Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 juillet 2026 et le 23 juillet 2026, et des pièces complémentaires enregistrées le 20 juillet 2026, M. A... B..., détenu au centre de détention de Châteaudun, représenté par Me Yela Koumba, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler l’arrêté du 10 juillet 2026, par lequel le préfet d’Eure-et-Loir l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a assorti cette décision d’une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans ;
2°) d’enjoindre au préfet d’Eure-et-Loir de réexaminer sa situation dans un délai qu’il plaira au tribunal de fixer ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l’arrêté est insuffisamment motivé ;
- il n’est pas établi que l’Algérie le reconnaîtrait comme ressortissant ;
- il n’est pas établi que le pays de renvoi relève d’une des hypothèses prévues par l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l’arrêté est entaché d’une qualification erronée des faits de l’espèce : il ne représente pas une menace pour l’ordre public ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Le préfet d’Eure-et-Loir a transmis des pièces au tribunal le 20 juillet 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Best-De Gand pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l’article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique, qui a été suspendue et a ensuite repris pour permettre à M. B... de récupérer au sein de son dossier SPIP, une copie de l’attestation de dépôt d’une demande de renouvellement de son titre de séjour qu’il a effectué auprès du préfet de police le 30 août 2024 :
- le rapport de Mme Best-De Gand, assisté de M. Boussières, greffier ;
- les observations de Me Yela Koumba, représentant M. B..., qui précise que son client entend solliciter l’aide juridictionnelle provisoire, qui reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens, présente trois moyens nouveaux tirés d’une part, de ce que la décision est entachée d’un vice de procédure ayant privé M. B... d’une garantie puisqu’il n’est pas établi, en méconnaissance de l’article R. 40-29 du code de procédure pénale que le préfet aurait saisi le procureur d’une demande d’information sur les suites judiciaires, le préfet confondant TAJ et véritables condamnations, d’autre part, de ce que l’arrêté attaqué est entaché d’un défaut d’examen puisque le préfet ne mentionne pas la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. B..., qui était accompagnée de pièces établissant qu’il contribue à l’entretien et à l’éducation de ses filles et qu’il n’est pas déchu de son autorité parentale , enfin, que l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ; Me Yela Koumba insiste également sur la circonstance que M. B... a bénéficié de réductions de peines et qu’il ne représente pas une menace actuelle et réelle à l’ordre public ;
- les observations de M. B..., qui soutient qu’il est en démarche de soins pour soigner ses addictions, qu’il a deux filles qu’il voit dès qu’il peut et dont il contribue à l’entretien et à l’éducation même si elles résident à Marseille, qu’il regrette avoir commis les faits pour lesquels il a été condamné.
Le préfet d’Eure-et-Loir n’étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
L’audience s’est tenue selon les modalités prévues à l’article R. 731-2-1 du code de justice administrative. Me Yela Koumba a pu s’entretenir avec son client préalablement à l’audience dans une salle dédiée aux entretiens entre les avocats et leurs clients en utilisant le moyen de communication prévue à l’article R. 731-2-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant algérien, né le 14 juillet 1983 est entré sur le territoire français en 2007 selon ses déclarations. Il a été condamné en dernier lieu le 7 mai 2025 par le tribunal correctionnel de Versailles à la peine de 10 mois d’emprisonnement pour vol en réunion.
Le requérant est détenu au centre de Châteaudun. Par un arrêté du 10 juillet 2026, pris sur le fondement du 1° de l’article L. 611-1 et des 1° et 3° de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet d’Eure-et-Loir l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et a assorti sa décision d’une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans. M. B... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :
Aux termes du premier alinéa de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Dans les circonstances de l’espèce, et alors qu’il résulte de l’instruction que le requérant sollicite le bénéfice de l’aide juridictionnelle, il y a lieu de l’y admettre, à titre provisoire, en raison de l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur sa requête.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Le requérant soutient que l’arrêté en litige est entaché d’un défaut d’examen attentif et particulier de sa situation dès lors qu’il a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour enregistrée auprès du préfet de police le 30 août 2024, dont il produit à l’instance l’attestation de dépôt. Il soutient qu’à l’appui de sa demande il a produit de nombreux éléments attestant des liens entretenus avec ses deux filles et notamment des éléments attestant de ce qu’il participe à leur entretien et qu’il n’est pas déchu de l’autorité parentale. Il ressort par ailleurs du procès-verbal d’audition préalable à l’arrêté attaqué que M. B... avait mentionné au cours de l’entretien disposer d’une attestation de dépôt d’une demande de renouvellement de son titre de séjour. Ainsi, l’arrêté attaqué, qui se fonde sur le 1° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne mentionnant pas la demande de renouvellement du titre de séjour déposée par M. B... et opposant au requérant qu’il n’apporte pas la preuve qu’il participe à l’entretien et à l’éducation de ses enfants, est entaché d’un défaut d’examen attentif et particulier de la situation du requérant.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que l’arrêté du 10 juillet 2026 en litige doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique seulement, dès lors qu’en l’état du dossier, aucun autre moyen d’annulation n’est susceptible d’être accueilli, que le préfet d’Eure-et-Loir procède au réexamen de la situation administrative de M. B.... Il y a donc lieu d’enjoindre au préfet d’Eure-et-Loir de procéder à ce réexamen dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
M. B... étant admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Yela Koumba renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Yela Koumba de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L’arrêté du 10 juillet 2026 par lequel le préfet d’Eure-et-Loir a obligé M. B... à quitter sans délai le territoire français et a assorti cette decision d’une interdiction de retour de trois ans est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet d’Eure-et-Loir de réexaminer la situation de M. B... dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement.
Article 4 : L’Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Yela Koumba en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous reserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l’Etat.
Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet d’Eure-et-Loir.
Copie en sera adressée à Me Yela Koumba.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.
La magistrate désignée,
Armelle BEST-DE GAND
Le greffier,
Laurent BOUSSIERES
La République mande et ordonne au préfet d’Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.