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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406739

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406739

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406739
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBEHECHTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2024, M. D E, représenté par Me Behechti, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code précité.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles méconnaissent son droit d'être entendu.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés le 6 novembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Behechti, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins et soulève un nouveau moyen à l'encontre de l'ensemble des décisions attaqués tiré du vice de procédure résultant de ce que l'arrêté a été notifié irrégulièrement lorsque le requérant était détenu, ainsi que deux nouveaux moyens à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire, tirés du défaut d'examen et de l'erreur manifeste d'appréciation en raison de ce que le préfet aurait dû préalablement vérifier si l'intéressé n'avait pas déposé une demande d'asile en cours d'examen en Allemagne, pays dans lequel il a vécu et où résident sa fille et la mère de cette dernière et depuis lequel il aurait fait l'objet d'une décision de transfert vers l'Espagne,

- les observations de M. E, assisté de M. F, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant marocain né le 26 janvier 1988 à Casablanca (Maroc), déclare être entré en France en décembre 2021. Par un arrêté du 17 juin 2022, le préfet de la

Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du

31 octobre 2024, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par sa présente requête, M. E demande l'annulation des décisions contenues dans ce dernier arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 11 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°31-2024-143, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation de signature à Mme G A, adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B C, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, et notamment pour signer les mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant et la mise à exécution de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées, manquant en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait être interprété en ce sens que l'autorité compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque

celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision est prise que si l'intéressé a été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'identification versé aux débats, que le requérant a été entendu par les services de police le 9 octobre 2024, qu'il a été informé à cette occasion qu'il était susceptible de faire l'objet d'une décision d'éloignement vers son pays d'origine et qu'il a été invité à formuler des observations. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, si M. E soutient que l'arrêté en litige ne lui a pas été régulièrement notifié alors qu'il était en détention, compte tenu de ce qu'il n'aurait pas refusé de signer cet arrêté, cette circonstance, si elle peut avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours contentieux à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français et des décisions qui l'assortissent est, en elle-même, et en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de ces décisions. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure invoqué à cet égard ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation du requérant.

Par suite, le moyen d'erreur de droit invoqué sur ce point doit être écarté.

8. En second lieu, si M. E qui déclare être entré sur le territoire français en décembre 2021, se prévaut de la présence de sa compagne et de sa fille mineure en Allemagne, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. En outre, il ressort de ses déclarations devant les services de police le 9 octobre 2024 qu'il n'aurait pas vu sa fille depuis fin 2022. S'il s'est prévalu, lors de l'audience publique, d'avoir déposé une demande d'asile en Allemagne et d'avoir fait l'objet d'une décision de transfert en Espagne, d'une part, il ressort de l'audition précitée du 9 octobre 2024 qu'il a déclaré n'avoir fait aucune démarche en Allemagne, et d'autre part, il n'apporte aucun élément permettant d'étayer ses dires. Par ailleurs, il ne démontre, ni avoir fixé le centre de ses intérêts privés sur le territoire français, ni bénéficier d'une intégration sociale ou professionnelle particulière en France et il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, le Maroc, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel de Toulouse du

6 novembre 2023, à une peine d'emprisonnement cumulée de sept mois, pour des faits de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, de recel de bien provenant d'un vol et de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, et par un jugement du 16 novembre 2023 du tribunal correctionnel de Toulouse, à une peine de vingt mois d'emprisonnement et à une interdiction de séjour dans le département de la Haute-Garonne pour une durée de trois ans pour des faits de vol aggravé par trois circonstances, de sorte que sa présence en France constitue une menace réelle et actuelle pour l'ordre public. Dans ces conditions, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé. Le moyen invoqué à cet égard doit, dès lors, être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 31 octobre 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Behechti la somme réclamée en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Me Behechti et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC La greffière,

V. BRIDET

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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