Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, Mme C... A..., représentée par Me Cazanave, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 22 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour en qualité de parent d’enfant réfugié ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de résident en qualité de parent d’enfant réfugié mentionnant son identité, dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi de 1991 relative à l’aide juridictionnelle et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans l’hypothèse où elle ne serait pas admise à l’aide juridictionnelle, de lui verser cette somme sur le seul fondement de l’article L. 761-1 du code précité.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d’un vice de procédure dès lors que la vérification de son acte de naissance n’a pas été réalisée dans les conditions prévues à l’article L. 811-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et à l’article 47 du code civil ;
- elle méconnaît le 4° de l’article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation et celle de sa famille.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 novembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 août 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre 2025.
Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Billet-Ydier.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A..., née le 22 septembre 1998 à Conakry (Guinée), ressortissante guinéenne sollicite un titre en qualité de parent d’enfant réfugié le 24 mai 2022. Le 27 décembre 2022, elle se voit délivrer une carte de séjour temporaire d’une durée d’un an. Elle sollicite le 23 octobre 2023, le renouvellement de son titre de séjour délivré pour motif familial ainsi que la délivrance d’une carte de résident d’une durée de dix ans sur le fondement de l’article L. 4233 (4°) du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par une décision du 22 décembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a renouvelé le titre de séjour de Mme A... pour une durée d’une année et refusé de lui accorder une carte de résident sur le fondement de l’article L. 424-3 dudit code.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l’article R. 431-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d’un titre de séjour présente à l’appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; (…) ». Selon l’article L. 811-2 de ce code : « La vérification de tout acte d’état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l’article 47 du code civil. » L’article 47 du code civil dispose : « Tout acte de l’état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d’autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l’acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. » Aux termes de l’article 1er du décret du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d’un acte de l’état civil étranger : « Lorsque, en cas de doute sur l’authenticité ou l’exactitude d’un acte de l’état civil étranger, l’autorité administrative saisie d’une demande d’établissement ou de délivrance d’un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l’article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l’autorité étrangère compétente (…) ».
3. L’article 47 du code civil précité pose une présomption de validité des actes d’état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il résulte également de ces dispositions que la force probante d’un acte d’état civil établi à l’étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d’établir que l’acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l’administration de la valeur probante d’un acte d’état civil établi à l’étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l’ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu’un acte d’état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu’il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l’instruction du litige qui lui est soumis. En outre, il ne résulte pas de ces dispositions que l’administration française doit nécessairement et systématiquement solliciter les autorités d’un autre État afin d’établir qu’un acte d’état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d’authenticité, en particulier lorsque l’acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l’administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.
4. Il ressort des pièces du dossier que, pour justifier de son état civil, Mme A... a fourni un extrait du registre de l’état civil, un jugement supplétif n° 18797/2022 émis le 29 juillet 2022 ainsi qu’une carte consulaire délivrée par les autorités consulaires guinéennes situées à Toulouse. Ces documents ont fait l’objet d’un examen technique de la police aux frontières de Toulouse et ont donné lieu le 12 septembre 2022 à un avis défavorable au motif que les documents produits « comportent des irrégularités au niveau de leurs établissements et ne sont donc pas valables sur notre territoire ». Par ailleurs, l’avis défavorable de la police se fonde aussi sur le fait « qu’aucune légalisation par les autorités françaises en Guinée ou par l’Ambassade de Guinée en France n’est présente ». Enfin, la carte d’identité consulaire a reçu un avis défavorable en raison de l’absence de possibilité d’effectuer une vérification. Par suite, Mme A... ne saurait soutenir que le préfet, a commis un vice de procédure au regard des dispositions précitées.
5. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : (...) / 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée ».
6. Il ressort des pièces du dossier comme il a été dit au point 4 que le préfet de la Haute-Garonne a, pour refuser de délivrer le titre de séjour à la requérante sur la base de l’article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considéré que cette dernière ne présentait pas des documents authentiques de nature à justifier pleinement de son état civil et que les conditions de l’article R 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n’étaient pas remplies. Si Mme A... produit à l’appui de sa requête un jugement supplétif n° 1743 établi le 12 janvier 2024, aucune légalisation par les autorités françaises en Guinée ou par l’Ambassade de Guinée en France n’est présente. Par suite, Mme A... n’est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions du 4° de l’article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »
8. Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
9. La décision du préfet de la Haute-Garonne refusant l’octroi d’une carte de résident à Mme A... n’ayant par elle-même ni pour effet de la priver de tout titre de séjour, ni de l’éloigner ou de la séparer de sa famille, la requérante qui s’est vu délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » valable du 29 décembre 2023 au 28 décembre 2025 n’est pas fondée à soutenir que cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision du 22 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
11. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d’annulation et n’implique aucune mesure d’exécution. Les conclusions à fin d’injonction doivent donc être rejetées.
Sur les frais de l’instance :
12. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Cazanave la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A..., à Me Cazanave et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Billet-Ydier, présidente,
Mme Cherrier, vice-présidente,
Mme Meunier-Garner, vice-présidente,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2025.
La présidente, rapporteure,
F. BILLET-YDIER
L’assesseure la plus ancienne,
S. CHERRIERLa greffière,
M. B...
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,