mardi 29 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2406256 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DIALEKTIK AVOCATS AARPI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2024, Mme D A, représentée par Me Bachet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à tout le moins, de procéder au réexamen de sa demande ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens, ainsi que la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet n'a pas pris en compte la situation personnelle de son enfant mineur ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas examiné sa demande sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation et des conséquences disproportionnées que cette décision emporte sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée, d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet n'a pas pris en compte la situation personnelle de son enfant mineur ;
- elle est entachée de défaut de base légale ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation et des conséquences disproportionnées que cette décision emporte sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- la décision attaquée est entachée de défaut de base légale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation et des conséquences que cette décision emporte sur sa situation personnelle et familiale ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
- elle est entachée de défaut de base légale ;
- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumise à des traitements inhumains et dégradants et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par une décision du 5 février 2025, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Soddu a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A, ressortissante nigériane, née le 2 février 1996 à Benin City (Nigeria), est entrée en France selon ses déclarations le 20 mai 2019. Sa demande d'asile présentée le 7 octobre 2019, a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 19 janvier 2021, et sa demande de réexamen a été rejetée par cette même Cour, le 31 janvier 2022. La requérante a sollicité, le 11 juillet 2022, son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 4 avril 2022, dont la légalité a été confirmée en dernier ressort par la cour administrative d'appel de Toulouse le 13 juin 2023, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le 12 août 2023, elle a sollicité son admission au séjour, pour motif humanitaire, en qualité de victime de proxénétisme. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 août 2024, par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 5 février 2025, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, sa demande tendant à être admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration, qui disposait, aux termes de l'arrêté du 11 avril 2024 n° 31-2024-04-11-00001 publié au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2024-143 de la préfecture de la Haute-Garonne du même jour, et consultable sur le site internet de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, notamment tous les actes ou arrêtés relevant des attributions de sa direction en ce qui concerne les matières relevant du ministère de l'intérieur. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, doit être écarté.
En ce qui concerne de la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. La décision de refus de séjour contestée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme A, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle mentionne les conditions d'entrée et de séjour de la requérante et notamment, que les demandes d'asile de la requérante ont été rejetées définitivement le 31 janvier 2022, qu'elle a fait l'objet, le 4 avril 2022, d'une mesure d'éloignement, qu'elle n'a pas exécutée. Elle expose les raisons pour lesquelles le préfet de la Haute-Garonne a considéré que la requérante ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'elle sollicitait. L'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de sa situation. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée et des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme A. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, si les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont invocables à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, lesdites stipulations ne prévoient cependant aucune règle de procédure qui s'imposerait au préfet. Par suite, la requérante ne peut utilement soulever, à l'encontre de la décision contestée, un vice de procédure résultant de ce que le préfet n'aurait pas pris en compte la situation personnelle de son enfant mineur.
8. En quatrième lieu, il est constant que le préfet de la Haute-Garonne, qui n'y était pas tenu, n'a pas entendu, dans le cadre de ses pouvoirs propres, examiner la situation de la requérante sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que Mme A ne peut utilement s'en prévaloir à l'encontre du refus de titre de séjour qui lui a été opposé. En outre, la requérante ne peut se prévaloir utilement du point 4.1 de l'instruction du ministre de l'intérieur du 19 mai 2015, qui se borne à demander aux préfets, en cas d'absence de condamnation de l'auteur des infractions pour des raisons ne remettant pas en cause la réalité des faits rapportés par l'étranger, d'examiner la demande " avec bienveillance dans le cadre de leur pouvoir d'appréciation ", ni des termes de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, qui se borne à énoncer des orientations générales que le ministre de l'intérieur a adressées aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit en l'absence d'examen de sa demande sur les fondements des dispositions précitées.
9. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : / 1° N'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans les formes et les délais prescrits par l'autorité administrative ; / () ".
10. La délivrance de récépissés, à la suite d'une demande de titre de séjour de Mme A, l'autorisant à séjourner régulièrement sur le territoire français dans l'attente que l'autorité préfectorale se prononce sur son droit au séjour n'a pas eu pour effet de faire disparaître rétroactivement la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre par le préfet de la Haute-Garonne le 4 avril 2022. Dès lors, cette même autorité pouvait se fonder sur l'absence d'exécution de cette mesure d'éloignement pour justifier qu'il ne soit pas fait droit à la demande de l'intéressée. En tout état de cause, pour refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne s'est également fondé sur la circonstance que Mme A ne remplissait plus les conditions de délivrance d'un titre de séjour au titre de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa plainte a été classée sans suite, le 5 septembre 2023, par le parquet de Toulouse. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
11. En sixième lieu, aux termes l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. Mme A se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis plus de cinq ans à la date de la décision attaquée, de la naissance de son fils mineur né le 19 juillet 2022 à Toulouse, du fait qu'ils ont noué de solides relations privées en France, et d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel en qualité d'agent de service. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A déclare être en France sans en apporter la preuve le 20 mai 2019, qu'elle n'a été autorisée à séjourner sur le territoire français que temporairement le temps de l'examen de sa demande d'asile, que sa présence sur le territoire française résulte d'un maintien irrégulier, dès lors que par un arrêté du 4 avril 2022, elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'elle n'a pas exécutée, que son fils mineur, de nationalité nigériane a vocation à l'accompagner et que le père de ce dernier, compatriote, a été débouté de l'asile et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 8 novembre 2022. Par ailleurs, il ressort des termes de sa demande de titre de séjour, qu'elle est célibataire, et qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans au Nigéria où réside son père. Elle ne démontre pas, en outre, une insertion et une intégration particulières sur le territoire français. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la procédure ouverte à la suite de la plainte déposée par Mme A le 24 juin 2023 pour des faits de proxénétisme, a été clôturée en raison d'un classement sans suite le 5 septembre 2023. Enfin, si Mme A se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel en qualité d'agent de service, la requérante ne justifie d'aucun diplôme, ni qualification dans ce domaine. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision en litige. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle doivent également être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A qui n'a pas établi l'illégalité du refus de délivrance du droit au séjour qui lui a été opposée, n'est pas fondée à l'invoquer, par voie d'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués.
15. Il résulte de ce qui a été exposé au point 5 que la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée. Dès lors, la décision litigieuse, prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
16. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée et des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme A. Par suite, ce moyen doit être écarté.
17. En quatrième lieu, si les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont invocables à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, lesdites stipulations ne prévoient cependant aucune règle de procédure qui s'imposerait au préfet. Par suite, la requérante ne peut utilement soulever, à l'encontre de la décision contestée, un vice de procédure résultant de ce que le préfet n'aurait pas pris en compte la situation personnelle de son enfant mineur.
18. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision en litige. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent également être écartés.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A, qui n'a pas établi l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée, n'est pas fondée à l'invoquer, par voie d'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
21. Il ressort des termes de la décision attaquée que, nonobstant l'absence de comportement troublant l'ordre public, la requérante n'a pas déféré à une précédente obligation de quitter le territoire français en date du 4 avril 2022 dont la légalité a été confirmée en dernier ressort par la cour administrative d'appel de Toulouse le 13 juin 2023, qu'elle est entrée en France, selon ses déclarations, le 20 mai 2019, qu'elle n'a été admise à séjourner que temporairement en France le temps de l'examen de ses demandes de protection internationale, que la nature et l'ancienneté de ses liens en France ne sont pas établies et que son fils mineur, de nationalité nigériane, a vocation à l'accompagner. Dans ces conditions, la décision attaquée énonce avec suffisamment de précision les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en fait de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être écarté.
22. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation, et des conséquences que cette décision emporte sur sa situation personnelle et familiale.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
23. En premier lieu, il ressort des termes de la décision fixant le pays de renvoi, que Mme A n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans le pays dont elle a la nationalité, compte tenu, notamment, du rejet de ses demandes de protection internationale par la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, la décision attaquée énonce avec suffisamment de précision les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en fait de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
24. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A, qui n'a pas établi l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée, n'est pas fondée à l'invoquer, par voie d'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire.
25. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
26. Mme A fait valoir qu'elle encourt avec son fils des risques de représailles en cas de retour au Nigéria, dont ils sont ressortissants, du fait d'avoir dénoncé sa proxénète. Toutefois, la requérante n'apporte aucun élément de nature à étayer ses allégations, et n'établit pas qu'ils seraient exposés, en cas de retour dans leur pays d'origine, à des risques actuels, réels et personnels de traitements inhumains et dégradants, alors qu'au demeurant la Cour nationale du droit d'asile a rejeté définitivement les demandes d'asile de Mme A. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions citées au point précédent, doit être écarté.
27. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté du 12 août 2024 du préfet de la Haute-Garonne. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent être rejetées, le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de Mme A, la somme réclamée sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Par voie de conséquence, et, en tout état de cause, les conclusions relatives aux dépens doivent être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme A.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Bachet et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 8 juillet 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Mérard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2025.
La rapporteure,
N. SODDU
La présidente,
S. CAROTENUTO La greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026