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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406884

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406884

lundi 21 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCARDI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de M. B, ressortissant congolais, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de l'Aveyron. Le tribunal a estimé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B ne justifiant pas d'une résidence habituelle de plus de dix ans en France ni de motifs exceptionnels justifiant une admission au séjour. La décision a également été jugée conforme à l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, l'intéressé étant célibataire, sans enfant et conservant des attaches dans son pays d'origine.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Cardi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le préfet de l'Aveyron a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi ainsi que la décision implicite de rejet du recours hiérarchique formé contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aveyron de lui accorder l'admission exceptionnelle au séjour, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour et de la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique :

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale car fondée sur une décision de refus de séjour illégale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de droit ou de fait au regard du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale car fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2024, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 14 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Michel,

- les observations de Me Cardi, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais né le 17 août 1992, déclare être entré en France le 17 mars 2018. Il a présenté le 20 septembre 2018 une demande d'asile, laquelle a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 7 mai 2019 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 décembre 2019. L'intéressé a fait l'objet le 15 janvier 2020 d'un arrêté du préfet de l'Aveyron portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Il a présenté le 21 septembre 2021 une demande de réexamen de sa demande d'asile, laquelle a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 30 septembre 2021 confirmée par la CNDA le 27 décembre 2021. Il a ensuite sollicité le 28 novembre 2022 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 juin 2024, le préfet de l'Aveyron a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. "

3. M. B soutient qu'il est entré en France avec son frère en mars 2018, qu'il réside en France depuis six ans où il a développé des liens d'amitiés et s'est intégré à la société. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans enfant et qu'il n'établit ni la présence de son frère en France à la date de l'arrêté attaqué, ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Par ailleurs, les quelques attestations de connaissances qu'il produit ne permettent pas d'établir la continuité de son séjour en France depuis six ans. En outre, ni ces attestations, ni l'obtention d'un certificat de compétences de citoyen de sécurité civile le 27 mai 2024, ni l'exercice d'une activité bénévole ne suffisent à caractériser une intégration particulière au sein de la société française. Enfin, si le requérant se prévaut de promesses d'embauche, il n'en produit aucune. Ainsi, la situation personnelle du requérant ne permet pas de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de l'Aveyron a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

4. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les raisons évoquées au point 3.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement prise à son encontre.

6. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les raisons évoquées au point 3.

En ce qui concerne la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

8. M. B fait valoir que la précédente obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre en période de crise sanitaire liée à la covid-19 rendant impossible son retour dans son pays d'origine et qu'à cette période, il avait engagé des démarches en vue de régulariser sa situation en matière de séjour en déposant une demande de réexamen de sa demande d'asile puis une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Toutefois, et alors que rien ne faisait obstacle à ce que l'intéresse exécute cette mesure d'éloignement à l'issue de la période de crise sanitaire, ces circonstances ne sont pas de nature à établir que le préfet de l'Aveyron aurait, en refusant d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé, commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Si le requérant fait valoir qu'eu égard à sa fonction de militaire dans son pays d'origine, il sera soumis à la torture et sa vie sera menacée en cas de retour au Congo qu'il a fui en 2018 dans un contexte de guerre, d'une part, sa demande d'asile a été rejetée à plusieurs reprises par les autorités compétentes et, d'autre part, aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour établi qu'il serait personnellement exposé à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de rejet du recours hiérarchique :

12. En prenant la décision implicite par laquelle il a rejeté le recours hiérarchique formé par M. B contre l'arrêté du 19 juin 2024, le ministre de l'intérieur n'a ni retiré, ni modifié la décision initiale et n'a pas eu à se prononcer au vu de circonstances de fait ou de droit nouvelles. M. B n'étant pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 juin 2014, ses conclusions dirigées contre la décision implicite prise par le ministre de l'intérieur, qui se borne à confirmer la décision initiale, doivent être également rejetées, sans au demeurant qu'il puisse utilement se prévaloir de vices propres dont cette décision implicite serait entachée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Aveyron.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,

Mme Michel, première conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2025.

La rapporteure,

L. MICHEL

La présidente,

C. VISEUR-FERRE

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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