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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406301

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406301

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVICTOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 15, 22 et

24 octobre 2024, M. B C, représenté par Me Victor, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 25 septembre 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de procéder à la suppression de son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 précité.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de compétence de leur signataire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-7 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant pays de renvoi :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Savoie a communiqué des pièces enregistrées le 22 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et

L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Amari de Beaufort, substituant Me Victor, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- le préfet de la Savoie n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan né le 15 juin 1994 à Nangarhar (Afghanistan), déclare être entré en France en novembre 2020. Le 16 décembre 2020, il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile. Par une décision du 29 avril 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet par une décision du 12 janvier 2023. Il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 3 mars 2023, qui a été déclarée irrecevable en date du 13 mars 2023. Par une décision du 21 juillet 2023, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé cette décision d'irrecevabilité. M. C a sollicité un second réexamen de sa demande d'asile le 25 juin 2024, qui a été déclaré recevable le 26 août 2024. Par un arrêté du 25 septembre 2024, le préfet de la Savoie a interdit l'intéressé de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a fixé le pays de renvoi. Par sa présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'extrait de l'application Telemofpra produit par le préfet à l'instance, que la seconde demande de réexamen de la demande d'asile de C a été déclarée recevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 26 août 2024. Au demeurant, l'intéressé verse aux débats le courrier du 1er octobre 2024 par lequel il été convoqué devant l'Office dans le cadre de cette demande. Dès lors, et dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet de la Savoie n'a pas suffisamment examiné la situation du requérant avant d'édicter une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à son encontre. Dès lors, le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit être accueilli. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à son encontre, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans doit être annulée.

En ce qui concerne la décision fixant pays de renvoi :

4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à

l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. M. C soutient qu'en cas de retour en Afghanistan il sera exposé à des risques de subir des mauvais traitements du fait des talibans. Il indique être particulièrement investi sur les réseaux sociaux où il partage des contenus démontrant son engagement actif et prononcé contre les talibans et leur idéologie. A cet égard, le requérant verse aux débats des captures d'écran de son compte sur le réseau social Tik-Tok cumulant un total de 48 600 abonnés où apparaissent des publications telles que celles du 2 décembre 2023, dans laquelle il dénonce les talibans et leurs jugements informels ne respectant pas les droits de l'homme, celle du 7 décembre 2023 sur le non-respect par les talibans des droits des femmes et celle du 25 décembre 2023 où il apparaît en compagnie d'une famille française en train de fêter Noel, ainsi que les messages haineux et de mort que ces publications ont suscité de la part d'individus favorables au régime des talibans et apparaissant comme résidant en Afghanistan. En outre, il ressort des pièces du dossier que la seconde demande de réexamen de M. C a été considérée comme étant recevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui l'a du reste convoqué, par un courrier du 1er octobre 2024, le 27 novembre 2024, dans le cadre de cette demande. Dès lors, dans les conditions particulières de l'espèce, l'intéressé doit être regardé comme apportant, dans le cadre de la présente instance, des éléments postérieurs au rejet de la demande de réexamen de sa demande d'asile dont l'irrecevabilité avait été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 juillet 2023, de nature à établir qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine à la date de la décision en litige. Par conséquent, en désignant l'Afghanistan comme pays de renvoi, l'arrêté attaqué a méconnu les stipulations précitées. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à son encontre, la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée dans cette mesure.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation, dans toutes ses dispositions, de l'arrêté du préfet de la Savoie du 25 septembre 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Savoie de procéder à l'effacement sans délai du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen de M. C à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

8. Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Victor renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Victor, la somme de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 250 euros sera versée à M. C.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Savoie du 25 septembre 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Savoie de supprimer le signalement aux fins de non-admission de M. C dans le système d'information Schengen à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Victor renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Victor la somme de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 250 euros sera versée à M. C.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Victor et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2406301

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