vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2406322 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BACHELET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 17 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Bachelet, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de la prendre en charge dans le cadre de l'hébergement d'urgence, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens et la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite eu égard à la précarité et la vulnérabilité de sa situation de femme isolée ; elle ne bénéficie d'aucune prise en charge depuis le 20 août 2024 et se retrouve sans solution d'hébergement ; son état de santé, nécessitant des soins réguliers et un lieu de vie en rez-de-chaussée, n'est pas compatible avec une vie dans la rue ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à la dignité humaine et son droit à l'hébergement d'urgence ; elle se retrouve dans une situation de grande détresse matérielle, sociale et sanitaire et à ce jour, aucune proposition d'hébergement ne lui a été faite ;
- son maintien à la rue constitue un traitement inhumain et dégradant au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Carotenuto, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées au point 2, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
4. Mme B, de nationalité algérienne née le 7 mai 1968, fait valoir qu'elle est venue en France, en avril 2024, en raison de son état de santé, qu'elle est isolée, sans ressource, qu'elle ne dispose pas de solution de logement, que, vivant à la rue, elle souffre de difficultés psychiques et que son état de santé est incompatible avec l'absence d'hébergement. Elle expose avoir bénéficié d'un hébergement d'urgence du 26 avril 2024 au 8 août 2024, puis dans le cadre du dispositif " lits halte soins santé " jusqu'au 20 août 2024 et soutient être depuis sans solution d'hébergement, en dépit des appels répétés au 115. Toutefois, la requérante n'apporte aucune information sur sa situation familiale et, au demeurant, ne justifie, ni même n'allègue, avoir déposé une demande de titre de séjour en raison de son état de santé. Elle produit des certificats médicaux, dont celui du 3 octobre 2024 d'un médecin praticien hospitalier au centre hospitalier universitaire de Toulouse, selon lequel l'intéressée " souffre d'une affection chronique nécessitant des explorations médicales pour une prise en charge adaptée " et celui du 7 octobre 2024 établi par un médecin généraliste selon lequel elle " présente un état de grande vulnérabilité et une fatigue (épuisement moral) nécessitant urgemment un hébergement d'urgence. Son état de santé ne lui permet pas de monter des escaliers, et elle nécessite un logement en rez-de-chaussée. Cette patiente présente un parcours de soins organisé, avec des rdv prévus jusqu'à fin novembre et médicalement indispensables ". Elle produit également un compte rendu de passage aux urgences du 5 octobre 2024 mentionnant que la requérante souffre d'une " lombosciatique () dorsalgies chroniques sur remaniements rachidiens connus, non déficitaire, soulagée suite de la prise en charge déjà prévue en ville ". Ainsi, il ne résulte pas des pièces médicales versées au dossier que l'état de santé de la requérante, tant physique que psychologique, requiert une hospitalisation ou un traitement lourd. Dans ces conditions, et dès lors qu'il ne résulte pas des pièces produites que l'absence de prise en charge l'exposerait à des risques graves, la requérante, en dépit du caractère de toute évidence difficile de sa situation, n'est pas fondée à soutenir, au regard de la situation de tension du dispositif d'hébergement d'urgence, que l'absence de prise en charge dont elle se plaint révélerait une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à l'une des libertés fondamentales dont elle se prévaut.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme B en toutes ses conclusions selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il y ait lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B n'est pas admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à Me Bachelet.
Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 18 octobre 2024.
La juge des référés,
S. CAROTENUTO
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026