lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2406738 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Pinson, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 15 octobre 2024 du préfet de la Haute-Garonne en tant, en particulier, qu'il refuse de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler le temps de l'intervention du juge du fond et ce, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative, à charge pour elle de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
- l'arrêté du 14 octobre 2024 doit être regardé comme un refus de renouvellement de titre de séjour qui a pour effet de mettre un terme à son droit au séjour ainsi qu'à son droit au travail ;
- l'arrêté a eu pour effet de contraindre son employeur à ouvrir une procédure de licenciement à son encontre et ainsi de le priver de son emploi et de son salaire de 1 570 euros mensuel, le couple n'aura plus la possibilité de faire face à ses charges mensuelles fixes de 728 euros et ses charges variables de 750 euros par mois et ne pourront être couvertes par les allocations chômage de son épouse.
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
en ce qui concerne la décision refusant le changement de statut en qualité de salarié :
- il n'a jamais renoncé de manière explicite à sa demande de changement de statut du 20 septembre 2021 de sorte que la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation puisqu'il remplissait les conditions pour y prétendre et qu'aucun argument relatif à l'ordre public ne pouvait lui être opposé si la préfecture avait répondu dans un délai raisonnable ;
en ce qui concerne la décision de refus de séjour en qualité de conjoint de français :
- elle est entachée d'erreur d'appréciation en ce qui concerne la menace à l'ordre public que représenterait sa présence en France ; le préfet se fonde sur la seule condamnation du 30 mai 2023 par le tribunal correctionnel de Toulouse pour des faits de violence sans ITT sur concubin à une peine de 8 mois d'emprisonnement avec sursis et il n'a aucun antécédent judiciaire ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le couple justifie d'une communauté de vie de trois années dont plus d'une année depuis leur mariage civil ; sa sœur et son frère résident régulièrement sur le territoire ;
en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
en ce qui concerne les décisions fixant un délai de départ volontaire et le pays de renvoi :
- elles sont privées de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
- la présomption d'urgence ne peut jouer dans le cas d'une demande de changement de statut vers celui de salarié qui correspond à une première délivrance de titre de séjour sans présomption d'urgence ;
- l'urgence n'est pas non plus caractérisée en ce qui concerne le refus de renouvellement de titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française au regard du contexte dans lequel il a été prononcé ; les faits de violence ne sont pas isolés puisqu'ils ont été commis du 1er aout 2020 au 23 mai 2021, soit durant toute la durée du mariage avec sa première épouse ;
- son autorisation de travail découlait de son statut de conjoint de ressortissante française ;
- sa nouvelle épouse est propriétaire d'un bien et perçoit un revenu ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- les décisions ne sont entachées ni d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation ;
- le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public et fait obstacle à la délivrance d'un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en plus de la condamnation du 30 mai 2023 pour violence conjugale, l'intéressé a de nouveau été condamné le 29 mars 2024 à 6 mois d'emprisonnement et révocation de son sursis pour violence sur un fonctionnaire de police ;
- il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2406733 enregistrée le 5 novembre 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 28 novembre 2024 à 10 heures en présence de Mme Tur, greffière d'audience, Mme Arquié a lu son rapport, informé les parties, en application des articles R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, et a entendu :
- les observations de Me Pinson représentant M. A, qui a repris, en les précisant, les moyens et conclusions développés dans ses écritures,
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 26 février 1999 à Aïn-Tèdles (Algérie) est entré en France le 8 juillet 2016 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa court séjour valable du 6 juin au 2 décembre 2016. Il a bénéficié du 2 octobre 2020 au 1er octobre 2021 d'un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissante française à la suite de son mariage le 12 septembre 2020. M. A a sollicité le 20 septembre 2021 le renouvellement de son droit au séjour et un changement de statut en qualité de salarié. Le couple a divorcé au mois de juillet 2022. M. A a sollicité le 7 juillet 2023 un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française à la suite d'un second mariage le 10 juin 2023. Toutefois, par un arrêté du 15 octobre 2024, le préfet de la Haute-Garonne a refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. A demande la suspension de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne les conclusions à fin de suspension des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :
3. Il résulte des dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le dépôt d'une requête en annulation contre une décision portant obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de cette obligation. Dès lors, les conclusions de la requête de M. A tendant à la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination dont il a demandé l'annulation dans sa requête au fond, sont sans objet et, par suite, irrecevables.
En ce qui concerne les conclusions à fin de suspension de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour
4. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ""
5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. A, tels qu'ils ont été visés et analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 15 octobre 2024 du préfet de la Haute-Garonne refusant de l'admettre au séjour. Par suite, les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de cette décision, y compris celles aux fins d'injonction et d'astreinte, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M.Bn A et au ministre de l'intérieur.
Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne et à Me Pinson.
Fait à Toulouse le 2 décembre 2024.
La juge des référés,
Céline ARQUIÉ
La greffière,
Pauline Tur
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
ou par délégation la greffière
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