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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406155

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406155

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406155
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKOSSEVA-VENZAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 3 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Ariège l'a assigné à résidence dans le département de l'Ariège pour une durée de quarante-cinq jours en l'obligeant à remettre son passeport à un officier de police judiciaire ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de mettre fin à la mesure d'assignation à résidence ;

5°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de lui restituer son passeport ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 précité.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est privé de base légale, dès lors qu'il est fondé sur une obligation de quitter le territoire français du 14 février 2022 qui n'est plus exécutoire ; la loi du 26 janvier 2024, qui étend le délai d'exécution d'une obligation de quitter le territoire français à trois ans n'a pas de portée rétroactive et ne s'applique qu'aux décisions prononcées à compter du 26 janvier 2024 ; le préfet ne pouvait donc l'assigner à résidence pour l'exécution de la décision d'obligation de quitter le territoire prise à son encontre le 14 février 2022, soit plus d'un an auparavant, au regard des dispositions de l'article L. 731-1 du CESEDA alors applicable ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît son droit d'être entendu ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'il emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de remise de son passeport :

- elle est privée de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 16 et 18 octobre 2024, le préfet de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et

L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Me Kosseva-Venzal soulève un nouveau moyen à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence tiré de l'erreur de fait en raison de ce que M. A justifie d'une adresse stable,

- les observations de M. A, assisté par Mme B, interprète en langue albanaise, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de l'Ariège n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 15 avril 1964 à Korce (Albanie), déclare être entré, pour la première fois, sur le territoire français le 14 juin 2016 accompagné de son épouse et de leur fils. Il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 21 juin 2016. Par une décision du 11 août 2017, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet par une décision du 10 janvier 2018. Le 7 février 2018, M. A a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 5 novembre 2018, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 4 avril 2019, le préfet de l'Ariège a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un arrêté du 20 juin 2019, le préfet de l'Ariège l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 2 juillet 2019, le magistrat désigné par la présidente du tribunal a annulé cet arrêté en tant qu'il a astreint le requérant à se présenter tous les jours, y compris les dimanches et les jours fériés, à la gendarmerie de Saverdun (Ariège). Placé en centre de rétention administrative, M. A a été reconduit à la frontière le 10 septembre 2019 dans son pays d'origine, l'Albanie. Toutefois, par un arrêt du 24 février 2020, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé le jugement précité du tribunal administratif de Toulouse du 4 avril 2019 en raison d'un vice de procédure affectant l'arrêté du 5 novembre 2018 et a enjoint au préfet de l'Ariège de réexaminer la situation administrative du requérant. M. A est ensuite entré pour la seconde fois en France le 28 août 2021. Le 15 novembre 2021, il a sollicité, auprès de la préfecture de l'Ariège, un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 14 février 2022, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 22 juin 2023, le préfet de l'Ariège a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par un arrêté du 3 octobre 2024, le préfet de l'Ariège l'a assigné à résidence dans le département de l'Ariège pour une durée de quarante-cinq jours en l'obligeant à remettre son passeport à un officier de police judiciaire du commissariat de police de D et en l'astreignant à se présenter du lundi au samedi, hors jours fériés, à 9 heures au commissariat de police de D. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur du 1er mai 2021 au 28 janvier 2024 : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes du même texte, dans sa rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024 : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

4. D'une part, selon l'article 86 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée : " () IV. - L'article 72, à l'exception du 2° du VI, () [entre] en vigueur à une date fixée par décret en Conseil d'Etat, et au plus tard le premier jour du septième mois suivant celui de la publication de la présente loi. Ces dispositions s'appliquent à la contestation des décisions prises à compter de leur entrée en vigueur () ". Par ces dispositions, le législateur a implicitement mais nécessairement prévu que les dispositions du 2° du IV de l'article 72 de la même loi, qui ont modifié le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour allonger à trois ans le délai dans lequel l'étranger peut être assigné à résidence en exécution d'une obligation de quitter le territoire, sont applicables immédiatement, soit le lendemain de la publication de la loi au Journal officiel de la République française en l'absence de disposition réglementaire nécessaire à leur application. Il en résulte qu'à cette date, un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français datant de plus d'un an mais de moins de trois ans peut faire l'objet d'une assignation à résidence pour l'exécution de cette mesure d'éloignement.

5. D'autre part, si des dispositions législatives ou règlementaires nouvelles ont par principe vocation à s'appliquer aux situations en cours, l'autorité administrative ne saurait, sans méconnaître le principe de non-rétroactivité, en faire application à des situations juridiquement constituées à la date de leur entrée en vigueur.

6. Il ne ressort d'aucune des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'une obligation de quitter le territoire français deviendrait caduque à défaut d'avoir été exécutée à l'issue d'un délai déterminé. Si les anciennes dispositions de l'article L. 731-1 de ce code faisaient obstacle à l'assignation à résidence d'un étranger sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire prise plus d'un an auparavant, elles n'avaient ni pour objet ni pour effet de mettre fin aux effets de la mesure d'éloignement, l'étranger demeurant tenu de quitter le territoire. Il s'ensuit que l'écoulement du temps depuis l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A le 14 février 2022, n'a pas, en lui-même, eu pour effet de placer l'intéressé dans une situation juridique définitivement constituée, faisant obstacle à ce que la loi attache de nouvelles conséquences juridiques à cette mesure d'éloignement. Il résulte de ce qui précède que le préfet de l'Ariège pouvait légalement, sans méconnaître le principe de non-rétroactivité des actes administratifs, se fonder sur une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant pour prendre à l'encontre du requérant une décision l'assignant à résidence en faisant application immédiate des dispositions nouvelles de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de que la décision en litige serait dépourvue, à cet égard, de base légale, doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 731-1, L. 732-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait référence à l'arrêté du préfet de l'Ariège du 14 février 2022 portant obligation de quitter le territoire français édictée depuis moins de trois ans et pour laquelle le délai de départ volontaire accordé est expiré. Dans ces conditions, l'arrêté en litige est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

8. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision est prise que si l'intéressé a été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction.

9. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué est la conséquence d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'issue de l'instruction d'une demande de titre de séjour faisant suite à une demande présentée par M. A. En outre, M. A ne précise pas les éléments qu'il aurait souhaité soumettre au préfet de l'Ariège et ne démontre ainsi pas en quoi de tels éléments auraient été susceptibles d'influer sur le sens de la décision prise par ce dernier. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu tel qu'il est garanti par les principes généraux du droit de l'Union doit être écarté.

10. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet de l'Ariège n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen soulevé à cet égard doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 de ce code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ". Et aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ".

12. Il est constant que M. A fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet de l'Ariège le 14 février 2022 et pour laquelle le délai de départ volontaire accordé est expiré. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents du présent jugement que le préfet de l'Ariège pouvait valablement assigner le requérant à résidence sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'existait pas, à la date de l'arrêté attaqué, une réelle perspective que l'obligation de quitter le territoire français prononcée le 14 février 2022 à l'encontre de l'intéressé ne puisse être menée à bien dans le délai d'assignation prévu par cet arrêté. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées en l'assignant à résidence.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; () ".

14. En l'espèce, l'arrêté attaqué impose à M. A de se présenter au commissariat de police de D du lundi au samedi, hors jours fériés, à 9 heures. Si le requérant estime que ces modalités présentent un caractère disproportionné au regard de ses problèmes de santé qui rendent ses déplacements difficiles, de l'impossibilité d'utiliser un véhicule personnel et de la dépendance à l'égard des bénévoles de l'association Cent pour un toit qui se relayent pour l'accompagner au commissariat de police de D, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'une attestation du 20 mars 2024 que l'intéressé réside avec son épouse et leur fils à D. En outre, il ne démontre pas être dans l'impossibilité de se déplacer au commissariat de police de D en respectant les jours et l'horaire fixés. Dans ces conditions, il ne justifie pas de circonstances de nature à faire obstacle au respect de ses obligations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

15. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

16. En l'espèce, M. A se prévaut, d'une part, de ses problèmes de santé, en produisant deux certificats médicaux en date du 15 février 2023 et du 14 février 2024 indiquant qu'il est suivi pour des troubles psychopathologiques chroniques depuis le 1er décembre 2021, et d'autre part, de ses activités de bénévolat, de sa participation à des cours de français et de son implication dans la vie associative locale, ces éléments ne sont pas de nature à démontrer que la décision d'assignation en résidence en litige porterait une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Ariège n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

17. En huitième et dernier lieu, s'il est vrai que l'arrêté est entaché d'une erreur de fait en raison de ce qu'il ne mentionne pas que M. A justifie d'une adresse stable, cette erreur est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait invoqué sur ce point doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de remise de son passeport :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'assignation à résidence dont il fait l'objet. Par suite, le moyen doit être écarté.

19. En second lieu, aux termes de l'article L. 733-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger assigné à résidence la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ". Aux termes de l'article L. 814-1 du même code : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ".

20. D'une part, M. A n'ayant pas sollicité auprès de l'autorité préfectorale ou des autorités compétentes mentionnées par les dispositions précitées la restitution de son passeport, il ne peut être regardé comme contestant une décision de refus d'une telle restitution. D'autre part, à supposer que l'intéressé ait entendu contester le récépissé, dont il a été soutenu lors de l'audience publique qu'il ne lui été délivré qu'après la remise de son passeport et sans l'assistance d'un interprète, ce récépissé n'a pas, par lui-même, valeur décisoire, de sorte que les moyens invoqués à cet égard ne peuvent être utilement soulevés. Par ailleurs, et en tout état de cause, la méconnaissance des dispositions de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient les conditions de remise d'un passeport d'une personne de nationalité étrangère en situation irrégulière aux autorités compétentes, et notamment la délivrance d'un récépissé pour justifier de la remise du passeport et pour informer l'étranger des modalités de restitution de ce passeport ne saurait être utilement invoquée à l'encontre de la seule décision en litige portant obligation de remise du passeport du requérant, qui constitue l'une des mesures applicables à l'étranger assigné à résidence et qui n'a pas vocation à durer au-delà de la période d'assignation. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions est inopérant.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Ariège en date du 3 octobre 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

22. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Kosseva-Venzal la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

24. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Kosseva-Venzal et au préfet de l'Ariège.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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