lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2406959 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 novembre 2024 et un mémoire en réplique enregistré le 27 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Gueye, demande dans le dernier état de ses écritures au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 16 septembre 2024 du préfet de la Haute-Garonne refusant de l'admettre au séjour, abrogeant son attestation de séjour et prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à venir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
- la décision de non délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour produit des effets immédiats sur sa situation administrative et préjudicie gravement à sa situation personnelle et familiale et celle de ses deux enfants de 5 et 10 ans ;
- le refus de séjour a entrainé la suspension de son contrat de travail et il éprouve des difficultés pour subvenir à ses besoins et ceux de ses deux enfants de 5 et 10 ans, dont un de nationalité française ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
en ce qui concerne la décision refusant le titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ; il justifie participer à l'éducation et l'entretien de son fils depuis deux ans ou depuis sa naissance ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention de New York ;
en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile combinées avec celles de l'article 371-2 du code civil ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention de New York.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 novembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire sont irrecevables ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
- l'intéressé ne participe pas à l'entretien et à l'éducation de son fils, qui constituait l'unique raison de son droit au séjour en France ;
- il ne respecte pas ses obligations de versement de pension alimentaire et ne justifie d'aucun obstacle à regagner son pays d'origine où il pourra travailler ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- aucun des moyens invoqués n'est en l'état de l'instruction propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2406331 enregistrée le 16 octobre 2024 tendant à l'annulation des décisions contestées.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-béninois du 28 novembre 2007 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 28 novembre 2024 à 10 heures en présence de Mme Tur, greffière d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Gueye représentant M. A, qui a repris, en les précisant, les moyens et conclusions développés dans ses écritures,
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant béninois né le 11 octobre 1979 à Cotonou (Bénin) est entré en France le 11 octobre 2020 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa valant titre de séjour délivré par les autorités consulaires délivré à la suite de son mariage le 26 juillet 2019 avec une ressortissante française. A la suite de la naissance de leur enfant le 6 mars 2019, il a bénéficié, à compter du 26 aout 2021, d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Les époux ont divorcé le 12 juillet 2022. M A a sollicité le 3 février 2024 le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 16 septembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne a refusé son admission au séjour, abrogé son attestation de prolongation de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de 30 jours en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. A demande la suspension de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne les conclusions à fin de suspension des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :
3. Il résulte des dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le dépôt d'une requête en annulation contre une décision portant obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de cette obligation. Dès lors, les conclusions de la requête de M. A tendant à la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination dont il a demandé l'annulation dans sa requête au fond, sont sans objet et, par suite, irrecevables.
En ce qui concerne les conclusions à fin de suspension de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour
4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. A, tels qu'ils ont été visés et analysés ci-dessus, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 16 septembre 2024 du préfet de la Haute-Garonne refusant de l'admettre au séjour et abrogeant son attestation de séjour. Par suite, les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de cette décision, y compris celles aux fins d'injonction et d'astreinte, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne et à Me Gueye.
Fait à Toulouse le 2 décembre 2024.
La juge des référés,
Céline ARQUIÉ
La greffière,
Pauline TUR
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
ou par délégation la greffière
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