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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406263

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406263

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406263
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du CNAPS refusant le renouvellement de la carte professionnelle d'agent de sécurité privée de M. A. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la perte d'emploi et de revenus invoquée par le requérant, bien que préjudiciable, ne présentait pas un caractère suffisamment immédiat et grave au regard de l'ancienneté de la décision contestée (décembre 2023) et de l'absence de précision sur ses démarches de renouvellement de titre de séjour. Par conséquent, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision, en application des articles L. 522-3 du code de justice administrative et L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Amari de Beaufort, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 5 décembre 2023 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) lui a refusé la délivrance d'une carte professionnelle pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure, confirmée par une décision du 2 février 2024 ;

2°) d'enjoindre au directeur du CNAPS de réexaminer sa situation au regard de son droit à une carte professionnelle l'autorisant à exercer des activités de sécurité privée de surveillance humaine et ou électronique, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de quinze jours de retard ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence est présumée satisfaite s'agissant d'un refus de renouvellement de carte professionnelle ; en outre, cette condition est effectivement remplie dès lors que la décision contestée a pour effet de le priver de son emploi, lequel fait l'objet de beaucoup d'offres d'emploi qui demeurent insatisfaites ; il est contraint de renoncer aux propositions d'emploi qu'il reçoit ; ses droits aux allocations de retour à l'emploi prendront fin 82 jours après le 1er octobre dernier ; la décision contestée le prive de ressources et d'emploi alors qu'il dispose de très faibles revenus ; son titre de séjour salarié expirait le 7 avril 2024 et il ne peut en solliciter le renouvellement ;

- il existe des moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

• elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne mentionne que l'absence de titre ;

• elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

• elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le directeur du CNAPS a fait valoir qu'il ne pouvait prétendre au bénéfice du revenu de solidarité active en raison d'une interruption de délivrance de récépissés alors qu'il justifie de la continuité de son séjour en France depuis cinq ans et que les interruptions de délivrance ne lui sont pas imputables ;

• elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au motif qu'il justifie d'un séjour régulier en France depuis plus de cinq ans.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2403061, enregistrée le 23 mai 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Clen, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 6 février 1989, exerçant la profession d'agent de sécurité, détenait une carte professionnelle l'autorisant à exercer l'activité privée de surveillance humaine ou électronique, délivrée le 3 mars 2017 par la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest et valable du 3 mars 2017 au 3 mars 2022. Le 18 novembre 2023, il a sollicité le renouvellement de cette carte professionnelle. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 5 décembre 2023 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté sa demande, décision confirmée le 2 février 2024 par cette même autorité statuant sur son recours gracieux formé le 24 décembre 2023.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, () qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. D'autre part, l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure régit, parmi les activités privées de sécurité, les activités de surveillance et de gardiennage, de transport de fonds, de protection physique de personnes et de protection des navires. Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 4° bis Pour un ressortissant étranger ne relevant pas de l'article L. 233-1 du même code, s'il n'est pas titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour () ". Un ressortissant étranger n'ayant pas la qualité de citoyen de l'Union européenne ne peut pas être employé ou affecté pour participer à une activité qui consiste à fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité s'il n'est pas titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour. Pour l'application de ces dispositions, la condition tenant au fait d'être titulaire depuis au moins cinq ans d'un titre de séjour s'entend comme exigeant que le demandeur justifie, à la date de la décision litigieuse, de la continuité et de la régularité de sa résidence sur le territoire français que ce soit sous couvert d'au moins un des documents de séjour mentionnés à l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de l'instruction que M. A a été titulaire d'une carte de résident algérien valable du 9 mars 2017 jusqu'au 8 mars 2018, du 24 février 2020 au 23 février 2021 et dispose d'une telle carte valable du 8 avril 2021 au 28 avril 2025. Il bénéficiait de récépissés de demande de carte de séjour valables du 28 avril 2018 au 24 décembre 2018, du 27 décembre 2018 au 2 octobre 2019, du 4 février 2020 au 3 mai 2020, du 3 février 2021 au 23 août 2021. La décision contestée du 5 décembre 2023, qui mentionne notamment les articles L. 612-20 et L. 611-1 du code de la sécurité intérieure, est motivée par la circonstance que M. A n'est titulaire d'un titre de séjour que depuis le 24 février 2020, qu'il n'est donc pas titulaire d'un titre de séjour depuis au moins cinq ans, à la date de la décision attaquée, et ne satisfait pas à la condition prévue au 4° bis de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

5. Aucun des moyens invoqués par M. A à l'appui de sa demande de

suspension et énoncés ci-dessus ne paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

6. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions de la requête étant manifestement mal fondées, il y a lieu de les rejeter en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Toulouse, le 15 octobre 2024.

Le juge des référés

H. CLEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2406263

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