Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 septembre 2024, M. C... B..., représenté par Me Tercero, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de l’Aveyron a refusé de lui accorder un titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet de l’Aveyron de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cent euros par jour de retard et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridictionnelle, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l’Etat.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dans l’application des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2024, le préfet de l’Aveyron conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est irrecevable en l’absence d’une décision attaquée et qu’aucun moyen invoqué par M. B... n’est fondé.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024.
Par une ordonnance du 14 novembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 16 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Cherrier.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant guinéen, né le 21 septembre 1987 à Nzerekore (Guinée) est entré en France le 7 avril 2018. Il a sollicité son admission au bénéfice de l’asile le 21 janvier 2019. L’Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande le 14 février 2020 et la Cour nationale du droit d’asile a confirmé ce rejet le 21 janvier 2021. Par un arrêté du 15 mars 2021, le préfet de l’Aveyron a prononcé une mesure d’éloignement à son encontre. Par un arrêté du 19 août 2022, le préfet du Cantal lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l’a interdit de retour pour une durée d’un an. Par un arrêté du même jour, la préfète de l’Aveyron l’a assigné à résidence dans la commune de Saint-Affrique pour une durée de quarante-cinq jours. Le tribunal administratif de Toulouse, par un jugement du 29 août 2022, a rejeté les recours formés par M. B... à l’encontre de ces deux arrêtés. Le 12 juin 2023, l’intéressé a sollicité un titre de séjour « vie privée et familiale » auprès du préfet de l’Aveyron. Par sa requête, M. B... demande l’annulation de la décision née du silence gardé par le préfet de l’Aveyron sur cette demande.
Sur la fin de non-recevoir tirée de l’inexistence de la décision attaquée :
2. Aux termes de l’article R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l’autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. » En vertu du premier alinéa de l’article 1er du décret du 24 décembre 2015 : « Lorsque, en cas de doute sur l’authenticité ou l’exactitude d’un acte de l’état civil étranger, l’autorité administrative saisie d’une demande d’établissement ou de délivrance d’un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l’article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l’autorité étrangère compétente, le silence gardé pendant huit mois vaut décision de rejet. »
3. Il ressort des pièces du dossier que, le 12 juin 2023, M. B... a formé une demande d’admission au séjour auprès de la préfecture de l’Aveyron et a reçu, le même jour, une attestation de dépôt ainsi qu’une attestation l’informant d’une procédure de vérification de sa copie intégrale d’acte de naissance, du jugement supplétif n° 3438 tenant lieu d’acte de naissance et de la carte consulaire n° 5A4AUVE3 valable du 16 août 2022 au 16 août 2024. En application des dispositions précitées des articles R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’article 1er du décret du 24 décembre 2015, le silence gardé par l’autorité préfectorale pendant huit mois sur cette demande a fait naître, le 12 février 2024, une décision implicite de rejet. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
4. Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° (…) constituent une mesure de police (…) ». Enfin, aux termes de l’article L. 232-4 du même code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n’est pas illégale du seul fait qu’elle n’est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l’intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu’à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqué. »
5. La décision refusant la délivrance d’un titre de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions précitées de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. Par suite, en application des dispositions de l’article L. 232-4 du même code, il est loisible à l’étranger auquel est opposé tacitement un rejet de sa demande de titre de séjour de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l’absence de communication de ces motifs dans le délai d’un mois, la décision implicite se trouve entachée d’illégalité.
6. Le 12 juin 2023, M. B... a sollicité son admission au séjour auprès du préfet de l’Aveyron et a reçu, le même jour, une attestation de dépôt ainsi qu’une attestation l’informant d’une procédure de vérification de sa copie intégrale d’acte de naissance, du jugement supplétif n° 3438 tenant lieu d’acte de naissance et de la carte consulaire n°5A4AUVE3 valide du 16 août 2022 au 16 août 2024. En application des dispositions précitées des articles R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’article 1er du décret du 24 décembre 2015, le silence gardé par l’autorité préfectorale pendant huit mois sur cette demande a fait naître, le 12 février 2024, une décision implicite de rejet. Par un courrier du 5 mars 2024, reçu le 8 mars suivant, le requérant a demandé au préfet de l’Aveyron de lui communiquer les motifs de cette décision implicite. Cette demande a été formulée dans les délais du recours contentieux, conformément aux prescriptions de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration. Or, le préfet n’a pas répondu à cette demande dans le délai d’un mois prescrit par les dispositions précitées. Dès lors, la décision implicité de rejet née du silence gardé par le préfet de l’Aveyron sur la demande de titre de séjour formée par M. B... le 12 juin 2023 est dépourvue de motivation et doit, pour ce motif, être annulée.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de l’Aveyron sur sa demande de titre de séjour en date du 12 juin 2023.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
8. Eu égard au motif d’annulation retenu par le présent jugement, les moyens de légalité interne invoqués dans la requête n’étant pas fondés, l’exécution du jugement implique seulement que le préfet de l’Aveyron procède au réexamen de la situation de M. B.... Par conséquent, il est enjoint au préfet de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme au titre des frais exposés par M. B... et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de l’Aveyron sur la demande de titre de séjour de M. B... en date du 12 juin 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l’Aveyron de procéder au réexamen de la demande de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B..., à Me Tercero et à la préfète de l’Aveyron.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, vice-président,
Mme Cherrier, vice-présidente,
M. Bernos, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2025.
La rapporteure,
S. CHERRIER
Le président,
P. GRIMAUD
La greffière,
M. A...
La République mande et ordonne à la préfète de l’Aveyron en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,