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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406206

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406206

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406206
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 30 janvier 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) avait mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. C, un demandeur d'asile vénézuélien. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car M. C, bien que sans ressources, était hébergé par un ami et ne démontrait pas une situation de précarité suffisamment grave pour justifier une suspension immédiate. Aucun des moyens soulevés (incompétence, défaut de motivation, vice de procédure, méconnaissance de l'article L.551-16 du CESEDA, erreur manifeste d'appréciation) n'a été examiné au fond, la requête étant rejetée pour défaut d'urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2024 et une pièce enregistrée le 14 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Bautes, demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 30 janvier 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informé de la cessation totale de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil rétroactivement au jour de la cessation du dernier versement de ses conditions matérielles d'accueil dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement, dans les deux cas si besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- la décision de retrait des conditions matérielles d'accueil le place dans une situation de grande précarité ; s'il est hébergé par un ami, il ne dispose d'aucune ressource propre et ne peut travailler légalement ;

- rien n'indique que son hébergeant dispose de ressources suffisantes pour le prendre en charge dans des conditions satisfaisantes ; par ailleurs, ainsi que l'a constaté le bureau d'aide juridictionnelle, il est dépourvu de ressources.

en ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux :

- le signataire de la décision n'était pas compétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure qui le prive d'une garantie, la décision de retrait total de ses conditions matérielles d'accueil a été prise avant qu'il ait pu présenter ses observations ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L.551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir :

- que la requête est irrecevable pour tardiveté ;

- et à titre subsidiaire, que la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie, qu'aucun des moyens n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2406133 enregistrée le 8 octobre 2024 tendant à l'annulation de la décision du 30 janvier 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a informé de la cessation totale de ses conditions matérielles d'accueil.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties, qui ont été régulièrement averties du jour de l'audience le 25 septembre à 10h, n'étaient ni présentes, ni représentées.

Une note en délibéré a été enregistrée pour M. B le 25 octobre 2024 à 12 :59

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant vénézuélien né le 24 mai 1978 à Caracas (Vénézuéla) a déposé le 3 décembre 2023 une demande d'asile au guichet unique de la préfecture de l'Aveyron. Après les avoir acceptées, il a bénéficié des conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile et est entré le 6 décembre 2023 dans le centre d'accueil pour demandeur d'asile d'Onet le Château. Par lettre du 2 janvier 2024, M. B a informé le directeur du centre d'accueil de son départ du lieu d'hébergement. Par lettre du 30 janvier 2024, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à l'intéressé la sortie de son lieu d'hébergement, l'a informé de ce que l'abandon d'hébergement constitue un motif de cessation des conditions matérielles d'accueil et l'a invité à présenter ses observations et justifier les motifs pour lesquels il s'est absenté de son lieu d'hébergement plus d'une semaine, dans un délai de quinze jours. Cette décision précisait également qu'à défaut d'observations, la décision de sortie et celle mettant fin aux conditions matérielles d'accueil seront confirmées sans nouvel avis. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 30 janvier 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a informé de la cessation totale de ses conditions matérielles d'accueil.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aux termes de l'article L. 550-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office de l'immigration et de l'intégration peut, par convention, déléguer à des personnes morales la possibilité d'assurer certaines prestations d'accueil, d'information et d'accompagnement social, juridique et administratif des demandeurs d'asile pendant la période d'instruction de leur demande. ". Aux termes de l'article L551-7 du même code : " Le demandeur d'asile qui ne dispose pas d'un domicile stable élit domicile auprès d'une personne morale conventionnée à cet effet pour chaque département, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article L.552-1 du même code : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile :1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code ". Aux termes de l'article R551-7 : " Sont considérés comme des domiciles stables, au sens de l'article L. 551-7 :1° Le lieu où la personne est hébergée en disposant d'un titre pour y fixer son domicile ; 2° Les lieux mentionnés à l'article L. 552-1, autres que les établissements hôtelier ". Aux termes de l'article R 551-11 : " Toute correspondance transmise par voie postale au demandeur d'asile est envoyée à l'adresse à laquelle il a élu domicile en application de l'article L. 551-7 " et enfin aux termes de l'article R 551-14 : " Les organismes conventionnés en application de l'article L. 550-2 procèdent à la domiciliation des demandeurs d'asile qui sont orientés vers eux par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Ils ne peuvent refuser l'élection de domicile que dans les cas prévus par leur convention. L'organisme qui assure la domiciliation y met fin :1° Lorsque le demandeur est orienté par l'office vers un hébergement pour demandeur d'asile au sens de l'article L. 552-1 autres que les établissements hôteliers ; 2° Lorsque le demandeur fait connaître à l'office l'adresse de son domicile stable. () "

4. Il résulte des dispositions précitées que les demandeurs d'asile auxquels une attestation de domiciliation postale a été remise par un organisme conventionné en application de l'article L. 551-7 précité, tel que peut l'être une structure de premier accueil pour demandeur d'asile, ne peuvent demander à ce qu'il soit mis à fin à cette domiciliation postale que dans le cas où ils seraient orientés par l'OFII vers un hébergement pour demandeurs d'asile ou disposeraient d'un domicile stable, étant entendu que le lieu où un demandeur d'asile est hébergé sans disposer d'un titre pour y fixer son domicile ne peut être regardé comme un domicile stable.

5. La décision attaquée a été notifiée à M. B au service de premier accueil des demandeurs d'asile de Rodez situé 4 avenue des fusillés de Sainte Radegonde, où il a été domicilié après la notification de la fin de sa prise en charge au centre d'accueil des demandeurs d'asile situé à Onet le Château. Si l'intéressé avait déclaré dès le 2 janvier 2024 une autre adresse chez un ami à Prades-le-Lez (Hérault) et joint une attestation d'hébergement à cette même adresse, il n'établit ni même n'allègue disposer d'un titre lui permettant de fixer son domicile à cette adresse. Cette adresse ne saurait donc constituer un domicile stable au sens des dispositions citées au point 3. La décision attaquée lui a ainsi été notifiée à l'adresse à laquelle le courrier administratif le concernant devait lui être adressé depuis qu'il avait quitté son hébergement pour demandeur d'asile.

6. Aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative, " la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

7. Il résulte de l'instruction, d'une part, que la décision du 30 janvier 2024 portant cessation des conditions matérielles d'accueil du requérant comporte l'indication des voies et délais de recours, d'autre part, que le pli recommandé contenant cette décision a été adressé à l'adresse de domiciliation du requérant conformément aux dispositions applicables ainsi qu'il a été dit au point 3. Ce courrier a été avisé en point de retrait le 8 février 2024 et a été retourné le 24 février 2024 à l'OFII avec la mention " pli avisé non réclamé ". Les mentions figurant sur ces pièces sont suffisamment claires, précises et concordantes pour établir la régularité de la notification. L'OFII établit ainsi que la décision a été régulièrement notifiée le 8 février 2024 à l'adresse de domiciliation du requérant. Dès lors, le délai de recours contentieux était déjà expiré lorsque M. B a présenté, le 11 avril 2024, une demande d'aide juridictionnelle et le 8 octobre 2024 une requête en annulation contre la décision de l'OFII. La requête tendant à l'annulation de la décision attaquée étant irrecevable en raison de sa tardiveté, les conclusions à fin de suspension de cette même décision ne peuvent qu'être rejetées.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M.Ba doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M.Ba est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. ACa et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Toulouse, le 29 octobre 2024.

La juge des référés,

Céline ARQUIÉ

La greffière,

Sylvie GUÉRIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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