jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2406632 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Amalric Zermati, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 15 juillet 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a refusé le bénéfice d'une prolongation d'activité au-delà de la limite d'âge ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
s'agissant de la condition tenant à l'urgence :
- la décision litigieuse la prive de ses revenus alors qu'elle se trouve dans une situation financière difficile en raison d'une séparation et qu'elle doit assumer la charge de ses parents âgés ; en l'absence de certitude sur sa situation elle ne peut effectuer sa demande d'allocation de retraite et se trouve ainsi privée de toute prévision quant à sa situation financière ; l'attente du jugement de sa requête au fond risque de lui faire perdre ses droits ;
- la décision contestée sera, à terme, à l'origine d'une perte sur le montant de sa retraite liée à la perte d'augmentation de la surcote qui passerait de 27,5% à 40% ;
s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- elle a été nommée, le 1er juillet 2022, pour une durée de trois ans, renouvelable une fois en qualité de chargé de mission au sein du SGAR ; le ministre ne pouvait mettre fin de manière anticipée à son contrat ;
- la décision litigieuse est dépourvue de motivation sérieuse ; le ministre de l'intérieur, pas plus que le SGAR, ne s'est prononcé sur les difficultés financières dont elle a justifié dans sa demande de prolongation ; son âge ne saurait justifier le refus de prolongation qui lui a été opposé ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; l'administration a commis une faute en omettant de prendre les mesures nécessaires pour assurer la bonne gestion du service ; elle a géré la pénurie de personnel et a fait preuve d'un important investissement au sein de son service ; le manque d'organisation ou de performance du service ne peut lui être imputé ; les comptes rendus de ses entretiens professionnels annuels sont très satisfaisants ;
- elle présente un caractère discriminatoire ; les termes de cette décision caractérisent des propos injurieux et infamants ; les insinuations sur ses compétences et aptitudes sont en contradiction avec les appréciations élogieuses qui ressortent des comptes rendus de ses entretiens d'évaluation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Péan, conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes du second alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, lorsqu'il apparaît manifeste qu'une requête est irrecevable, la rejeter par une ordonnance motivée sans instruction ni audience. Enfin, selon l'article R. 522-2 du même code, les dispositions de l'article R. 612-1 de ce code qui imposent au juge d'inviter l'auteur de conclusions entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours à les régulariser, ne sont pas applicables au juge des référés statuant en urgence.
2. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
3. D'une part, Mme A n'a pas joint à la présente demande une copie de sa requête au fond, contrairement aux prescriptions précitées du second alinéa de l'article R. 522-1 du code de justice administrative. Par suite, celle-ci est, en l'état de l'instruction, irrecevable.
4. D'autre part, Mme A, affectée en qualité de chargée de mission au sein du secrétariat général pour les affaires régionales en Occitanie, demande au juge des référés d'ordonner au ministre de l'intérieur de suspendre l'exécution de sa décision du 15 juillet 2024 rejetant sa demande de prolongation d'activité au-delà de la limite d'âge. Pour caractériser l'existence d'une situation d'urgence, elle soutient que ses revenus mensuels diminueront et qu'elle va subir une perte de revenus liée à la perte d'augmentation de la surcote alors qu'elle se trouve dans une situation financière difficile. Toutefois, il ressort des éléments produits par la requérante que ses revenus s'élèvent actuellement à 3 693,41 euros net mensuel et que la simulation qu'elle produit fait apparaitre un revenu de 2 971 euros net mensuel. S'il ressort du jugement de la commission de surendettement du 11 juillet 2019 qu'elle rembourse une somme mensuelle de 1 001 euros à ses créanciers, il en ressort également que le montant des ressources pris en compte pour calculer le montant de ses mensualités s'élève à 3 096 euros. La situation financière de la requérante, qui conserve au demeurant la possibilité de solliciter une révision des mesures dont elle bénéficie, n'apparait ainsi pas significativement impactée. Par ailleurs, si Mme A fait valoir qu'elle doit assumer la charge de ses parents âgés, elle n'apporte aucun élément permettant de l'établir, ni aucun élément relatif aux ressources dont disposent ses parents. Enfin, la requérante fait valoir que la décision portant refus de lui accorder une prolongation d'activité a pour effet de la priver de revenus. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette privation de revenus résulte directement, non de la décision de lui refuser une prolongation d'activité, mais de son refus de solliciter la liquidation de ses droits à retraite, afin de préserver l'utilité juridique de son recours. Il ressort du courrier du 25 juillet 2024 que le préfet de la région Occitanie l'a explicitement invitée à faire valoir ses droits à la retraite et l'a alertée sur le délai de six mois dont elle bénéficie pour présenter sa demande au risque de subir les conséquences financières d'un retard de traitement de son dossier. La perte de revenus dont se prévaut Mme A comme caractérisant une situation d'urgence est donc imputable à son propre comportement. Dans ces circonstances, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.
5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y lieu, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, de rejeter les conclusions de la requête de Mme A présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de MmeAd est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à MmeBeAd.
Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 31 octobre 2024.
La juge des référés,
C. PEAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
ou par délégation la greffière,
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