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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406046

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406046

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantJOUBIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 3 et 7 octobre 2024, M. C F, représenté par Me Joubin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 30 septembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, et dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette somme sur le seul fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant refus de délai de départ elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par des pièces et un mémoire en défense enregistrés les 7 et 8 octobre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zabka,

- les observations de Me Joubin, représentant M. F, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de M. F, assisté de Mme A, interprète en langue albanaise, qui répondent aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant albanais, déclare être entré pour la dernière fois sur le territoire français au cours de l'année 2023. Par un arrêté du 30 septembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par sa présente requête, M. F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 11 avril 2024 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2024-143, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme B D, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, à l'effet de signer les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant et la mise à exécution de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, l'arrêté attaqué précise les dispositions et stipulations dont il fait application, notamment le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise les conditions d'entrée de M. F en France et mentionne les principaux éléments de sa situation personnelle. L'arrêté vise l'article L. 612-2 et L. 612-3, notamment ses 1° et 8°, et mentionne les circonstances de fait au regard desquelles le préfet a refusé d'accorder un délai de départ volontaire au requérant. Il vise ensuite l'article L. 612-6 et L. 612-10 et précise les circonstances de fait retenues pour l'interdire de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par conséquent, les décisions attaquées sont suffisamment motivées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. M. F déclare, sans toutefois en apporter la preuve, être entré pour la dernière fois en France au cours de l'année 2023 et n'a été admis à y séjourner que le temps du réexamen de sa demande d'asile, considéré comme irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides par une décision du 20 février 2024. Si le requérant se prévaut de la présence de sa conjointe et de ses deux enfants mineurs sur le territoire français, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale qu'ils constituent n'aurait pas vocation à se reconstituer en Albanie, pays dont ils détiennent tous la nationalité et d'autre part, il ne justifie pas entretenir avec ces derniers des liens d'une particulière intensité alors, d'ailleurs, qu'il a été condamné à des peines de quatre mois et huit d'emprisonnement ferme. En outre, le requérant ne justifie pas d'une intégration sociale ou professionnelle d'une particulière intensité sur le territoire français. Enfin, il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche pénale éditée le 11 septembre 2024, que M. F a été condamné une première fois, le 6 mars 2023, par le tribunal correctionnel de Perpignan pour des faits de détention de tabacs sans document et de refus de déférer aux injonctions d'un agent de douane et une seconde fois, le 3 avril 2024, par le tribunal correctionnel de Toulouse pour des faits de vol aggravé et que sa présence sur le territoire national doit être regardée comme comme constituant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne, en obligeant M. F à quitter le territoire français, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences sur sa situation. Le moyen ainsi invoqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté contesté ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne se serait considéré à tort en situation de compétence liée et aurait donc méconnu l'étendu de sa compétence. Les moyens d'erreur de droit invoqués à cet égard doivent être écartés.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 de ce même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. ".

9. Il résulte de l'arrêté attaqué que, pour refuser le délai de départ volontaire à M. F, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur les dispositions du 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles du 1°et 8° de l'article L. 612-3 du même code. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, l'intéressé ne démontre pas être entré régulièrement sur le territoire français et a explicitement déclaré, lors de l'audition administrative en date du 1er avril 2024, ne pas détenir son passeport, retenu par les autorités allemandes. En outre, il ne démontre pas disposer d'un hébergement effectif et permanent, de sorte qu'il ne présente pas de garanties de représentation au sens des dispositions 8° de l'article L. 612-3 précité. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstance particulière, le préfet de la Haute-Garonne a pu légalement refuser d'accorder à M. F un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

10. Il résulte de ce qui précède que l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de renvoi serait illégale en conséquence de l'illégalité de décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire et refus de délai de départ volontaire n'étant pas entachées d'illégalité, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ne se trouve aucunement privée de base légale.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et, aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

13. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. F ne justifie ni d'une présence ancienne et continue en France, ni de liens d'une particulière intensité sur le territoire national et que sa présence sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. F a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement édictée le 23 août 2019, par le préfet des Hautes-Pyrénées, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Toulouse par un jugement du 14 novembre 2019. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstances humanitaires, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans méconnaitre les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prendre à l'encontre de ce dernier une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par suite, ce moyen doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 30 septembre 2024.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par l'intéressé au profit de son conseil en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : M. F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à Me Joubin et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

N. ZABKA La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2406046

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