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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406338

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406338

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406338
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBENOIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Benoit, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil par l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il méconnaît le droit d'être entendu ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Cuny a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 31 décembre 1987 à Relizane (Algérie), déclare être entré en France le 16 juillet 2024. Le 15 octobre 2024, il a été interpelé et placé en retenue aux fins de vérification du droit de circulation ou de séjour. Par un arrêté du même jour, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour pour une durée d'un an.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de vérification du droit de circulation ou de séjour dressé le 15 octobre 2024 par l'officier de police judiciaire, que M. A, après avoir été invité à formuler des observations sur la décision d'éloignement à destination de son pays d'origine qui pourrait être prise à son encontre par le préfet de Haute-Garonne, et être assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français, n'a fait part d'aucune circonstance et a indiqué qu'il se conformerait à ces obligations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle et familiale de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français le 16 juillet 2024, soit depuis trois mois à la date de l'arrêté litigieux, qu'il n'a effectué aucune démarche en vue de régularise sa situation au regard du droit au séjour, est sans domicile fixe, et n'exerce aucune activité professionnelle. Par ailleurs l'ensemble des membres de sa famille résident dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, la décision portant refus de délai de départ volontaire vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 1° et 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. A déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et ne possède pas de garanties de représentation suffisantes car il n'a pas de document d'identité ou de voyage en cours de validité et n'a pas d'adresse effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Par suite, la décision portant refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée.

8. En deuxième lieu, si M. A soutient que la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il dispose d'une adresse connue, il ressort des pièces du dossier qu'il a déclaré être sans domicile fixe. En outre, il ne produit aucun justificatif de domicile au soutien de son allégation. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que M. A n'établit pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.

10. En second lieu, il ne ressort ni des termes de la décision, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle et familiale de M. A avant de prendre la décision fixant le pays de renvoi. Le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit par suite être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour pour une durée d'un an. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, Me Benoit et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Arquié, présidente,

Mme Gigault, première conseillère,

Mme Cuny, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

La rapporteure,

L. CUNY

La présidente,

C. ARQUIÉ Le greffier,

B ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef

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