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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2405879

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2405879

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2405879
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, M. D A B, représenté par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 10 septembre 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a cessé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre les dépens à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ainsi que la somme de 1 400 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou dans l'hypothèse où il ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle totale, au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, en application des articles L. 555-1 et L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour des audiences.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 octobre 2024 :

- le rapport de M. Zabka,

- les observations de Me Cazanave, représentant M. D A B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de M. D A B, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- les observations de M. C, représentant l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 octobre 2024 :

- le rapport de M. Zabka,

- les observations de M. C, représentant l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés,

- la préfecture de la Haute-Garonne, après que la qualité d'intervenante lui a été reconnue à l'audience, qui apporte des précisions sur les modalités de transfert de M. A B et conteste la version de ce dernier.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience du 8 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A B, ressortissant congolais, s'est présenté le 27 décembre 2023 à la préfecture du Val-d'Oise pour solliciter l'asile. Il a, le même jour, accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par une décision prise le 14 mai 2024, M. A B a fait l'objet d'un arrêté portant transfert aux autorités espagnoles par la préfecture de la Haute-Garonne. Par une décision prise le 10 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration à notifié à M. A B la cessation des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; ".

6. En l'espèce, M. A B conteste avoir refusé d'embarquer dans un vol à destination du Portugal, pays responsable de sa demande d'asile et indique que les fonctionnaires de police chargés de l'escorter jusqu'à l'aéroport de Blagnac l'ont déposé dans Toulouse en lui donnant quatre euros afin qu'il retourne dans son lieu d'hébergement, situé à Puech du Taur (Tarn). Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du mail envoyé à 11h34 par la direction interdépartementale de la police aux frontières, le 21 août 2024, à la préfecture de la Haute-Garonne et signé par la commissaire de police, cheffe du service interdépartemental de la police aux frontières de Toulouse, que le requérant a bien refusé d'embarquer sur le vol TP491 de 12h35 à destination de Lisbonne. Si M. A B verse au dossier un procès-verbal établi par la gendarmerie nationale le 21 août 2024, à 16h20, dans lequel il indique aux gendarmes que les fonctionnaires de la police aux frontières, sur la route de l'aéroport, lui ont demandé de quitter le véhicule, ce seul élément déclaratif ne saurait remettre en cause la version des faits présentées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, la police aux frontière et la préfecture de la Haute-Garonne. Ainsi, M. A B doit être regardé comme ayant effectivement refusé d'embarquer. Par suite, c'est sans erreur de fait que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a décidé de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie l'intéressé au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités de l'asile. Le moyen soulevé à cet égard doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, et alors que le requérant ne se prévaut d'aucune vulnérabilité particulière, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. A B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives à l'injonction sous astreinte et à l'application des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Cazanave et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

N. ZABKALe greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°240587900

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