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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406741

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406741

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCANADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 novembre 2024, Mme C D, représentée par Me Canadas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 24 octobre 2024 portant cessation des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans le cadre de l'enregistrement de sa demande d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement d'une somme de 1 800 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ou totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de la signataire de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 novembre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sollicite une substitution de base légale et conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- doit être visé, comme base légale, le 2° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lieu et place du 3° de l'article L. 551-16 du même code ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, en application des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Fiblec a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D est une ressortissante camerounaise née le 30 mars 1984 à Douala (Cameroun). Elle a sollicité son admission au bénéfice de l'asile et accepté, le 24 janvier 2024, l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au titre des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 24 octobre 2024, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transposant ces dispositions : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ". Aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi, alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D a accepté le principe des conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées le 24 janvier 2024 sans que ne lui soit précisé la désignation d'un lieu d'hébergement, puis a refusé le 5 septembre 2024 de rejoindre le lieu d'hébergement qui lui a été attribué. Dès lors, il y a lieu de substituer à la base légale erronée fondée sur l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile celle de l'article L. 551-15 du même code, dès lors que cette substitution n'a pas pour effet de priver l'intéressée d'une garantie, l'administration disposant du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée est signée par Mme A B, directrice territoriale de la direction territoriale de l'OFII de Toulouse, qui, par décision du 1er mars 2023, disponible sur le site internet de l'OFII, a reçu de la part du directeur général de l'OFII délégation pour signer " tous actes, décisions et correspondances se rapportant : / 1. Aux missions dévolues à la direction territoriale de Toulouse, telles que définies par la décision du 31 décembre 2013 susvisée ; () ", portant organisation générale de l'OFII. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune pièce du dossier, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de Mme D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, il est constant que Mme D a refusé la proposition d'hébergement qui lui a été faite le 5 septembre 2024 par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si la requérante fait valoir que cette offre d'hébergement, à Albi, était incompatible avec sa situation au motif qu'elle bénéficie d'un suivi médical et psychologique, qu'elle a été admise dans des formations universitaires et qu'elle a une activité associative à Toulouse et non à Albi, cette seule circonstance ne saurait constituer un motif légitime de refus d'une offre d'hébergement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des pièces médicales versées à l'instance, que l'intéressée, qui a déclaré bénéficier d'un hébergement d'urgence lors de son entretien du 4 novembre 2024, justifierait d'une situation de vulnérabilité particulière. A cet égard, par un avis du 3 octobre 2024, le médecin coordonnateur de zone de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fixé le niveau de vulnérabilité de

Mme D à 1, ce qui équivaut à une priorité, pour un hébergement, sans caractère d'urgence. Par suite, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen invoqué à cet égard doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 24 octobre 2024.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Canadas la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Canadas et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLECLa greffière,

V. BRIDET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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