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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406415

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406415

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406415
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTERCERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2024, Mme B E, représentée par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation personnelle ;

- elle justifie de considérations humanitaires ;

- conformément à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle justifie également de la nécessité liée au déroulement de ses études et d'une entrée régulière sur le territoire français la dispensant de visa ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, de nationalité colombienne née le 28 août 2005, déclare être entrée en France le 8 avril 2023. Le 21 août 2023, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en faisant valoir ses liens personnels et familiaux ainsi que sa volonté de poursuivre ses études. Par l'arrêté du 11 avril 2024, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme E sollicite l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A D, directrice des migrations et de l'intégration, qui disposait, aux termes de l'arrêté du 11 avril 2024 n° 31-2024-04-11-00001 publié au recueil des actes administratifs spécial du n° 31-2024-143 de la préfecture de la Haute-Garonne du même jour, et consultable sur le site internet de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer les décisions et arrêtés relevant des attributions de sa direction en ce qui concerne les matières relevant du ministère de l'intérieur, et notamment en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, qui mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la situation personnelle et familiale de la requérante, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation personnelle de la requérante.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article

L. 412-1. / (). ".

5. Mme E est entrée en France en avril 2023 selon ses déclarations. Elle fait valoir qu'elle a été abandonnée par ses parents à sa naissance, qu'elle a été prise en charge par sa tante, de nationalité française, qui a été désignée comme sa tutrice légale depuis le 9 mars 2023, et produit des attestations de sa tante et de proches. Elle se prévaut également de sa présence en France depuis une année, de son intégration, de sa scolarisation et de son inscription en deuxième année de CAP EPC (Equipier polyvalent de commerce) au lycée professionnel Vincent de Paul, à Tarbes. Toutefois, ces seules circonstances, alors au demeurant que la requérante a toujours vécu séparée de sa tante, ne suffisent pas à caractériser au sens des dispositions citées au point précédent des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ", aux termes de l'article L. 412-3 du même code : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 () " et aux termes de l'article L. 422-1 de ce code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Il résulte de ces dispositions, qu'en cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, le préfet peut délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à un étranger entré régulièrement sur le territoire français, alors même que ce dernier ne justifie pas avoir bénéficié du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Pour refuser de délivrer à Mme E un titre de séjour en tant qu'étudiante, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur la circonstance qu'elle était entrée en France sans visa de long séjour. D'une part, il est constant que la requérante ne disposait pas d'un visa de long séjour et d'autre part, si elle fait valoir qu'elle justifie d'une nécessité liée au déroulement de ses études et dispose d'une dispense de visa, en tout état de cause, elle reste soumise à l'obligation de justifier d'une entrée régulière ce dont elle ne justifie pas par la seule production de son passeport supportant un cachet d'entrée des autorités néerlandaises en date du 7 avril 2023 et elle ne justifie pas d'une nécessité liée au déroulement de ses études.

9. En cinquième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté que le préfet a entaché son arrêté d'une erreur de fait. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 11 avril 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Mérard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

La présidente-rapporteure,

S. CAROTENUTO

La première assesseure,

N. SODDULa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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