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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2604159

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2604159

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2604159
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGBEMOUDJI ENAGNON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juillet 2026 et le 30 juillet 2026, et des pièces complémentaires enregistrées le 8 juillet 2026 et le 31 juillet 2026, sous le numéro 2604159, M. D... C..., assigné à résidence postérieurement à sa requête, représenté par Me Gbemoudji, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 6 juillet 2026 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ;

3°) d’enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient dans le dernier état de ses écritures que :
- sa requête est recevable ;

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle viole le droit d’asile en méconnaissance de l’article 33 de la convention de Genève et des articles L. 521-1, L. 521-7 et R. 521-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

S’agissant de la décision portant fixation du pays de renvoi
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;

S’agissant de la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;

S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;

S’agissant du signalement à fin de non-admission dans le système d’information Schengen
- l’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire doit entraîner, en vertu de l’article R. 613-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010, l’effacement de ce signalement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2026, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.


II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juillet 2026 et le 30 juillet 2026, sous le numéro 2604494, M. D... C..., assigné à résidence, représenté par Me Gbemoudji, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 15 juillet 2026 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- il est recevable dans son recours ;
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 731-1 et L. 541-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.


Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2026, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme E... pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme E... ;
- les observations de Me Gbemoudji, représentant M. C....

Le préfet de Loir-et-Cher n’était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d’instruction à l’issue de l’audience publique à 10h15.


Considérant ce qui suit :

1. M. D... C..., ressortissant albanais, né le 14 mai 1987, déclare être entré irrégulièrement en France le 9 novembre 2019. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l’asile qui a été rejetée par une décision du 7 juin 2019 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) du 23 août 2019. Il a fait l’objet de deux précédentes mesures d’éloignement, par arrêté du 31 juillet 2019 pris par la préfecture de la Manche, confirmé par un jugement du 12 septembre 2019 du tribunal administratif de Caen et, par arrêté du 31 août 2021 pris par la préfecture de l’Orne. Il a été interpellé par les forces de l’ordre à Vendôme (Loir-et-Cher). Par un arrêté du 6 juillet 2026, dont il demande l’annulation, le préfet de Loir-et-Cher lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen. Il a été placé en rétention administrative, le 6 juillet 2026, au centre de rétention administrative d’Olivet et il a déposé, le 8 juillet 2026, une demande de réexamen de sa demande d’asile. Par une ordonnance du 11 juillet 2026 du juge du tribunal judiciaire d’Orléans, il a été mis fin à sa rétention, confirmée par une ordonnance de mainlevée du maintien de la rétention de M. C... du 13 juillet 2026 de la cour d’appel d’Orléans.

2. Par un arrêté du 15 juillet 2026, notifié le 16 juillet 2026, dont M. C... demande l’annulation, le préfet de Loir-et-Cher l’a assigné à résidence sur la commune de Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher) pour une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter tous les jours du lundi au vendredi, y compris les jours fériés, à 9 heures 30, à la brigade de gendarmerie de Romorantin-Lanthenay et de demeurer dans les locaux où il réside les samedis et dimanches, y compris les jours fériés, entre 6 heures et 9 heures.

3. Les requêtes n°2604159 et n°2604494 présentent à juger des questions semblables et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu, dès lors, d’en prononcer la jonction pour y statuer par un même jugement.

Sur l’aide juridictionnelle provisoire :

4. Aux termes de l’article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ».

5. Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 6 juillet 2026 :

En ce qui concerne l’arrêté pris dans son ensemble :

6. Il résulte d’un arrêté n° 41-2025-08-25-00002 du 25 août 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 41-2025-08-027 du même jour, que le préfet de Loir-et-Cher a donné délégation de signature à M. Faustin Gaden, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher, à l’effet de signer, tous les actes administratifs « relatifs au séjour et à la police des étrangers ». Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaquée manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et portant fixation du pays de renvoi :

7. Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. » Aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ». Aux termes de l’article L. 721-4 du même code : « L’autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l’étranger a la nationalité, sauf si l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d’asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s’il n’a pas encore été statué sur sa demande d’asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d’un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l’accord de l’étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d’un pays s’il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu’il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. »

8. Les décisions attaquées mentionnent les dispositions applicables notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont notamment l’article L. 721-4 ainsi que les conditions d’entrée du requérant et les éléments relatifs à la situation administrative, personnelle et familiale de M. C... notamment qu’il s’est déclaré « marié et père de trois enfants présents avec lui et son épouse sur le territoire français sans en apporter une quelconque preuve, notamment s’agissant de sa contribution à l’entretien et à l’éducation desdits enfants », que son épouse « apparaît comme divorcée dans le fichier national des étrangers en France » et qu’il s’est déclaré « travailler « au noir » en tant que peintre principalement sans autorisation ni déclaration préalable ». Les décisions attaquées, qui n’avaient pas à indiquer de manière exhaustive l’ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l’Union. 2. Ce droit comporte notamment : (…) le droit de toute personne d’être entendu avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (…) ». Aux termes du paragraphe 1 de l’article 51 de la Charte : « Les dispositions de la présente Charte s’adressent aux institutions, organes et organismes de l’Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu’aux Etats membres uniquement lorsqu’ils mettent en œuvre le droit de l’Union. (...) ».

10. Ainsi que la Cour de justice de l’Union européenne l’a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d’être entendu préalablement à l’adoption d’une décision de retour implique que l’autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l’irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l’autorité s’abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n’implique toutefois pas que l’administration ait l’obligation de mettre l’intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l’obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l’assortissent dès lors qu’il a pu être entendu sur l’irrégularité du séjour ou la perspective de l’éloignement.

11. Le requérant soutient qu’il n’a pas été mis en mesure de présenter ses observations sur la mesure d’éloignement envisagée à son encontre avant que cette mesure n’intervienne. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C... a été entendu par les services de police lors de son audition le 6 juillet 2026 à 8 heures 45 alors qu’il était placé en garde à vue et qu’il résulte du procès-verbal de cette audition que l’intéressé a été entendu sur sa situation familiale, l’irrégularité de sa situation administrative et les perspectives de son éloignement. Il n’est par ailleurs ni établi ni même allégué que le requérant aurait disposé d’autres informations pertinentes qui auraient été de nature à faire obstacle à l’édiction de cette mesure d’éloignement. Dès lors, M. C... ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d’être entendu qu’il tient du principe général du droit de l’Union européenne tel qu’il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

13. M. C... fait valoir être entré en France accompagné de Mme F... B..., titulaire d’un titre de séjour valable jusqu’au 5 décembre 2033, et de leurs deux enfants mineurs, A... C..., née le 29 octobre 2014, Aldi C..., né le 23 mai 2018, scolarisé en classe de CE1 au titre de l’année scolaire 2025-2026 et que de leur relation est issue un troisième enfant né sur le territoire français, Amanda C..., née le 29 juillet 2019, scolarisée en classe de CP pour l’année scolaire 2025-2026. Toutefois, si M. C... soutient résider en France depuis sept ans, il est constant qu’il a fait l’objet de deux précédentes mesures d’éloignement, prises le 31 juillet 2019 et le 31 août 2021 qu’il n’a pas exécuté et s’est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. En outre, si M. C..., dont il n’est pas contesté qu’il réside au 32 boulevard Jean Jaurès à Romorantin (41200), fait valoir qu’il justifie d’une vie privée et familiale stable et développée sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier que M. C... est divorcé de Mme B... et que par une ordonnance du 8 octobre 2021, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire d’Argentan, saisi d’une demande de protection de Mme B... qui indique avoir été victime de violences physiques le 31 août 2021, lui a fait interdiction de se rendre au domicile de cette dernière et d’entrer en relation avec elle, a accordé à Mme B... l’exercice exclusif de l’autorité parentale sur leurs trois enfants mineurs communs et le bénéfice à M. C... d’un droit de visite à la journée à raison d’au moins deux samedis par mois. Toutefois, en se bornant à produire des attestations émanant d’un ami et de ses trois enfants qui font état des visites de leur père et des photos avec ses enfants, postérieures à la date de la décision attaquée, alors que M. C... a, au demeurant, indiqué lors de son audition ne pas connaître le nom des établissements scolaires de ses enfants, il n’établit pas l’intensité et la stabilité des liens qu’il aurait noués avec ses trois enfants et il n’établit pas davantage contribuer de manière effective à leur entretien et éducation. En outre, si M. C... fait valoir qu’il travaille en qualité de peintre, il ne l’établit pas et ne justifie d’aucune insertion sociale ou professionnelle en France. Dans ces conditions, alors qu’il n’est par ailleurs pas contesté que M. C... conserve des attaches dans son pays d’origine où il a résidé la majeure partie de sa vie et où vivent ses parents, la décision attaquée n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. En outre, pour les mêmes motifs, la décision attaquée n’est pas entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences qu’elle emporte sur la situation du requérant.

14. En troisième lieu, aux termes du premier paragraphe de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».

15. Il résulte de ces stipulations que l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d’enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d’affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

16. Compte tenu de ce qui a été dit au point 13 du présent jugement, pour les mêmes motifs, il n’est pas établi que la décision attaquée porterait atteinte à l’intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doit être écarté.

17. En dernier lieu, d’une part, aux termes de l’article 33 de la convention de Genève : « 1. Aucun des États contractants n’expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. / 2. Le bénéfice de la présente disposition ne pourra toutefois être invoqué par un réfugié qu’il y aura des raisons sérieuses de considérer comme un danger pour la sécurité du pays où il se trouve ou qui, ayant été l’objet d’une condamnation définitive pour un crime ou délit particulièrement grave, constitue une menace pour la communauté dudit pays ».

18. D’autre part, aux termes de l’article L. 521-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l’asile se présente en personne à l’autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d’Etat, à la détermination de l’État responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l’État membre responsable de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d’engagements identiques à ceux prévus par le même règlement. ». Aux termes de l’article L. 521-7 du même code : « Lorsque l’enregistrement de sa demande d’asile a été effectué, l’étranger se voit remettre une attestation de demande d’asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d’Etat. La durée de validité de l’attestation est fixée par arrêté du ministre chargé de l’asile. / La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que l’étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l’article L. 311‑1. Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2o de l’article L. 542- 2. (…). ». Selon l’article L. 531-2 du même code : « Lorsque l’examen de la demande d’asile relève de la compétence de la France, l’étranger introduit sa demande auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai fixé par décret en Conseil d’Etat. L’autorité administrative compétente informe immédiatement l’office de l’enregistrement de la demande et de la remise de l’attestation de demande d’asile. / L’office ne peut être saisi d’une demande d’asile que si celle-ci a été préalablement enregistrée par l’autorité administrative compétente et si l’attestation de demande d’asile a été remise à l’intéressé. ». Aux termes de l’article L. 541-1 de ce même code : « Le demandeur d’asile dont l’examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. » et de l’article L. 541-2 du même code : « L’attestation délivrée en application de l’article L. 521-7, dès lors que la demande d’asile a été introduite auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu’à ce que l’office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d’asile statuent. ». Aux termes de l’article L. 541-3 du même code : « Sans préjudice des dispositions des articles L. 753-1 à L. 753-4 et L. 754-1 à L. 754-8, lorsque l’étranger sollicitant l’enregistrement d’une demande d’asile a fait l’objet, préalablement à la présentation de sa demande, d’une décision d’éloignement prise en application du livre VI, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l’étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ».

19. Enfin, aux termes de l’article R. 521-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sans préjudice du second alinéa de l’article 11-1 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l’organisation et à l’action des services de l’État dans les régions et départements, lorsqu’un étranger, se trouvant à l’intérieur du territoire français, demande à bénéficier de l’asile, l’enregistrement de sa demande relève du préfet de département et, à Paris, du préfet de police. ». Aux termes de l’article R. 521-4 de ce code dans sa version applicable au litige : « Lorsque l’étranger se présente en personne auprès de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, des services de police ou de gendarmerie ou de l’administration pénitentiaire, en vue de demander l’asile, il est orienté vers l’autorité compétente. / Il en est de même lorsque l’étranger a introduit directement sa demande auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, sans que sa demande ait été préalablement enregistrée par le préfet compétent. (…). »

20. Ces dispositions ont pour effet, lorsqu’un étranger formule une demande d’asile, d’obliger l’autorité de police à la transmettre au préfet et le préfet à l’enregistrer, à remettre une attestation de demande d’asile à l’étranger et à déterminer l’État responsable de l’examen de la demande. La délivrance de cette attestation ne peut être refusée que si l’étranger relève des prévisions du c) ou du d) du 2° de l’article L. 542‑2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, étrangères au présent litige. Le demandeur d’asile dont l’examen de la demande relève de la compétence de la France bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu’à la notification de la décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides et, le cas échéant, de celle de la Cour nationale du droit d’asile. Excepté les demandes d’asile présentées, soit à la frontière au sens de l’article L. 352-1 de ce code, soit en rétention au sens de l’article L. 754-2 de ce même code, soit par un étranger faisant l’objet d’une mesure d’éloignement antérieure à sa demande d’asile au sens de l’article L. 541‑3 du même code, les dispositions précitées font obstacle à ce que le préfet fasse usage des pouvoirs que lui confère le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en matière d’éloignement des étrangers en situation irrégulière tant que l’étranger, demandeur d’asile, bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. Si la demande d’asile relève de la responsabilité d’un autre État membre, l’autorité administrative doit mettre en œuvre les procédures instituées par le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susmentionné et décider, le cas échéant, le transfert de l’intéressé vers cet État membre en application de l’article L. 572-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, à l’exclusion de toute mesure d’obligation de quitter le territoire.

21. Si M. C... qui a, postérieurement à la mesure d’éloignement prise à son encontre le 6 juillet 2026, déposé une demande d’asile en rétention, enregistrée le 8 juillet 2026, soutient qu’il n’a pas été mis en mesure lors de son audition de faire part de ses craintes en cas de retour en Albanie, son pays d’origine, il ressort des pièces du dossier qu’il a exposé lors de son audition du 6 juillet 2026, avoir quitté son pays au motif de « soucis dans [son] pays » et vouloir rester en France au motif que « [sa] fille est née en France et [a] créé un lien fort avec ce pays », il n’a fait état d’aucune crainte ou menace en cas de retour dans son pays.

22. Il ressort des termes de l’arrêté attaqué du 6 juillet 2026 que le préfet de Loir-et-Cher s’est fondé sur la circonstance que la demande d’asile du requérant a été définitivement rejetée le 31 octobre 2019 et qu’il pouvait ainsi l’obliger à quitter le territoire français.

23. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande d’asile présentée par M. C... en vue du réexamen de sa demande a été introduite le 8 juillet 2026 et que le requérant s’est vu délivrer le jour même par les services de la préfecture de Loir-et-Cher une attestation de demande de réexamen de sa demande d’asile en procédure accélérée qui est nécessaire pour pouvoir introduire sa demande auprès de l’OFPRA, soit postérieurement à la date de l’arrêté attaqué du 6 juillet 2026. Ainsi, à la date de l’arrêté attaqué, le préfet de Loir-et-Cher pouvait légalement obliger le requérant à quitter le territoire français sans méconnaître son droit à l’asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l’article 33 de la convention de Genève et les dispositions des articles L. 521-1, L. 521-7 et R. 521-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision portant fixation du pays de renvoi est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

25. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 13 du présent jugement, et pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation doit être écarté.

26. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : (…). / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ». Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

27. Alors que la demande d’asile présentée par M. C... a été rejetée par l’office français de protection des réfugiés et apatrides le 7 juin 2019, décision confirmée par la Cour nationale du droit d’asile le 23 août 2019, la circonstance que le requérant craint pour sa vie et sa liberté en cas de retour en Albanie dès lors qu’il a eu des problèmes avec des personnes qui ont proféré des menaces à son encontre, ce dont il n’établit aucunement, n’est pas de nature à établir qu’il serait personnellement exposé à des risques actuels et graves de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d’origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.

28. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 13 du présent jugement, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

29. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 13 et 16 du présent jugement, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :

30. En premier lieu, aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger faisant l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d’un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (…). ». Aux termes de l’article L. 612-2 de ce même code : « Par dérogation à l’article L. 612-1, l’autorité administrative peut refuser d’accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l’étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet. ». Selon l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l’article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / (…) 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (…) ». Enfin, aux termes de l’article L. 613-2 du même code : « Les décisions relatives au refus et à la fin de du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 (…) sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ».

31. Pour refuser à M. C... le bénéfice d’un délai de départ volontaire, le préfet de Loir-et-Cher a considéré qu’il existe un risque que le requérant se soustraie à la mesure d’éloignement prise à son encontre en application du 3° de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et qu’il n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour, alors qu’il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu’il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à la mesure d’éloignement dont il fait l’objet et qu’il s’est soustrait à l’exécution d’une précédente mesure d’éloignement en application du 1°, 4° et 5° de l’article L. 612-3 du CESEDA. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.

32. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision portant refus d’accorder un délai de départ volontaire est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

33. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 13 du présent jugement, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation de la situation de M. C... doit être écarté.

34. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C... tendant à l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à l’encontre de la décision portant refus d’accorder un délai de départ volontaire et de la décision portant fixation du pays de renvoi ainsi que les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

35. Aux termes du III de l’article L. 511-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, devenu l’article L. 612-6 du même code : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, l’autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. (…) / Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l’ordre public. ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l’édiction et la durée de l’interdiction de retour mentionnée à l’article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l’interdiction de retour prévue à l’article L. 612-11. ». Enfin, selon l’article L. 613-2 de ce même code : « (…) les décisions d’interdiction de retour et de prolongation d’interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612‑11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ».

36. Il résulte des dispositions précitées que l’autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l’interdiction doit attester de la prise en compte par l’autorité compétente, au vu de la situation de l’intéressé, de l’ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l’autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l’intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe la durée de sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, à la nature et à l’ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d’éloignement dont il a fait l’objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l’ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l’intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n’est pas tenue, à peine d’irrégularité, de le préciser expressément.

37. Dès lors qu’il n’est pas contesté que les trois enfants mineurs de M. C... sont présents sur le territoire français et qu’il exerce un droit de visite, quand bien même il n’a pas la garde de ses enfants et qu’il s’est soustrait à deux précédentes mesures d’éloignement, le préfet de Loir-et-Cher en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans a entaché sa décision d’une erreur d’appréciation de la situation de M. C....

38. Il résulte de qui ce précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens soulevés, que la décision par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans à l’encontre de M. C... doit être annulée.

En ce qui concerne le signalement à fin de non-admission dans le système d’information Schengen :

39. Aux termes de l’article L. 613-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu’il fait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen, conformément à l’article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l’établissement, le fonctionnement et l’utilisation du système d’information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d’application de l’accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l’étranger en cas d’annulation ou d’abrogation de l’interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ». En vertu de l’article R. 613-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, les modalités de suppression du signalement d’un étranger effectué au titre d’une décision d’interdiction de retour prise en application de l’article L. 613-5 sont celles qui s’appliquent, en vertu de l’article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d’extinction du motif d’inscription au fichier des personnes recherchées.

40. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu’elle prend à l’égard d’un étranger une décision d’interdiction de retour sur le territoire français ou prolonge l’interdiction de retour dont cet étranger fait l’objet, l’autorité administrative se borne à informer l’intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d’interdiction de retour et n’est, dès lors, pas susceptible de faire l’objet en tant que telle d’un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l’annulation de la décision de signalement aux fins de non admission de l’intéressé dans le système d’information Schengen sont irrecevables et ne peuvent qu’être rejetées.

41. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C... tendant à l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à l’encontre de la décision portant refus d’accorder un délai de départ volontaire, de la décision portant fixation du pays de renvoi et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ainsi que les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte.

Sur les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 15 juillet 2026 portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours :

42. D’une part, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut assigner à résidence l’étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l’éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L’étranger fait l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n’a pas été accordé ; (…) ».

43. D’autre part, aux termes de l’article L. 541-1 de ce même code : « Le demandeur d’asile dont l’examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. » Aux termes de l’article L. 542-1 de ce code : « En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ». L’article L. 542-2 du même code prévoit que : « Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / a) une décision d’irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l’article L. 531-32 ; / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; / c) une décision de rejet ou d’irrecevabilité dans les conditions prévues à l’article L. 753-5 ; / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; / e) une décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38 ; l'étranger qui obtient la réouverture de son dossier en application de l'article L. 531-40 bénéficie à nouveau du droit de se maintenir sur le territoire français ; / (…) ». Enfin, aux termes de l'article L. 541-3 : « Sans préjudice des dispositions des articles L. 753-1 à L. 753-4 et L. 754-1 à L. 754-8, lorsque l'étranger sollicitant l'enregistrement d'une demande d'asile a fait l'objet, préalablement à la présentation de sa demande, d'une décision d'éloignement prise en application du livre VI, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ».

44. Il résulte de ces dispositions qu’une première demande de réexamen ouvre droit au maintien sur le territoire français dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le droit au maintien sur le territoire est conditionné par l’introduction de la demande auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, mais l’intéressé peut y prétendre dès qu’il a manifesté à l’autorité administrative son intention de solliciter un réexamen, l’attestation mentionnée à l'article L. 521-7 du même code ne lui étant délivrée qu’en conséquence de cette demande.

45. Il ressort des termes de l’arrêté en litige que M. C... est assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur la commune de Romorantin-Lanthenay, qu’il ne peut quitter sans autorisation préfectorale et qu’il devra se présenter tous les jours du lundi au vendredi, y compris les jours fériés, à 9 heures 30, à la brigade de gendarmerie de Romorantin-Lanthenay et demeurer dans les locaux où il réside les samedis et dimanches, y compris les jours fériés, entre 6 heures et 9 heures.

46. Il ressort des pièces du dossier que postérieurement à la mesure d’éloignement prise à son encontre le 6 juillet 2026, M. C... a présenté une demande de réexamen de sa demande d’asile en rétention, enregistrée le 8 juillet 2026, et que cette demande a été enregistrée, le jour même, en procédure accélérée par les services de la préfecture de Loir-et-Cher, soit une semaine avant l’édiction de l’arrêté d’assignation à résidence en litige et une attestation de demande d’asile lui a été délivrée le 28 juillet 2026, valable jusqu’au 27 janvier 2027, par les services de la préfecture du Loiret. Le requérant bénéficiait, ainsi, du droit de se maintenir sur le territoire français à compter du 8 juillet 2026, date d’enregistrement de sa demande de réexamen. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu’une décision de clôture, mettant fin à son droit de se maintenir sur le territoire français en application des dispositions du e) du 1° de l’article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, serait intervenue. Ainsi, rien ne permet, en l’état de l’instruction, de considérer que M. C... ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français à la date de l’arrêté attaqué, ni que ce droit serait susceptible de prendre fin pendant la période d’assignation, permettant l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet. Dès lors, en l’absence de perspective raisonnable d’éloignement, le préfet de Loir-et-Cher ne pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer son assignation à résidence.

47. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 15 juillet 2026 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les frais liés au litige :

48. M. C... a obtenu, à titre provisoire, le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que M. C... soit admis définitivement à l’aide juridictionnelle et Me Gbemoudji, avocat de M. C..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État le versement de 1 500 euros à Me Gbemoudji. Dans l’hypothèse où M. C... ne serait pas admis à l’aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement.


D E C I D E :


Article 1er : M. C... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L’arrêté du 6 juillet 2026 du préfet de Loir-et-Cher est annulé en tant qu’il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans à l’encontre de M. C....

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2604159 est rejetée.

Article 4 : L’arrêté du 15 juillet 2026 du préfet de Loir-et-Cher est annulé.

Article 5 : L’État versera la somme de 1 500 euros à Me Gbemoudji en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l’admission définitive de M. C... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gbemoudji renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D... C..., au préfet de Loir-et-Cher et à Me Gbemoudji.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.


La magistrate désignée,




Laura E...
Le greffier,




Laurent BOUSSIERES

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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