vendredi 29 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2406676 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | MERCIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 octobre 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 23 novembre 2024, Mme C D, représentée par Me Mercier, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 30 juillet 2024 du préfet de la Haute-Garonne refusant de renouveler son titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 5 jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991 sur l'aide juridictionnelle, et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, mettre à la charge de l'État le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.
Elle soutient que :
en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
- elle réside sur le territoire français depuis plus de trois ans et justifie d'une situation régulière depuis que le préfet de la Haute-Garonne lui a délivré un premier titre de séjour " étranger malade " le 28 mars 2022 et a bénéficié depuis lors de titres de séjour régulièrement renouvelés jusqu'au 14 juin 2024 ; la décision litigieuse a ainsi pour conséquence de faire basculer la requérante d'une situation administrative stable à une situation irrégulière avec un risque d'éloignement du territoire ;
- la décision la prive de son autonomie financière, ne pouvant plus bénéficier de l'allocation adulte handicapé, réservée aux personnes justifiant d'une situation régulière ;
- l'absence de ressources financières la contraint à arrêter son traitement contre l'obésité, ce dernier n'étant pas pris en charge par l'assurance maladie et s'avère coûteux ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- la décision a été prise par une autorité qui ne bénéficiait pas d'une délégation de signature ;
- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII, la décision est ainsi entachée d'incompétence négative ;
- la décision n'a pas été prise au terme d'un examen réel et sérieux ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, tiré de l'absence de preuve que le médecin rapporteur appartient effectivement au service médical de l'OFII et méconnait les dispositions de l'article R.425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'aucun élément ne justifie que Mme B exerce effectivement au sein du service médical de l'OFII ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle justifie que des conséquences d'une exceptionnelle gravité résulteraient d'un défaut de prise en charge de son état de santé ; elle souffre d'un cancer de la thyroïde, auquel s'ajoute un diabète de type 2 déséquilibré, une cirrhose, une hypertension, une dyslipidémie, une discopathie lombaire invalidante, une gastrite à hélicobacter pylori, une apnée obstructive du sommeil, une obésité de stade 3/4 dite " obésité morbide ", un syndrome anxieux ; son état de santé s'est aggravé ainsi qu'elle le justifie et le rapport du médecin rapporteur est incomplet sur plusieurs points, ne mentionnant pas la cirrhose, l'apnée obstructive du sommeil, son syndrome anxieux et le cholestérol dont elle est affectée ; elle ne peut accéder effectivement à un traitement approprié dans son pays d'origine et ne peut financer l'achat des traitements médicamenteux qui lui sont indispensables ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la prise en compte de son état de santé et des perspectives de traitement approprié à ses pathologies en Géorgie ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
- le droit au séjour de l'intéressée a été motivé exclusivement par son état de santé sans garantie de renouvellement, or son état de santé n'exclut plus désormais un retour en Géorgie où les soins qui lui sont nécessaires sont désormais disponibles ;
- la décision n'emporte aucune incidence sur la poursuite des soins le temps du maintien de l'intéressée sur le territoire ;
- Mme D a tardé à saisir le juge des référés, trois mois après que la décision ait été prise et ce long délai ne peut être justifié par la seule attente de la production de l'entier dossier médical par l'OFII, qui lui a d'ailleurs été transmis le 15 novembre 2024 sans que l'intéressé le verse à la procédure ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- la signataire de la décision bénéficiait d'une délégation de signature régulière ;
- la décision est suffisamment motivée ;
- l'avis a été rendu au terme d'une procédure régulière ;
- la décision ne méconnait pas les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; les éléments médicaux produits ne délivrent aucun élément d'appréciation précis et circonstancié démontrant qu'elle ne pourra pas recevoir personnellement des soins et un suivi médical adaptés en Géorgie et elle ne justifie ni du coût de ses traitements dans son pays d'origine ni de l'insuffisance de ses ressources ; la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne pourra pas bénéficier effectivement des soins adaptés dans son pays d'origine et elle ne démontre pas qu'elle ne pourrait faire l'objet d'un suivi médical approprié en Géorgie ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droit s de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2405289 enregistrée le 29 août 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 26 novembre 2024 à 10 heures en présence de Mme Guérin, greffière d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et a entendu :
- les observations de Me Mercier représentant Mme D présente, qui a repris, en les précisant, les moyens développés dans ses écritures et insiste sur le fait que le rapport du médecin de l'OFII présente de nombreuses omissions en ce qui concerne l'évolution de son état de santé de sorte que l'analyse qui a été faite de la disponibilité des traitements qui lui sont nécessaires est incomplète,
- et les observations de Mme A, représentant le préfet de la Haute-Garonne qui reprend ses écritures en soulignant que le médecin rapporteur de l'OFII ne siège pas dans la formation du collège qui donne son avis, de sorte que la circonstance que son nom n'apparaisse pas sur la liste portant désignation des médecins de l'OFII est sans incidence et insiste sur le fait que l'intéressée ne démontre pas qu'elle serait dépourvue de ressources dans son pays d'origine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante géorgienne née le 21 octobre 1974 à Sokhumi (Géorgie) est entrée en France selon ses déclarations le 11 juillet 2021 à l'âge de 47 ans. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile notifiée le 4 mars 2022. Elle a bénéficié à compter du 28 mars 2022 d'une autorisation provisoire de séjour en raison de son état de santé, renouvelée jusqu'au 14 mars 2023, puis d'une carte de séjour d'un an valable jusqu'au 14 juin 2024. Elle a sollicité le 7 mai 2024 le renouvellement de son titre pour motif humanitaire en raison de son état de santé. Par une décision du 30 juillet 2024, le préfet de la Haute-Garonne a refusé son admission au séjour. Mme D demande la suspension de cette décision.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme D.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe présumée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse
5. En l'espèce, la décision dont la suspension est demandée refuse le renouvellement du titre de séjour dont bénéficiait Mme D. Si le préfet de la Haute-Garonne fait valoir que l'état de santé de l'intéressée n'imposerait plus la poursuite des soins en France ni n'exclut un retour en Géorgie où les soins qui lui sont nécessaires sont désormais disponibles, ces circonstances de fond, à les supposées établies, ne sont pas par elles-mêmes de nature à faire échec à cette présomption d'urgence. Il en est de même de la circonstance que la demande de référé ait été présentée par Mme D trois mois après qu'elle ait eu connaissance de la décision contestée, qui ne peut être regardée comme étant à l'origine et la cause de l'urgence qu'elle invoque. Par suite, la décision en litige préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation personnelle de l'intéressée pour que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qui concerne les possibilités de l'intéressée de bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa polypathologie dans son pays d'origine, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
7. Les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 30 juillet 2024 du préfet de la Haute-Garonne refusant de renouveler le titre de séjour de Mme D, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme D, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
9. Mme D ayant été admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Mercier, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mercier de la somme 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à Me Mercier.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 30 juillet 2024 refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme D est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme D dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Mercier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Mercier, avocat de Mme D, une somme de 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à Me Mercier.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, au ministre de l'intérieur et à Me Mercier.
Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne
Fait à Toulouse le 29 novembre 2024.
La juge des référés,
Céline ARQUIÉ
La greffière,
Sylvie GUÉRIN La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026