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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406086

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406086

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406086
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a été saisi en référé suspension par la société Hivory, contestant l'arrêté du 1er août 2024 par lequel le maire de Firmi a retiré une décision tacite de non-opposition et s'est opposé à l'installation d'une station de téléphonie mobile. Le juge des référés a fait droit à la demande, suspendant l'exécution de cet arrêté. La solution retenue se fonde sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative, en raison de l'urgence caractérisée par l'intérêt public à la couverture mobile et des obligations de l'opérateur, ainsi que du doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté, notamment pour défaut de motivation et erreur de droit sur le délai de retrait.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 octobre 2024, la societé Hivory représentée par Me Bon-Julien, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 1er août 2024 par lequel le maire de Firmi a retiré la décision tacite de non-opposition et s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle a déposée en vue de l'installation d'une station de téléphonie mobile sur un terrain situé 485 allée de Piecelongue à Firmi ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de prendre un arrêté provisoire de non- opposition à la déclaration préalable enregistrée sous le n° DP1210024A0017 qu'elle a déposée, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Firmi une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que la décision attaquée entre dans la catégorie des décisions susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir et qu'elle a déposé une requête en annulation dans les délais de recours ;

en ce qui concerne la condition relative à l'urgence :

- le litige porte sur le même projet que celui qui a fait l'objet d'un arrêté portant opposition qui a été suspendu par une ordonnance n° 2403782 du 11 juillet 2024 du juge des référés et alors qu'il n'y a pas eu de changement de circonstances ;

- elle est constituée au regard de l'intérêt public s'attachant à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, aux intérêts de la société SFR qu'elle défend, consistant en l'obligation de couverture de la population par la 4G à hauteur de 98 % par ses moyens propres en janvier 2027 et aux obligations fixées par l'ARCEP et la direction générale des entreprises le 22 janvier 2018, ainsi qu'à ses propres intérêts, du fait de son obligation de respecter ses engagements contractuels et dès lors enfin que le projet a vocation à couvrir un territoire et une population à ce jour couverts très partiellement par le réseau 4G de SFR.

en ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux :

- l'arrêté est insuffisamment motivé et ne permet pas au pétitionnaire de comprendre ses motifs ;

- il est entaché d'erreur de droit, la décision tacite de non opposition légale ne pouvait être retirée au-delà d'un délai de trois mois et la commune n'apporte pas la preuve que la décision de retrait de la décision de non-opposition lui ait été notifiée dans ce délai ;

- les deux motifs opposés au projet sont illégaux ; celui tiré de l'absence d'insertion dans l'environnement en méconnaissance de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme est entaché d'erreur d'appréciation et méconnait l'autorité de la chose jugée, le projet se trouve en effet en dehors de tout secteur de protection du patrimoine bâti et des paysages, de sorte que l'intérêt ou le caractère des lieux avoisinants fait défaut ; celui tiré de la méconnaissance de l'article A-1 du règlement du plan local d'urbanisme est infondé, le projet faisant partie de la catégorie des constructions et installations nécessaires aux locaux techniques et industriels des administrations publiques.

La requête a été communiquée à la commune de Firmi qui n'a pas présenté d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2403782 du 11 juillet 2024 du juge des référés.

- la requête enregistrée le 3 octobre 2024 sous le n° 2406044 par laquelle la société Hivory demande l'annulation de l'arrêté du 1er août 2024.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 24 octobre 2024, en présence de Mme Tur, greffière d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et a entendu :

- les observations de Me Semino substituant Me Bon-Julien, représentant la société Hivory, qui a repris en les précisant les moyens développés dans ses écritures,

- la commune de Firmi n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Hivory a déposé le 5 avril 2024 un dossier de déclaration préalable enregistré sous le n° DP 12 100 24 A0017 en vue de l'installation d'une station de téléphonie mobile sur un terrain situé 485 allée de Piècelongue, parcelle cadastrée section AC n° 484, sur le territoire de la commune de Firmi (Aveyron). Par arrêté du 3 mai 2024, le maire de la commune de Firmi s'est opposé à cette déclaration préalable. Par une ordonnance n° 2403782 du 11 juillet 2024, le juge des référés a suspendu l'exécution de cet arrêté et enjoint au maire de Firmi de délivrer à la société Hivory, à titre provisoire, un certificat de non-opposition à déclaration préalable dans le délai de 15 jours. A la suite de cette ordonnance, le maire a signé le 1er août 2024 un nouvel arrêté portant retrait de la décision tacite de non-opposition à cette déclaration préalable née le 5 mai 2024 et opposition au projet. La société Hivory demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 1er août 2024 du maire de la commune de Firmi.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

4. Il résulte de l'instruction, ainsi que l'a d'ailleurs déjà indiqué le juge des référés dans son ordonnance n° 2403782 du 11 juillet 2024, que la société Hivory, spécialisée dans la réalisation d'infrastructures de télécommunications, s'est vue confier par la société SFR une mission globale de recherche d'emplacements, de déploiement et de mise à disposition de sites pylônes destinés à accueillir ses équipements dans le cadre du programme engagé par l'ARCEP et le Gouvernement quant à la couverture réseau du territoire. La société SFR, pour le compte de laquelle l'installation litigieuse doit donc être réalisée, a envers l'ARCEP des obligations de couverture de population, notamment à hauteur de 98 % en 4G par ses installations propres à la prochaine échéance prévue en janvier 2027, leur non-respect étant susceptible de faire l'objet de sanctions. Par ailleurs, les obligations en matière de couverture de population s'expriment désormais, outre en termes quantitatifs, en termes de qualité de réseau et de débit. Par la production d'une carte simulant la couverture du réseau aux alentours du site d'implantation du pylône litigieux qui ne fait l'objet d'aucune contestation, la société Hivory établit que le projet va améliorer la couverture du territoire de la commune de Firmi. En tant que cocontractante de la société SFR, et en sa qualité propre de pétitionnaire de la décision d'urbanisme en cause, la société Hivory peut ainsi se prévaloir de l'intérêt public s'attachant à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile mais également des obligations imposées à l'opérateur par l'ARCEP. Dans ces conditions, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. En l'état de l'instruction, les moyens soulevés par la société Hivory et tirés de ce que l'arrêté attaqué ne pouvait procéder au retrait de la décision tacite de non-opposition à déclaration née le 5 mai 2024 après un délai de trois mois dès lors que la décision était légale, de l'illégalité des deux motifs qui lui ont été opposés en raison d'une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'illégalité du motif tiré de la méconnaissance de l'article A-1 du plan local d'urbanisme, sont susceptibles de créer un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté.

6. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est de nature à faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Firmi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. En l'état de l'instruction, l'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement qu'il soit enjoint au maire de la commune de Firmi de délivrer à la société Hivory, à titre provisoire, un certificat de non-opposition à sa déclaration préalable, dans le délai de 15 jours suivant sa notification.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Firmi la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Hivory et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 1er août 2024 par lequel le maire de la commune de Firmi a retiré la décision tacite de non-opposition et s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 12 100 24 A0017 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête de la société Hivory tendant à son annulation.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Firmi de délivrer, à titre provisoire, un certificat de non-opposition à déclaration préalable à la société Hivory dans le délai de 15 jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Firmi versera la somme de 1 500 euros à la société Hivory au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Hivory et à la commune de Firmy.

Fait à Toulouse le 30 octobre 2024

La juge des référés,

Céline ARQUIE

La greffière,

Pauline TUR

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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