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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2405861

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2405861

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2405861
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de l'association L214 comme manifestement irrecevable. L'association contestait le refus du préfet de la Haute-Garonne, révélé par un communiqué de presse du 30 août 2024, d'utiliser ses pouvoirs de police (articles L. 206-2 et R. 214-17 du code rural et de la pêche maritime) pour suspendre l'activité de l'abattoir de Boulogne-sur-Gesse. Le tribunal a jugé que ce communiqué de presse ne constituait pas une décision administrative faisant grief, et que la requête, introduite plus de deux mois après l'arrêté préfectoral du 9 avril 2024 ayant déjà suspendu l'agrément et l'activité de l'abattoir, était tardive. En application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les conclusions à fin d'annulation ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2024, l'association L214, représentée par Me Thouy et Me Vidal, demande au tribunal :

1°) d'annuler le refus du préfet de Haute Garonne, révélé par le communiqué de presse du 30 août 2024, de faire usage, à l'encontre de l'abattoir intercommunal de Boulogne-sur- Gesse, de ses pouvoirs de police prévus à l'article L. 206-2 du code rural et de la pêche maritime, notamment son refus d'ordonner la suspension de l'activité de cet abattoir et de son agrément ;

2°) d'annuler le refus dudit préfet, révélé par ce même communiqué de presse, de faire usage, à l'encontre de ce même abattoir, de ses pouvoirs de police prévus à l'article R. 214-17 du code rural et de la pêche maritime et de prendre les mesures nécessaires pour que la souffrance des animaux soit réduite au minimum ;

3°) d'enjoindre au préfet de Haute Garonne de faire usage de ses pouvoirs de police en application de l'article L. 206-2 du code rural et de la pêche maritime à fin d'édicter les mesures propres à remédier efficacement aux violations des règles de protection animale par l'exploitant de cet abattoir, en prononçant, notamment, la suspension de l'activité de l'abattoir et de son agrément et ce, dans un délai de 72h à compter du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre audit préfet de faire usage de ses pouvoirs de police en application de l'article R. 214-17 du code rural et de la pêche maritime et de prendre les mesures nécessaires pour que la souffrance des animaux soit réduite au minimum au sein de cet abattoir et ce, dans un délai de 24h à compter du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 € au titre des dispositions de l'article L.761-1 du Code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 206-2 du code rural et de la pêche maritime : " I. - Lorsqu'il est constaté un manquement aux dispositions suivantes : / - de l'article L. 214-3 et des règlements pris pour son application ; / - de l'article L. 214-6-1 et des règlements pris pour son application ; / - relatives à la prévention, à la surveillance et à la lutte contre les maladies des animaux prévues au titre préliminaire et au titre II ; / - aux règles relatives aux échanges au sein de l'Union européenne ou aux importations ou exportations d'animaux vivants prévues par les articles L. 236-1 à L. 236-8 ; / - aux règles d'exercice de la pharmacie, de la chirurgie vétérinaire ou de la médecine vétérinaire prévues par les articles L. 241-1 à L. 242-9 ; / - à leurs textes d'application et aux règles européennes ayant le même objet, et sauf urgence, l'autorité administrative met en demeure l'intéressé de satisfaire à ces obligations dans un délai qu'elle détermine. Elle l'invite à présenter ses observations écrites ou orales dans le même délai en se faisant assister, le cas échéant, par un conseil de son choix ou en se faisant représenter. Si, à l'expiration de ce délai, l'intéressé n'a pas obtempéré à cette injonction, ou sans délai en cas d'urgence, l'autorité administrative peut ordonner la suspension de l'activité en cause jusqu'à ce que l'exploitant se soit conformé à son injonction. / I bis. - Lorsqu'est constaté un manquement répété aux règles d'identification et aux conditions sanitaires prévues aux articles L. 236-1 à L. 236-8 pour les échanges intracommunautaires ou les importations ou exportations de carnivores domestiques, l'autorité administrative ordonne la suspension de l'activité en cause, pour une durée qui ne peut être inférieure à six mois. / II. - L'autorité administrative peut aussi, dans les mêmes conditions, suspendre ou retirer provisoirement ou définitivement le certificat de capacité ou l'agrément permettant l'activité en cause. / (). ". Aux termes des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 214-17 du même code : " Si, du fait de mauvais traitements ou d'absence de soins, des animaux domestiques ou des animaux sauvages apprivoisés ou tenus en captivité sont trouvés gravement malades ou blessés ou en état de misère physiologique, le préfet prend les mesures nécessaires pour que la souffrance des animaux soit réduite au minimum ; il peut ordonner l'abattage ou la mise à mort éventuellement sur place. Les frais entraînés par la mise en œuvre de ces mesures sont à la charge du propriétaire. ".

4. En l'espèce, le 30 août 2024, le préfet de la Haute-Garonne a publié un communiqué de presse à la suite de la publication sur le site internet de l'association L214 d'une vidéo captée au sein de l'abattoir de Boulogne-sur-Gesse. Le préfet rappelle, au sein de ce communiqué, que cet abattoir, qui a fait l'objet d'une suspension de son agrément sanitaire ainsi que d'une suspension d'activité par un arrêté qu'il avait pris le 9 avril 2024, a cessé toute activité durant cinq semaines et mis en œuvre des mesures correctives, lesquelles ont permis d'autoriser sa reprise d'activité à compter du 15 mai suivant. Le préfet précise, ensuite, que ses services ont, à la suite de cette reprise, maintenu leur vigilance sur cet établissement, lequel a fait l'objet d'un contrôle approfondi mené en juillet 2024 par la direction générale de l'alimentation ainsi que d'un contrôle renforcé pour vérifier la bonne maîtrise de la protection animale sur site et que les anomalies de fonctionnement de l'abattage des porcs font l'objet d'échanges avec l'exploitant. Enfin, le préfet mentionne qu'une enquête judiciaire étant en cours, les services de l'Etat ne pourront apporter aucun commentaire sur les images publiées sur le site de l'association L214.

5. Un tel communiqué, qui se borne à apporter des éléments d'information sur la situation de l'abattoir de Boulogne-sur-Gesse, à la suite des images publiées par l'association L214 ne saurait être regardé comme révélant, de la part du préfet de la Haute-Garonne, un quelconque refus de faire usage des pouvoirs de police qu'il tient des dispositions précitées des articles L. 206-2 et R. 214-17 du code rural et de la pêche maritime alors, au demeurant, qu'il n'est ni établi ni même allégué que l'association requérante aurait saisi le préfet d'une demande tendant à ce qu'il fasse usage de ces pouvoirs. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation présentées par l'association requérante, qui sont dirigées contre des décisions matériellement inexistantes, ne peuvent qu'être rejetées comme étant manifestement irrecevables sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. La présente ordonnance, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme demandée, à ce titre, par l'association requérante.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête de l'association L214 est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association L214.

Copie pour information sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse le 17 octobre 2024.

La présidente de la 6ème chambre,

M-O. MEUNIER-GARNER

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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