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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406462

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406462

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406462
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBACHELET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 octobre 2024, M. B A et Mme D C, représentés par Me Bachelet, demandent à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de les prendre en charge sans délai, avec leurs enfants, dans un lieu d'hébergement d'urgence, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou subsidiairement, dans l'hypothèse où ils ne seraient pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'ils sont sans ressource, isolés et vivent depuis de nombreux jours dans la rue avec leurs deux enfants, âgés respectivement de deux ans et deux mois et quatre ans ; ces conditions de vie ne sont pas compatibles avec le jeune âge de leurs enfants ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence, à leur dignité humaine et à leur droit de ne pas subir des traitements inhumains et dégradants garanti par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'en dépit des nombreux appels qu'ils ont adressés au 115, le préfet de la Haute-Garonne étant par ailleurs parfaitement informé de leur situation, aucune solution d'hébergement ne leur a été proposée alors que leurs conditions de vie ont des conséquences graves pour eux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Cherrier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A et Mme C, ressortissants albanais, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de les prendre en charge avec leurs deux enfants mineurs dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " L'article L. 522-3 de ce code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, () qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

4. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. Il résulte de l'instruction que M. A et Mme C, entrés en France à une date indéterminée, ont vu leurs demandes d'asile rejetées par deux décisions du 25 avril 2024. Ayant déposé des demandes de réexamen, ils n'ont pu se rendre à l'entretien auquel ils ont été convoqués par l'office français des réfugiés et apatrides, le 9 septembre 2024. L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ayant refusé de leur accorder les conditions matérielles d'accueil par une décision du 25 avril 2024, ils ont logé, avec quatre autres membres de la famille du requérant, dans une maison vide appartenant à l'établissement public foncier local de Toulouse à compter du mois de janvier 2024. Le juge des référés du tribunal judiciaire de Toulouse a ordonné leur expulsion, par une ordonnance du 7 juin 2024, cette expulsion ayant effectivement été mise en œuvre, le 16 octobre 2024, avec le concours de la force publique. Ils soutiennent qu'en dépit des nombreux appels adressés au 115, et alors que le préfet de la Haute-Garonne est parfaitement informé de leur situation, aucune proposition de prise en charge ne leur a été faite. Si le relevé d'appels au 115 qu'ils produisent montre qu'ils ont appelé le 115 plusieurs fois par mois depuis le mois d'avril 2024, ils ne l'ont toutefois sollicité de manière quotidienne que depuis le 17 octobre 2024, lendemain de leur expulsion, et ils n'établissent par ailleurs pas avoir signalé leur situation au préfet de la Haute-Garonne ni qu'ils auraient entamé des démarches afin de bénéficier d'un logement avant le 16 septembre 2024, date de leur recours amiable devant la commission départementale de médiation en vue de l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, dans lequel Mme C indique d'ailleurs, s'agissant de leurs conditions de logement, qu'ils vivent " en squat ". Dans ces conditions, en dépit du jeune âge de leurs deux enfants, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'absence de prise en charge dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, après seulement cinq appels rapprochés au 115 et alors qu'ils ne sont effectivement dépourvus de lieu d'hébergement que depuis sept jours et qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'ils auraient informé les services de la préfecture de la réalité de leur situation depuis leur expulsion, révélerait une carence caractérisée de la part des services de l'Etat qui serait constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à l'une des libertés fondamentales dont ils se prévalent.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A et Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il y ait lieu d'admettre les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A et Mme C ne sont pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A et Mme C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et Mme D C.

Fait à Toulouse, le 24 octobre 2024.

La juge des référés,

S. CHERRIER

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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