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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406210

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406210

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMERCIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 10 octobre 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 17 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Mercier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 8 octobre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités belges et l'arrêté du même jour par lequel il l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale dans le délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ou, en tout état de cause, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 précité.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités belges :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit, car le préfet s'est estimé lié par la seule circonstance que sa demande d'asile semblait relever de la compétence des autorités belges ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles 17.1 et 17.2 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est privé de base légale dans la mesure où l'arrêté du même jour portant transfert aux autorités belges est lui-même illégal ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ne justifiant pas de perspectives raisonnables d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Mercier, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Me Mercier précise les moyens soulevés à l'encontre de l'arrêté portant transfert aux autorités belges tirés de la violation des articles 4 et 5 du règlement (UE) n°64/2013 en indiquant que la durée limitée de l'entretien n'a pas permis à l'agent de lire l'intégralité des brochures A et B et qu'en tout état de cause, l'absence d'interprète en soussou, alors que le requérant en avait fait la demande compte tenu de ce qu'il ne comprend pas aisément le français, ne lui a pas permis de comprendre la procédure engagée à son encontre. En outre, Me Mercier soulève à l'encontre de la décision de transfert un nouveau moyen tiré de ce que le fichier Eurodac, qui ne mentionne pas que l'intéressé a fait l'objet d'un relevé d'empreintes en Italie alors qu'il a fait l'objet d'une décision de transfert en Italie de la part des autorités belges, est incomplet. Me Mercier soulève des nouveaux moyens à l'encontre de l'arrêté portant transfert aux autorités belges et de l'arrêté portant assignation à résidence, tirés de ce qu'ils sont entachés d'erreurs de fait dès lors, d'une part, que le préfet a indiqué, dans le premier arrêté, que les brochures d'information lui ont été remises le 2 août 2024, et non le 5 août 2024, comme cela ressort du tampon apposé sur ces brochures, et que l'intéressé a fait l'objet d'une " obligation de quitter le territoire français " remise par les autorités belges, et d'autre part, que le préfet a indiqué, dans le second arrêté, que l'accord de reprise en charge des autorités belges date du 5 septembre 2024 alors qu'il date du 26 août 2024. En outre, Me Mercier soulève à l'encontre de la décision de transfert un nouveau moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en faisant valoir que M. A encourt un risque de renvoi " par ricochet " en Guinée où il est en danger en raison de l'orientation sexuelle qui lui est imputée,

- les observations de M. A, assisté par téléphone de M. C, interprète en soussou, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 11 juin 1998 à Conakry (Guinée), déclare être entré sur le territoire français le 27 juillet 2024 et s'est présenté le 2 août 2024 à la préfecture de police de Paris afin d'y déposer une demande d'asile. Lors de l'enregistrement de son dossier complet le 5 août 2024, le relevé des empreintes décadactylaires a révélé qu'une demande d'asile a été introduite auprès des autorités belges le 16 décembre 2020. Le 21 août 2024, les autorités belges ont été saisies d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18.1 b) du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 et ont fait connaître leur accord le 26 août 2024 sur le fondement de l'article 18.1 d) de ce même règlement. Par deux arrêtés du 8 octobre 2024, le préfet de la Haute-Garonne a décidé du transfert de M. A aux autorités belges et l'a assigné à résidence. Par sa présente requête, le requérant demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités belges :

3. En premier lieu, l'arrêté portant transfert aux autorités belges vise le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, mentionne les raisons pour lesquelles la Belgique a été identifiée comme l'Etat responsable de la demande d'asile de M. A et examine les effets de la mesure au vu de la situation personnelle de l'intéressé. L'arrêté indique qu'une demande d'asile a été introduite par le requérant auprès des autorités belges le 16 décembre 2020 et que ces autorités, saisies le 21 août 2024 d'une demande de reprise en charge sur le fondement de l'article 18.1 b) du règlement (UE) n°604/2013, ont fait connaître leur accord le 26 août 2024 sur le fondement de l'article 18.1 d) de ce règlement. L'arrêté précise que la situation du requérant ne relève pas des dérogations prévues par les articles 3.2, 17.1 ou 17.2 du règlement (UE) n°604/2013. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement susvisé doit se voir remettre, dès que le préfet est informé qu'il est susceptible d'entrer dans son champ d'application et, en tout cas, avant la décision par laquelle il refuse l'admission provisoire au séjour de l'intéresse au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, dans une langue qu'il comprend. Eu égard à la nature de cette information, la remise de la brochure prévue par ces dispositions constitue une garantie pour l'intéressé. Toutefois, lorsque l'entretien individuel prévu à l'article 5 du règlement n° 604/2013 a eu lieu, mais que la brochure commune devant être communiquée à la personne concernée en exécution de l'obligation d'information prévue à l'article 4 de ce règlement ou à l'article 29, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 603/2013 ne l'a pas été, le juge national chargé de l'appréciation de la légalité de la décision de transfert ne saurait prononcer l'annulation de cette décision que s'il considère, eu égard aux circonstances de fait et de droit spécifiques au cas d'espèce, que le défaut de communication de la brochure commune a, nonobstant la tenue de l'entretien individuel, effectivement privé cette personne de la possibilité de faire valoir ses arguments dans une mesure telle que la procédure administrative à son égard aurait pu aboutir à un résultat différent.

6. Il ressort des pièces produites en défense que M. A s'est vu remettre, le 5 août 2024, la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Ces brochures, incluant l'ensemble des informations nécessaires aux demandeurs d'asile, lui ont été remises en français, ainsi qu'en attestent ses signatures portées sans réserve sur les brochures et accompagnées de la mention précisant qu'il comprend ou qu'il est supposé comprendre cette langue. S'il a été soutenu, lors de l'audience publique, que M. A n'était pas à l'aise en français, et qu'étant analphabète, il avait besoin d'un interprète en soussou, il ressort de ses observations écrites en date du 26 août 2024, qu'il " se débrouille " en Français, de sorte qu'il doit être regardé comme comprenant suffisamment le français. Il ressort du compte-rendu de cet entretien que celui-ci a été mené par un agent qualifié de la préfecture de police de Paris, de sorte que les informations sur les règlements communautaires, à savoir les brochures A et B ont pu être communiquées oralement à l'intéressé par ce dernier. A cet égard, le paragraphe 2 de l'article 4 du règlement impose seulement de lui communiquer par oral les informations nécessaires à sa bonne compréhension et n'exige pas qu'il soit procédé à une lecture intégrale de la vingtaine de pages que représentent les brochures A et B, seules visées par l'article 4. Si le requérant a également indiqué dans ses observations écrites en date du 26 août 2024 que l'entretien aurait duré vingt minutes, il n'apparaît pas que cette durée aurait été insuffisante pour lui fournir les éléments requis sur la procédure de détermination de l'Etat membre responsable de sa demande d'asile. Enfin, le résumé de l'entretien, produit par l'administration, précise que M. A a été informé de la procédure engagée à son encontre et ne fait apparaître aucune difficulté de compréhension ou de communication entre l'intéressé et l'agent de la préfecture ayant conduit cet entretien. Il s'ensuit que le requérant n'a pas été privé des garanties prévues par l'article 4 du règlement précité. En conséquence, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure au regard de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. ".

8. Les dispositions précitées n'exigent pas que le résumé de l'entretien individuel mentionne l'identité et la qualité de l'agent qui l'a mené. L'agent qui mène l'entretien individuel n'est donc pas tenu d'y faire figurer son prénom, son nom, sa qualité, son adresse administrative et sa signature. Les mentions précises du compte-rendu de l'entretien et les pièces produites par l'administration peuvent permettre d'admettre qu'un agent est qualifié au sens des dispositions précitées alors même que ce point serait contesté.

9. Il ressort des pièces du dossier, notamment du résumé de l'entretien, que M. A a bénéficié de l'entretien individuel prévu par l'article 5 précité du règlement (UE) n°604/2013 dans les locaux de la préfecture de police de Paris le 5 août 2024. Le compte-rendu d'entretien comporte un tampon de la préfecture de police de Paris. En l'absence de tout élément de nature à faire naître un doute sérieux sur ce point, la seule circonstance que l'identité de l'agent n'apparaisse pas n'est pas de nature à remettre en cause le fait qu'il est une " personne qualifiée en vertu du droit national " au sens des dispositions citées au point 7 du présent jugement. En outre, si le requérant se prévaut de ce qu'il aurait dû bénéficier de l'assistance d'un interprète en soussou lors de son entretien individuel, dès lors que son niveau de compréhension de la langue française est insuffisant et que les autorités belges chargées de sa demande d'asile ont jugé nécessaire qu'il soit assisté d'un interprète en soussou, il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que M. A doit être regardé comme comprenant suffisamment le français. Ainsi, l'intéressé ne démontre pas qu'il n'aurait pas été en capacité de faire valoir toutes observations et informations pertinentes sur son parcours et sa situation personnelle au cours de son entretien, notamment au regard des mentions préremplies figurant dans le résumé de l'entretien individuel qu'il a signé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n'°604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

10. En quatrième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé, comme il y est tenu, à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A, ni qu'il se serait estimé lié par la circonstance que sa demande d'asile relevait des autorités belges. Par suite, les moyens soulevés à cet égard doivent être écartés.

11. En cinquième lieu, si M. A se prévaut de l'inexactitude du relevé Eurodac le concernant, dès lors qu'il ne mentionne pas le relevé des empreintes décadactylaires dont il a fait l'objet par les autorités italiennes le 9 janvier 2020, cette omission est dépourvue d'incidence sur la légalité de la décision de transfert. Par suite, le moyen soulevé sur ce point doit être écarté.

12. En sixième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, la circonstance que la décision attaquée fasse état d'une remise des brochures d'information A et B au requérant le 2 août 2024, et non le 5 août 2024, et d'une obligation de quitter le territoire français remise par las autorités belges est sans incidence sur la légalité de la décision de transfert. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreurs de fait à cet égard doit être écarté.

13. En septième et dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". La faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

14. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

15. M. A fait valoir que l'examen de sa demande d'asile doit être pris en charge par la France, au titre du droit souverain des autorités françaises d'accorder l'asile sur leur territoire, y compris lorsque cet examen relève de la compétence d'un autre Etat, eu égard à sa situation personnelle. Toutefois, la Belgique, pays responsable de sa demande d'asile, est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la Convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. A a été rejeté par les autorités asilaires belges et qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire belge en date du 8 janvier 2024, il n'est pas établi que le requérant ne serait pas en mesure de faire valoir devant les autorités belges responsables de sa demande d'asile, tout élément nouveau et actuel relatif à l'évolution de sa situation personnelle, ni même que ces autorités n'évalueront pas d'office, avant de procéder à un éventuel éloignement de l'intéressé, les risques auxquels celui-ci serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine, la Guinée. En outre, si M. A produit à l'instance un certificat médical établi le 2 septembre 2024 par une pneumologue indiquant qu'il est atteint de tuberculose, il ne ressort ni de ce seul élément, ni des autres pièces versées à l'instance qu'il présenterait des circonstances particulières qui justifieraient que sa demande d'asile soit examinée en France et que son état de santé serait incompatible avec son transfert vers la Belgique, où, en tout état de cause, rien n'indique qu'il ne pourrait pas bénéficier, compte tenu des structures sanitaires existantes, d'une prise en charge adaptée à sa situation. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait dans une situation de particulière vulnérabilité qui justifierait l'examen de sa demande d'asile en France. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, en ne dérogeant pas aux critères de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et en prononçant son transfert aux autorités belges, au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté portant assignation à résidence est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant transfert aux autorités belges.

17. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est suffisamment motivé en droit. En outre, l'arrêté, qui relève que M. A justifie d'une domiciliation postale dans le département de la Haute-Garonne, énonce les motifs ayant conduit le préfet à considérer que l'exécution de l'arrêté de transfert aux autorités belges ne peut être immédiate mais qu'elle demeure une perspective raisonnable, eu égard à l'accord de transfert aux autorités belges valable six mois. Par suite, l'arrêté attaqué qui comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde est suffisamment motivé.

18. En troisième lieu, si M. A soutient que le préfet a commis une erreur de fait en mentionnant que l'accord des autorités belges date du 5 septembre 2024, et non du 26 août 2024, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté d'assignation. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

19. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. Lorsqu'un Etat requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à l'assignation à résidence édictée en application du présent article, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet Etat dans les plus brefs délais ou si un autre Etat peut être requis. En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article ou placé en rétention administrative, n'a pas déféré à la décision de transfert dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire peut être à nouveau assigné à résidence en application du présent article. ".

20. En l'espèce, l'accord des autorités belges étant valide pour une période de six mois, l'autorité préfectorale a pu légalement considérer que l'exécution de la mesure d'éloignement demeurait une perspective raisonnable. Par suite, ce moyen doit être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Haute-Garonne en date du 8 octobre 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

22. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Mercier la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mercier et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

200

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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