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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2407017

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2407017

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2407017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTHOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2024, Mme B E D, représentée par Me Thomas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 10 juillet 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'annuler la décision implicite du 30 septembre 2024 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant rejet du recours administratif préalable formé par

Mme D le 30 juillet 2024 ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à

Mme D et à son fils F A C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de verser à Mme D l'allocation pour demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 10 juillet 2024, et ce dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, en tout état de cause, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions des articles L. 551-15 D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 522-1 et suivants, L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation au regard des motifs du dépôt tardif de sa demande d'asile et de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des motifs du dépôt tardif de sa demande d'asile et de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gigault, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gigault,

- les observations de Me Thomas, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de Mme D qui répond aux questions de la magistrate désignée,

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante gabonaise née le 28 novembre 1982 à Mbénaltembé (Gabon), déclare être entrée en France le 3 février 2023, accompagnée de son enfant mineur

M. C né le 12 septembre 2021 à Libreville (Gabon). Elle a sollicité l'asile le 10 juillet 2024. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son arrivée sur le territoire français. Le 29 juillet 2024, l'intéressée a formé un recours administratif préalable obligatoire, notifié le 31 juillet 2024, à l'encontre de la décision du 10 juillet 2024 de la directrice territoriale de l'Office français de l'intégration et de l'immigration. Une décision implicite de rejet est née deux mois après la notification de cette dernière décision, le

31 septembre 2024. Mme. D demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Aux termes de l'article L. 551-15 de ce code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes du 3° de l'article L. 531-27 du même code : " Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ". Enfin aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

5. En l'espèce, si Mme D soutient disposer d'un motif légitime expliquant l'absence de dépôt de demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle aurait effectué la moindre démarche pour se renseigner ou s'être heurtée à des obstacles l'ayant empêchée de connaître la procédure à suivre pour présenter sa demande d'asile. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que

Mme D se trouve isolée, sans famille en France, sans ressources avec un enfant mineur âgé de trois ans, qu'ils ne sont plus hébergés depuis le 12 septembre 2024 dans le centre d'accueil At Home et sont désormais dans une situation de grande précarité avec des solutions d'hébergement journalier ne reposant que sur la générosité de personnes de sa communauté. Dans ces conditions, Mme D et son enfant mineur sont dans une situation de vulnérabilité. Dès lors, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en ne permettant pas à la requérante de bénéficier des conditions matérielles d'accueil, en raison de l'introduction de la tardiveté de sa demande d'asile, sans avoir suffisamment mesuré la vulnérabilité de sa situation, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision implicite du 31 septembre 2024 par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision en date du 10 juillet 2024 lui refusant totalement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. L'exécution du présent jugement implique que le directeur général de l'OFII rétablisse à Mme D les conditions matérielles d'accueil à compter du

10 juillet 2024. Il lui est enjoint d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

8. Sous réserve de l'admission définitive de Mme D à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Thomas à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, il y a lieu de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Thomas au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de

1 000 euros lui sera directement versée.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 31 septembre 2024 portant rejet du recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision en date du 10 juillet 2024 portant refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à Mme D les conditions matérielles d'accueil, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de lui rétablir rétroactivement le versement de l'allocation pour demandeur d'asile depuis le 10 juillet 2024.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme D à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Thomas à percevoir la part contributive de l'Etat, l'office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Thomas une somme de

1 000 euros au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme D sur le fondement des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, représentée par

Me Thomas et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La magistrate désignée,

S. GIGAULT Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2407017

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