jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2406123 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BACHELET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 octobre 2024, M. B C, représenté par
Me Bachelet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 3 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Aveyron l'a assigné à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 précité.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- il entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux modalités de l'assignation à résidence.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 octobre 2024, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Gigault, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gigault,
- les observations de Me Bachelet, représentant M. C, absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Me Bachelet précise le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en faisant valoir que M. C est toujours en possession de son passeport et que le préfet de l'Aveyron n'a pas sollicité de routing.
- le préfet de l'Aveyron n'étant ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant géorgien, né le 12 avril 1995 à Tbilissi (Géorgie), déclare être entré sur le territoire français en août 2022. Il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile. Sa demande a été enregistrée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le
15 octobre 2021. Par une décision du 11 février 2022, notifiée le 1er avril 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet par une ordonnance du 4 juillet 2022, notifiée le 18 juillet 2022. Par un arrêté du 22 mars 2023, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Limoges du 17 mai 2023, le préfet de l'Indre l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 3 juin 2023, le préfet de l'Indre l'a assigné à résidence dans le département de l'Indre pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 5 mars 2024, le préfet de l'Aveyron l'a assigné à résidence sur la commune de Rodez et les communes avoisinantes pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 26 septembre 2024, le préfet de l'Aveyron l'a placé en rétention administrative. Par une ordonnance du 2 octobre 2024, le magistrat délégué de la cour d'appel de Toulouse a mis fin à son placement en rétention. Par un arrêté du
3 octobre 2024, le préfet de l'Aveyron l'a assigné à résidence dans le département de l'Aveyron pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint à se présenter les mercredis et vendredis, sauf les jours fériés ou chômés, entre 10 heures et 12 heures au commissariat de police de Rodez. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 24 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 25 octobre 2022, le préfet de l'Aveyron a donné délégation à Mme A F, cheffe du bureau de l'immigration et de la nationalité de la préfecture de l'Aveyron, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E D, directeur de la citoyenneté et de la légalité, les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E D n'aurait pas été absent ou empêché lors de la signature de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 731-1, L. 732-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait référence à l'arrêté du préfet de l'Indre du 22 mars 2023 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, édicté depuis moins de trois ans et pour lequel le délai de départ volontaire accordé est expiré. Dans ces conditions, l'arrêté en litige est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet de l'Aveyron n'aurait pas procédé, comme il y est tenu, à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen d'erreur de droit invoqué sur ce point doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
7. Il est constant que M. C fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet de l'Indre le 22 mars 2023 et pour laquelle le délai de départ volontaire accordé est expiré. Dès lors, le préfet de l'Aveyron pouvait valablement assigner M. C à résidence sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la perspective raisonnable d'éloignement doit être appréciée à la date de la décision litigieuse et au regard de la durée totale potentielle d'une mesure d'assignation. Or, si le requérant a déjà fait l'objet de précédentes mesures d'assignation à résidence n'ayant pas permis de mettre effectivement en œuvre son éloignement, celles-ci ont néanmoins toutes été levées. La durée de ces précédentes mesures ne peut donc être prise en compte dans l'appréciation, à la date de la décision litigieuse, de la perspective raisonnable d'éloignement existante. Dès lors, la mesure d'assignation en litige, qui n'a pas été édictée en renouvellement de précédentes mesures d'assignation, ne saurait être regardée comme ayant été prise sans qu'il n'existe aucune perspective raisonnable d'éloignement alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que tel ce serait le cas. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Aveyron aurait commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées en l'assignant à résidence.
8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; () ".
9. Si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation à résidence elle-même. Il en résulte qu'une illégalité entachant les seules modalités de contrôle de la mesure n'est pas de nature à justifier l'annulation de la décision d'assignation à résidence dans sa totalité.
10. En l'espèce, en assignant M. C à résidence dans le département de l'Aveyron et en lui imposant de se rendre deux fois par semaine (les mercredis et jeudis) entre 10 heures et
12 heures au commissariat de police de Rodez alors que l'intéressé a déclaré, lors de son audition par les services de la brigade de gendarmerie de Villefranche-de-Rouergue le 26 septembre 2024, vivre à Villefranche-de-Rouergue, et alors qu'aucune pièce du dossier ne le contredit, le préfet de l'Aveyron a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans la fixation des modalités de présentation du requérant au regard des dispositions de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 octobre 2024 portant assignation à résidence en tant qu'il porte obligation de présentation chaque mercredi et jeudi entre 10 heures et 12 heures au commissariat de police de Rodez.
Sur les frais liés au litige :
12. Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Bachelet à percevoir la part contributive de l'Etat, ce dernier versera une somme de 1 000 euros à Me Bachelet au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée.
13. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par
M. C sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Aveyron du 3 octobre 2024 portant assignation à résidence est annulé en tant qu'il porte obligation de présentation chaque mercredi et jeudi entre 10 heures et 12 heures au commissariat de police de Rodez.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Bachelet à percevoir la part contributive de l'Etat, ce dernier versera la somme de 1 000 euros à Me Bachelet au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Bachelet et au préfet de l'Aveyron.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La magistrate désignée,
S. GIGAULT La greffière,
M. G
La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
200
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026