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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406266

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406266

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulouse a été saisi en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative par Mme D et M. C, occupants d'un logement à Colomiers, afin de suspendre l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 9 octobre 2024 les mettant en demeure de quitter les lieux sous 24 heures. En cours d'instance, le préfet a retiré cet arrêté le 18 octobre 2024, ce qui a conduit les requérants à se désister de leurs conclusions principales tout en maintenant leurs demandes de frais de procès. Le juge a donné acte de ce désistement et a admis les requérants au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle. La solution retenue est un non-lieu à statuer sur la demande de suspension, le retrait de l'acte attaqué ayant rendu la requête sans objet.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 octobre 2024, Mme B D et M. A C, représentés par Me Pougault, demandent au juge des référés :

1) de les admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 9 octobre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne les a mis en demeure de quitter, dans un délai de 24 heures à compter de sa notification, les locaux qu'ils occupent au 22 chemin de Bel Air à Colomiers ;

3) de mettre à la charge de l'État le versement à leur conseil de la somme de 2 000 euros hors taxe au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, et, dans l'hypothèse où ils ne seraient pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sur le seul fondement de l'article L. 761-1.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est constituée dès lors que l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 institue une présomption d'urgence ; ils se trouvent avec leurs deux enfants dans une situation de grande vulnérabilité ;

- la décision litigieuse est entachée d'incompétence ;

- les requérants n'ont pas été entendus préalablement à l'intervention de la décision attaquée en violation de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté attaqué ne fait pas état de l'examen de la situation familiale et personnelle des requérants, et notamment de la présence de deux enfants de 14 et 15 ans en violation de la réserve d'interprétation apportée par le Conseil constitutionnel à l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 ;

- les conditions pour évacuer les lieux dans un délai de 7 jours, sur le fondement de l'article 38 de la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007, ne sont pas remplies ; la maison occupée est destinée à la démolition et ne peut dès lors être considérée comme un local à usage d'habitation au sens de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 ;

- la voie de fait pour entrer dans les lieux, qui doit être entendue conformément à l'esprit dans lequel les dispositions de l'article 62 de la loi du 9 juillet 1991 ont été votées, n'est pas établie par le préfet ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation des occupants et méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de la réserve d'interprétation du Conseil constitutionnel relative à l'article 38 de la loi du 5 mars 2007, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur l'ensemble de la famille, qui se retrouvera immanquablement à la rue en cas d'évacuation des lieux.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que, par une décision du 18 octobre 2024, il a retiré l'arrêté attaqué du 9 décembre 2024.

Par un mémoire enregistré le 21 octobre 2024, Mme D et M. C, représentés par Me Pougault, se désistent partiellement de leurs conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision du 9 octobre 2024 et maintiennent leurs conclusions tendant au bénéfice de frais de procès.

Ils soutiennent que l'arrêté en litige n'a été retiré qu'à la suite des recours qu'ils ont exercés.

Par courriers du 22 octobre 2024, les parties ont été informées que l'affaire était radiée du rôle de l'audience du 28 octobre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- la requête n° 2406285 enregistrée le 15 octobre 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant un droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale ;

- la décision n° 2023-1038 du 24 mars 2023 du Conseil constitutionnel ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les demandes de référé et sur les litiges visés à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission, à titre provisoire, de Mme D et M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

2. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre Mme D et M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article R. 222-1 du même code dispose que : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / 1° donner acte des désistements ; () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () ".

4. Lorsque le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative a estimé, au vu de la requête dont il est saisi, qu'il y avait lieu, non de la rejeter en l'état pour l'un des motifs mentionnés à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, mais d'engager la procédure prévue à l'article L. 522-1 de ce code, il lui incombe de poursuivre cette procédure et, notamment, de tenir une audience publique. Il en va différemment lorsque, après que cette procédure a été engagée, intervient un désistement ou un évènement rendant sans objet la requête. Dans ce cas, le juge des référés peut, dans le cadre de son office, donner acte du désistement ou constater un non-lieu sans tenir d'audience.

5. Postérieurement à l'introduction de son recours, à la suite du retrait par le préfet de la Haute-Garonne de la décision du 9 octobre 2024, Mme D et M. C se sont désistés de leurs conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et ont maintenu leurs seules conclusions présentées au titre des frais d'instance. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dès lors que Mme D et M. C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Pougault, avocate de Mme D et M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement, à Me Pougault, de la somme de 500 euros.

ORDONNE :

Article 1er : Mme D et M. C sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est donné acte du désistement des conclusions à fin de suspension de Mme D et M. C.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pougault, avocate de Mme D et M. C, la somme de 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Pougault renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de sa mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D et à M. A C, à Me Pougault et au ministre de l'intérieur.

Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 23 octobre 2024.

Le juge des référés,

AlainEx

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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