lundi 28 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2406023 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2024 et un mémoire complémentaire, enregistré le 17 octobre 2024, M. B D agissant en qualité de représentant légal de son fils A D, représenté par Me Diaz, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir, sur le fondement du dernier alinéa de l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, l'arrêté du 8 septembre 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application des articles L. 228-1 et L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, a interdit à M. A D de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Toulouse (Haute-Garonne) sans avoir obtenu préalablement une autorisation écrite et l'a obligé à se présenter les mercredis, dimanches et jours fériés, à 14 heures, au commissariat de police du Mirail à Toulouse et à déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation, ceci pendant une durée de trois mois à compter du 13 septembre 2024 ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son auteur ;
- cette décision anonymisée méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure ; en effet, la mesure est fondée sur des faits anciens de violence, d'outrage et d'usage de stupéfiants ; il n'est pas davantage établi qu'il envisageait au mois d'octobre 2023 de commettre un attentat en France et qu'il incitait par un prosélytisme religieux des musulmans à suivre les préceptes de Daech ; il n'existe aucun élément concret et révélateur de l'actualité du risque qu'il représenterait alors que les jeux olympiques et paralympiques ont pris fin ; les publications sur les réseaux sociaux entre septembre 2023 et février 2024 en faveur d'une apologie du terrorisme n'ont pas été générées par A ; ce dernier a une capacité de discernement significativement altérée, en raison de problématiques médicale, psychologique, intellectuelle et de maturation affective décrites dans une expertise médicale judiciaire ; son jeune âge et ses troubles psychopathologiques ont suscité un renforcement de son encadrement socio judiciaire ; la mesure contestée est fondée sur des motifs non établis ne permettant pas de démontrer que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics, son adhésion actuelle à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes ;
- il est porté à l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par les stipulations de la convention internationale des droits de l'enfant (CIDE), notamment son article 3, et aux principes fondamentaux qui lui sont applicables, notamment la justice pénale des mineurs et des mesures adaptées à leur âge et à leur personnalité ; la défenseure des droits, dans un avis n° 21-07 du 18 mai 2021, avait d'ailleurs recommandé que les mineurs soient exclus du dispositif MICAS ;
- il est porté atteinte au respect de la vie privée et au droit de mener une vie familiale normale tels que protégés par l'article 2 de la déclaration de 1789, le dixième alinéa du préambule de la constitution de 1946 et l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les obligations de pointage s'effectuent accompagnées du représentant légal et la famille est contrainte de demeurer à Toulouse, ce qui exige un renforcement du contrôle de proportionnalité du juge.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 21 octobre 2024, le ministre de l'intérieur justifie de l'identité du signataire de la décision attaquée et de la délégation de signature de l'auteur de cette décision. Ce mémoire n'a pas été communiqué à M. D en application des dispositions de l'article L. 773-9 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son Préambule ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- la décision n° 2017-695 QPC du 29 mars 2018 du Conseil constitutionnel ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Clen,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,
- et les observations de Me Diaz, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 8 septembre 2024, pris sur le fondement des articles L. 228-1, L. 228-2 et L. 228-5 du code de la sécurité intérieure, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pris à l'encontre de M. A D, né le 21 août 2008, une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance lui interdisant de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Toulouse, dans lequel il réside, sans avoir obtenu au préalable une autorisation écrite, lui imposant de se présenter les mercredis, dimanches et jours fériés, à 14 heures, au commissariat de police du Mirail à Toulouse et à déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation, ces obligations étant applicables durant une période de trois mois à compter du 13 septembre 2024. M. D demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration ". Selon l'article L. 773-9 du code de justice administrative : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. / Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré de la méconnaissance des formalités prescrites par le même article L. 212-1 ou de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant ou si le juge entend relever d'office ce dernier moyen, l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence, du secret de la défense nationale et de la protection de la sécurité des personnes ". Enfin, aux termes de l'article L. 773-9 du code de justice administrative, applicable au contentieux des décisions administratives fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. / Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré de la méconnaissance des formalités prescrites par le même article L. 212-1 ou de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant ou si le juge entend relever d'office ce dernier moyen, l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision ".
5. Eu égard à leur finalité et à leur fondement, les décisions prises par le ministre de l'intérieur et des outre-mer en application des dispositions de l'article L. 228-1 et suivants du code de la sécurité intérieure constituent des décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme au sens des dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, seule une ampliation de telles décisions peut être notifiée à la personne concernée et, en cas de litige portant sur le respect des formalités prescrites par le même article L. 212-1, l'original conservé par l'administration est soumis au contrôle du juge administratif, sans être versé au débat contradictoire.
6. En l'espèce, le ministre de l'intérieur a pu à bon droit notifier à M. D une ampliation de la décision du 8 septembre 2024 portant mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance. En outre, l'original de cette décision, transmis par un mémoire distinct du ministre de l'intérieur au tribunal qui ne l'a pas communiqué au requérant en application des dispositions précitées de l'article L. 773-9 du code de justice administrative, comporte la signature de son auteur, ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. En outre, le signataire bénéficiait d'une délégation de signature à l'effet de signer la décision attaquée. L'auteur de la décision était donc bien compétent pour signer la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'acte et de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre. " Selon l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3° Déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation. / L'obligation prévue au 1° du présent article peut être assortie d'une interdiction de paraître dans un ou plusieurs lieux déterminés se trouvant à l'intérieur du périmètre géographique mentionné au même 1° et dans lesquels se tient un événement exposé, par son ampleur ou ses circonstances particulières, à un risque de menace terroriste. Cette interdiction tient compte de la vie familiale et professionnelle de la personne concernée. Sa durée est strictement limitée à celle de l'événement, dans la limite de trente jours. Sauf urgence dûment justifiée, elle doit être notifiée à la personne concernée au moins quarante-huit heures avant son entrée en vigueur. / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. Au-delà d'une durée cumulée de six mois, chaque renouvellement est subordonné à l'existence d'éléments nouveaux ou complémentaires. La durée totale cumulée des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article ne peut excéder douze mois. Les mesures sont levées dès que les conditions prévues à l'article L. 228-1 ne sont plus satisfaites. / () / La personne soumise aux obligations prévues aux 1° à 3° du présent article peut, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision, ou à compter de la notification de chaque renouvellement lorsqu'il n'a pas été fait préalablement usage de la faculté prévue au huitième alinéa, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision. Le tribunal administratif statue dans un délai de quinze jours à compter de sa saisine. Ces recours, dont les modalités sont fixées au chapitre III ter du titre VII du livre VII du code de justice administrative, s'exercent sans préjudice des procédures prévues au huitième alinéa du présent article ainsi qu'aux articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. "
8. Il résulte des dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure que les mesures qu'il prévoit doivent être prises aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. D a participé aux émeutes urbaines le 30 juin 2023, qu'il a été placé en garde à vue pour participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens et dissimulation volontaire du visage sans motif légitime afin de ne pas être identifié lors de manifestations sur la voie publique faisant craindre des atteintes à l'ordre public, qu'il a reconnu les faits et a fait l'objet d'une mesure judiciaire éducative provisoire le 27 novembre 2023. Il ressort du rapport de l'expertise psychiatrique établi le 15 mars 2024, ordonnée par le juge des enfants, que M. D souffre de " troubles du comportement avec des conduites d'opposition " et " échappe encore à une prise en charge adaptée " ; que si " l'état mental de l'intéressé ne risque pas de compromettre actuellement l'ordre public ", " ses antécédents récents montrent l'existence de ce risque comme de celui vis-à-vis de la sûreté des personnes ". Il ressort des termes de ce rapport que M. D ne peut se prévaloir du manque de discernement de son fils. C, eu égard au comportement de l'intéressé et à sa fragilité psychique, sans que le requérant ne puisse sérieusement invoquer l'ancienneté des faits reprochés, il constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier, en particulier de la note des services de renseignement produite par le ministre, suffisamment précise et circonstanciée, soumise au débat contradictoire, qu'en octobre 2023, il " était permis d'apprendre que l'adolescent encourageait des musulmans pratiquants à se conformer aux préceptes de Daech et qu'il envisageait, à l'avenir, de commettre un attentat en France ". Il ressort également de cette note qu'Adam a publié les 1er, 11 et 17 septembre 2023 des montages vidéo accompagnés de chants religieux dont les paroles appellent sans ambiguïté à prendre les armes et à tuer les français et qu'il a partagé des publications contestataires de l'autorité publique ou propagandistes du groupe terroriste Etat Islamique sur les réseaux sociaux. Le requérant se borne à contester qu'Adam n'est pas l'auteur de ces publications de propagande de l'Etat islamique, alors qu'il ressort du courriel du 18 juin 2024 adressé au ministre de l'intérieur et des outre-mer que son père justifie " ses publications de l'an dernier " par une " contexte très particulier pour lui ". En outre, les circonstances que M. D est mineur, qu'il bénéficie d'un encadrement socio-judiciaire, qu'il est titulaire de la " carte mobilité inclusion " avec un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80 %, qu'il est suivi médicalement à Toulouse au service de l'UMES Secteur 3 du Pôle de Guidance Infantile, que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées lui a attribué, le 9 février 2024, une orientation vers le dispositif Institut thérapeutique éducatif et pédagogique, ne remettent pas en cause la matérialité des éléments retenus dans l'arrêté, ni l'appréciation portée par le ministre.
10. En retenant de tels faits, caractérisant, d'une part, un comportement constituant une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et, d'autre part, le maintien en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit les deux conditions cumulatives exigées par les dispositions précitées de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure, pour prolonger pour trois mois des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance dont M. D a fait l'objet le 12 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a pas fait une interprétation erronée de ces dispositions. C, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté litigieux, dans un contexte marqué par la montée de la menace terroriste en raison du conflit israélo-palestinien, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a commis une erreur d'appréciation. Pour les mêmes motifs, M. D n'est pas fondé à soutenir que la mesure prise est en " inadéquation " avec la situation de son fils.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 : " Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression ". Aux termes du dixième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 : " La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". C que le Conseil constitutionnel l'a précisé, par une réserve d'interprétation, dans sa décision n° 2017-695 QPC du 29 mars 2018, il appartient au ministre de l'intérieur de tenir compte, dans la détermination des personnes dont la fréquentation est interdite, des liens familiaux de l'intéressé et de s'assurer en particulier que la mesure d'interdiction de fréquentation ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie familiale normale.
12. Si M. D fait valoir que son fils est dans l'impossibilité de se rendre au Maroc afin de voir ses grands-parents maternels, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que la mesure en litige, limitée dans le temps, est nécessaire à la sécurité publique. C, dans un contexte où la menace terroriste est particulièrement élevée sur le territoire national et accrue par les risques d'importation sur celui-ci du conflit israélo-palestinien, le ministre, en adoptant la mesure de prolongation en litige, n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel il a été pris, ni comme méconnaissant l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté porterait atteinte à l'intérêt supérieur de son fils dans des conditions contraires aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
13. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué constitue une mesure de police administrative dont l'édiction n'est pas soumise aux principes fondamentaux qui régissent la " justice pénale des mineurs ". C qu'il a été énoncé au point 7, il résulte des termes mêmes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure que des MICAS peuvent être prises à l'égard de " toute personne " qui répond aux deux conditions cumulatives que cet article prévoit. Par suite, en l'absence de disposition législative excluant les personnes mineures de leur champ d'application, ces mesures leur sont applicables pour autant qu'elles répondent à leurs strictes conditions d'application, qui impliquent notamment d'établir " qu'il existe des raisons sérieuses de penser " que le comportement de la personne visée par la mesure " constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics ". Le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a donc commis aucune erreur de droit, ni méconnu le champ d'application de l'article L. 228-1 et L. 228-2 du code de la sécurité intérieure en prenant des MICAS à l'égard d'une personne mineure.
14. En dernier lieu, si M. D soutient que les obligations de pointage de son fils, les mercredis, dimanches et jours fériés, s'effectuent accompagnées de son représentant légal et que la famille est contrainte de demeurer à Toulouse, la mesure ne peut être regardée, dans son principe, comme portant une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir et à la vie privée de la famille D, compte tenu des objectifs poursuivis par elle et de son caractère limité dans le temps et dans la durée. Par suite, l'exécution de cet arrêté ministériel n'emporte pas des obligations disproportionnées, ni ne présente un caractère excessif.
15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D, agissant en qualité de représentant légal de son fils mineur, M. A D, doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi précitée du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : M. D, agissant en sa qualité de représentant légal de son fils, M. A D, est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D, agissant en qualité de représentant légal de son fils mineur A D, est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clen, président,
Mme Cuny, conseillère,
Mme Lejeune, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
H. CLENL'assesseure la plus ancienne,
L. CUNY
La greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026