fois par semaine à 8h30, de nature à perturber significativement l’organisation de sa vie conjugale et l’exploitation de son entreprise.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2026, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.


Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Best-De-Gand pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l’article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique, le rapport de Mme E....

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. D... A... B..., ressortissant tunisien né le 19 juin 1992 est entré en France selon ses déclarations le 3 juillet 2022. Il a épousé le 16 août 2025 une ressortissante française. Il a déposé le 3 décembre 2025 une demande de titre de séjour en qualité de « conjoint de français ». Par un arrêté du 30 mars 2026, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de l’admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête n° 2602717, M A... B... demande au tribunal d’annuler cet arrêté. Par un arrêté en date du 29 juin 2026 notifié le même jour le préfet de Loir-et-Cher, l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, lui a interdit de sortir du département de Loir-et-Cher sauf exceptions et a fixé les obligations de pointage. Par sa requête n° 2603998 il demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

2. Les requêtes n°2602717 et n° 2603998 présentent à juger des questions semblables et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu, dès lors, d’en prononcer la jonction pour y statuer par une même décision.

Sur les conclusions à fin d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes du premier alinéa de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de prononcer l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle de M. A... B... au titre de la requête n°2603998.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

S’agissant de l’arrêté du 30 mars 2026 :

En ce qui concerne l’arrêté du 30 mars 2026 pris dans son ensemble :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 41-2025-08-25-00002 du 25 août 2025 produit en défense, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 41-2025-08-027 du même jour produit en défense, le préfet de Loir-et-Cher a donné délégation à M. Faustin Gaden, secrétaire général de la préfecture de Loir‑et-Cher, afin de signer tous les actes administratifs « relatifs au séjour et à la police des étrangers ». Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur des décisions contestées doit être écarté.

5. En second lieu, l’arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui le fondent. Il est, par suite, suffisamment motivé.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, selon l’article L. 423-2 du même code : « L’étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d’une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention “ vie privée et familiale ” d’une durée d’un an. La condition prévue à l’article L. 412-1 n’est pas opposable ». Aux termes de l’article 22 de la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 : « 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d’une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités compétentes de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l’entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l’entrée, à l’intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent. (…) ». En application de l’article L. 531‑2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’étranger au moment où il pénètre sur le territoire français en provenance du territoire d’un État partie à la convention de Schengen doit souscrire la déclaration prévue à l’article 22 de la convention du 19 juin 1990. Aux termes de l’article R. 211‑33 du même code : « La déclaration d’entrée sur le territoire français est souscrite auprès des services de la police nationale ou, en l’absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. À cette occasion, un récépissé est remis à l’étranger. Il peut être délivré par apposition d’une mention sur le document de voyage. L’étranger assujetti à l’obligation de déclaration doit être en mesure de justifier, à toute réquisition des agents de l’autorité, qu’il a satisfait à cette obligation, par la production de ce récépissé (…) ». La déclaration prévue par l’article 22 de la convention d’application de l’accord de Schengen, et dont le caractère obligatoire résulte de l’article L. 531‑2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, conditionne la régularité de l’entrée en France de l’étranger soumis à l’obligation de visa et en provenance directe d’un État partie à cette convention qui l’a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.

7. Il résulte de ces dispositions que si la délivrance d’une carte de séjour temporaire en qualité de conjoint de Français sur le fondement de l’article L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’est pas soumise à la condition de détention d’un visa de long séjour, à la différence de celle qui est régie par l’article L. 423‑1 du même code, elle est en revanche subordonnée, d’une part, à une entrée régulière du demandeur sur le territoire français et, d’autre part, à une vie commune et effective d’au moins six mois en France.

8. Il n’est pas contesté que M. A... B... n’est pas titulaire d’un visa de long séjour. Il ne peut donc se prévaloir des dispositions de l’article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S’il soutient qu’il remplissait les conditions mentionnées à l’article L. 423-2 du même code et que sa demande devait être regardée comme une demande implicite de délivrance de visa de long séjour, il ne ressort d’aucune pièce du dossier que le requérant établirait être entré régulièrement sur le territoire français. Il ne peut dès lors pas plus se prévaloir des dispositions de l’article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

10. La seule durée de présence d’un ressortissant étranger sur le territoire ne justifie pas l’existence d’une vie privée et familiale au sens des stipulations précitées. Elles ne sauraient davantage s’interpréter comme comportant pour un État l’obligation générale de respecter le choix par les couples mariés de leur pays de résidence. À cet effet, il importe notamment de tenir compte du point de savoir si la vie familiale a débuté à un moment où les individus concernés savaient que la situation de l’un d’entre eux au regard des lois sur l’immigration était telle que cela conférait d’emblée un caractère précaire à la poursuite de cette vie familiale dans l’État d’accueil. Lorsque tel est le cas, ce n’est en principe que dans des circonstances exceptionnelles que l’éloignement du membre de la famille ressortissant d’un pays tiers emporte violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. M. A... B... soutient qu’il mène une vie commune avec Mme C... depuis 2022, qu’il a conclu un pacte civil de solidarité avec elle en décembre 2024 et qu’ils se sont ensuite mariés en août 2025. Il fait également valoir qu’ils ont le projet de fonder une famille et que Mme C... a souffert d’une fausse-couche en septembre 2024. Il précise également avoir suivi des formations et des cours de français. Toutefois, il est constant qu’à la date de l’arrêté attaqué, le requérant réside en France depuis un peu moins de quatre ans. Si la vie commune avec son épouse ressort notamment de photographies produites au dossier, elle est encore récente à la date de l’arrêté attaqué. Par ailleurs, M. A... B... a vécu jusqu’à l’âge de 30 ans en Tunisie, pays dans lequel il n’est pas allégué, ni établi qu’il ne conserverait pas des attaches familiales et personnelles. Par suite, dans les circonstances de l’espèce, eu égard notamment à la durée de son séjour en France, M. A... B... n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, M. A... B... qui n’établit pas que la décision portant refus de titre de séjour serait illégale, n’est pas fondé à soutenir que la décision d’obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale.

13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11, l’obligation de quitter le territoire français en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée à l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant délai de départ volontaire et pays de renvoi :
14. M. A... B... qui n’établit pas que la décision portant refus de titre de séjour serait illégale, n’est pas fondé à soutenir que les décisions portant délai de départ volontaire et pays de renvoi seraient illégales.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 30 mars 2026 doivent être rejetées de même que les conclusions à fin d’injonction.
S’agissant de l’arrêté du 29 juin 2026 :
16. En premier lieu, l’arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Alors même qu’il ne mentionnerait pas le recours effectué contre l’arrêté du 30 mars 2026, ce dont le préfet n’a été informé que postérieurement au 29 juin 2026, l’arrêté doit être regardé comme suffisamment motivé. Il ne ressort pas de cette motivation, ni d’aucune autre pièce du dossier que le préfet de Loir-et-Cher n’aurait pas procédé à un examen attentif et particulier de la situation de M. A... B....
17. En deuxième lieu, par un arrêté n° 41-2025-08-25-00002 du 25 août 2025 produit en défense, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 41-2025-08-027 du même jour produit en défense, le préfet de Loir-et-Cher a donné délégation à M. Faustin Gaden, secrétaire général de la préfecture de Loir‑et-Cher, afin de signer tous les actes administratifs « relatifs au séjour et à la police des étrangers ». Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’assignation à résidence attaquée doit être écarté.
18. En troisième lieu, aux termes de l’article L.731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile: « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) ». Aux termes de l’article L. 732-3 du même code : « L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ». Aux termes de l’article L. 733-1 de ce code : « L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie (…) ». Enfin, l’article R. 733-1 précise : « L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger (…) définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ». Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l’encontre d’un étranger assigné à résidence, qui limitent l’exercice de sa liberté d’aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l’objectif qu’elles poursuivent, qui est de s'assurer du respect de l’interdiction faite à l’étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
19. D’une part, M. A... B... soutient que le préfet ne justifie pas du fait que son éloignement présenterait une perspective raisonnable dans la mesure où il ne peut effectivement être éloigné avant que le tribunal ait statué sur son recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, la seule circonstance qu’un recours soit pendant contre la mesure d’éloignement dont il fait l’objet et dont le présent jugement a par ailleurs pour objet de répondre n’est pas de nature à établir qu’il n’existerait pas de perspectives raisonnables d’éloignement. Par suite ce moyen doit être écarté.
20. D’autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A... B... a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du 30 mars 2026 soit moins de trois ans avant l’édiction de l’arrêté portant assignation à résidence. Il appartient au requérant qui conteste l’existence de perspectives raisonnables d’éloignement d’apporter des éléments objectifs de nature à caractériser leur absence, sans pouvoir se borner à exiger du préfet qu’il apporte la preuve des diligences mises en œuvre pour son départ ni à soutenir que l’autorité administrative n’avait pas accompli de telles diligences à la date d’édiction de l’arrêté contesté. Le moyen tiré de l’erreur de fait doit être écarté.
21. En dernier lieu, d’une part, le requérant ne peut utilement faire valoir, au soutien de ses conclusions dirigées contre l’assignation à résidence, son mariage avec une française, et le fait qu’il ne constitue pas une menace grave à l’ordre public, cette décision n’ayant, par elle-même, ni pour objet ni pour effet de l’obliger à quitter le territoire français. En outre, la décision attaquée, qui oblige M. A... B... à rester sur le territoire de son département de résidence, ne l’empêche pas de vivre avec son épouse. Par ailleurs, le requérant ne démontre pas que l’obligation de pointage à laquelle il est astreint porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. D’autre part, le requérant ne peut utilement soutenir non plus que l’assignation à résidence prise à son encontre porte une atteinte disproportionnée à son droit d’exercer une activité professionnelle dès lors qu’il ne dispose, du fait de sa situation irrégulière, d’aucune autorisation pour pouvoir travailler en France. Ainsi, M. A... B... n’est pas fondé à soutenir qu’en l’assignant à résidence sur le territoire de département de Loir-et-Cher et en l’astreignant à une obligation de pointage au commissariat de Blois, trois fois par semaine, le préfet aurait commis une erreur d’appréciation ou porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point 9.
22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 29 juin 2026 doivent être rejetées de même que les conclusions à fin d’injonction.
Sur les frais liés au litige :
23. Il n’y a pas lieu dans les circonstances de l’espèce de mettre à la charge de l’Etat la somme demandée par M. A... B... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991
D E C I D E :

Article 1er : M. A... B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire dans le cadre de la requête 2603998.

Article 2 : Les requêtes n° 2602717 et 2603998 de M. A... B... sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A... B... et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026

La magistrate désignée,




Armelle BEST-DE-GAND

Le greffier,




Laurent BOUSSIERESLa République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Décisions similaires

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798

03/08/2026

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201

03/08/2026

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562

03/08/2026

TA77Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484

03/08/2026

← Retour aux décisions