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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406158

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406158

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406158
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, M. B D, représenté par Me Cazanave, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil à son bénéfice et de pourvoir à son hébergement dès la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de pourvoir à son hébergement dès la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de toute partie perdante le paiement à son conseil d'une somme de 1 500 euros hors taxes sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser directement dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie car, ayant la qualité de demandeur d'asile, il vit à la rue et est totalement dépourvu de ressources alors que son état de santé est dégradé ;

- cette situation porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile et au droit des demandeurs d'asile de bénéficier de conditions minimales d'accueil qui en est le corollaire ;

- pour les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Garonne porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence qu'il tient des dispositions de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2024, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la situation de M. D n'est pas urgente au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative dès lors qu'il est en cours d'orientation vers un hébergement et qu'il perçoit l'allocation pour demandeur d'asile ;

- pour les mêmes raisons, il n'est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Garonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Grimaud pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 octobre 2024 à 14 heures, tenue en présence de Mme Guérin, greffière d'audience :

- le rapport de M. Grimaud, juge des référés,

- et les observations de Me Cazanave, représentant M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer l'admission provisoire de Mme A C à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

4. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Aux termes de l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L. 552-1 du même code : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code ". En vertu de l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes dont la demande d'asile a été enregistrée conformément au chapitre I du titre II du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent bénéficier d'un hébergement en centre d'accueil pour demandeurs d'asile, à l'exception des personnes dont la demande d'asile relève d'un autre Etat, au sens de l'article L. 571-1 du même code ".

5. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et de la situation du demandeur. Ainsi, le juge des référés, qui apprécie si les conditions prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative sont remplies à la date à laquelle il se prononce, ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de cet article en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation de famille.

En ce qui concerne l'urgence :

6. Il résulte de l'instruction, que M. D, âgé de soixante-trois ans souffre d'un diabète de type 2 supposant un traitement régulier, d'une néphropathie et d'une probable rétinopathie diabétique et qu'il vit à la rue de manière quasiment continue depuis le mois de février 2024. Par ailleurs, si l'office français de l'immigration et de l'intégration indique lui avoir versé l'allocation pour demandeur d'asile depuis le mois de janvier 2024, il résulte de l'instruction qu'il n'a pas perçu cette allocation au mois de juillet et août 2024 et qu'il s'est trouvé contraint de vivre d'aide alimentaire, situation qui a nécessairement aggravé sa situation bien que le versement de l'allocation pour demandeur d'asile ait repris le 10 octobre 2024, soit la veille de la présente ordonnance. Par ailleurs, si le requérant serait sur le point d'être hébergé, les pièces produites par l'office français de l'immigration et de l'intégration, qui évoquent une orientation en cours, ne permettent pas de s'assurer de la réalité de cet hébergement au jour de la présente ordonnance. Dans ces conditions, et dès lors que la vulnérabilité de l'intéressé n'est pas contestée par l'OFII dans ses écritures en défense, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'atteinte à une liberté fondamentale :

7. S'agissant en premier lieu du versement de l'allocation pour demandeur d'asile, il résulte de ce qui vient d'être dit ci-dessus que celui-ci a repris le 10 octobre 2024. M. D n'est donc pas fondé à soutenir que l'office français de l'immigration et de l'intégration porterait sur ce point une atteinte grave et manifestement illégale à l'un de ses droits ou libertés fondamentaux.

En ce qui concerne l'hébergement :

8. Si l'OFII fait valoir dans son mémoire en défense, qu'il existerait un nombre limité de places pour les adultes seuls dans les structures d'accueil et qu'il est envisagé d'orienter M. D vers un centre d'accueil à compter du 15 octobre 2024 de demandeurs d'asile, il résulte de l'instruction que le requérant, dont la demande d'asile a été enregistrée le 15 janvier 2024 et dont la demande d'asile a été reclassée en procédure normale le 19 août 2024, ne s'est jamais vu proposer d'hébergement par l'office français de l'immigration et de l'intégration en dépit de sa vulnérabilité. Dans ces conditions et dans les circonstances très particulières de l'espèce, M. D est fondé à soutenir que cette situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'asile.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à l'OFII d'admettre M. D dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. D à l'encontre de l'Etat.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. M. D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Cazanave, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, en application desdites dispositions. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de prendre en charge M. D dans le cadre du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'OFII versera à Me Cazanave, avocat de M. D, une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, à l'office français de l'immigration et de l'intégration, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Cazanave.

Fait à Toulouse, le 11 octobre 2024.

Le juge des référés,

P. GRIMAUD La greffière,

S. GUERIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation la greffière.

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