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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2407038

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2407038

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2407038
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a été saisi en référé-suspension par les parents d'un enfant autiste, contestant le refus implicite de l'Éducation nationale de mettre en œuvre une décision de la CDAPH attribuant une aide humaine individuelle à 100% pour leur fils. Les requérants invoquaient l'urgence, l'enfant ne pouvant être scolarisé sans cet accompagnement, et un doute sérieux sur la légalité du refus au regard des articles L. 112-1 du code de l'éducation et L. 246-1 du code de l'action sociale et des familles. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la condition d'urgence n'était pas remplie, l'enfant bénéficiant déjà d'un accompagnement partiel et une réunion d'évaluation étant imminente pour adapter sa prise en charge.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2024, M. B D et Mme C D demandent au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle la direction des services départementaux de l'éducation nationale de l'académie de Toulouse a décidé de ne pas donner suite à la décision de la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Garonne donnant son accord pour permettre l'intervention d'un auxiliaire de vie scolaire auprès de leur fils E ;

2°) d'ordonner à la direction des services départementaux de l'éducation nationale de la Haute-Garonne d'exécuter la notification d'accompagnement par une aide humaine à la scolarisation et de désigner un accompagnement des élèves en situation de handicap sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Ils soutiennent que :

en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées a attribué le 23 janvier 2024 une aide humaine hebdomadaire de 100% à la scolarisation individuelle de leur fils et en dépit de leur mise en demeure du 4 septembre 2024, la direction des services départementaux de l'éducation nationale a décidé de ne pas donner suite à leur demande ; l'urgence est manifeste, leur fils ne pouvant bénéficier de scolarisation en l'absence de son AESH ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- l'article L. 112-1 du code de l'éducation soumet les enfants et adolescents handicapés à une obligation éducative, soit en recevant une éducation ordinaire, soit une éducation spéciale déterminées en fonction des besoins particuliers de chacun d'eux ;

- l'article L. 246-1 du code de l'action sociale et des familles dispose que toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique bénéficie quel que soit son âge, d'une prise en charge pluridisciplinaire qui tient compte de ses besoins et difficultés spécifiques. Cette prise en charge peut être d'ordre éducatif.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2024, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- le fils de A et Mme D est scolarisé en classe de grande section de maternelle, il bénéficie d'un accompagnement individualisé les lundis et mardis matins et les mercredis, jeudis et vendredis matins de 8h30 à 10h30 ; cet emploi du temps a été décidé au cours de la réunion de l'équipe éducative du 7 décembre 2023 en accord avec les parents de l'enfant et dans son intérêt ;

- une réunion de l'équipe de suivi de scolarisation est prévue le 3 décembre 2024 à 8h30 pour procéder à l'évaluation de l'évolution de l'élève et de l'adéquation des moyens mis en œuvre à ses besoins ; les observations de l'enfant par la psychologue de l'éducation nationale et par l'équipe éducative convergent vers le constat d'une scolarisation qui ne peut durer plus de deux heures dans une école en milieu ordinaire, avec ou sans l'accompagnement d'un personnel AESH, de sorte qu'il n'y a pas de préjudice grave et immédiat ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la MDPH ne notifie pas de droits à la mise en place d'un accompagnement sur le temps de pause méridienne mais de simples recommandations ;

- les requérants n'ont pas de droits à accompagnement de leur fils durant la pause méridienne.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2407084 enregistrée le 18 novembre 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 3 décembre 2024 à 10 heures en présence de Mme Guérin, greffière d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et entendu :

- les observations de Mme D,

- et les observations de Mme F représentant le recteur de l'académie de Toulouse.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 23 janvier 2024, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) a accordé au fils de A et Mme D, atteint de troubles du spectre autistique, une aide humaine individuelle de 100% du 23 janvier 2024 au 30 juin 2028 pour l'accompagnement de ce dernier tant dans ses activités d'apprentissage que dans la vie sociale et relationnelle. M et Mme D ont sollicité le 4 septembre 2024 la mise en œuvre de cette décision, implicitement rejetée. M. et Mme D demandent la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a refusé implicitement l'affectation d'une aide humaine individuelle aux élèves en situation de handicap pour leur fils, dans les conditions fixées par la décision du 23 janvier 2024 de la CDAPH.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

3. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " le droit à l'éducation est garanti à chacun ". Aux termes de l'article L. 131-1 du même code : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans ", et de son article L. 112-1: " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant () ". L'article L. 112-2 de ce code prévoit qu'afin que lui soit assuré un parcours de formation adapté, chaque enfant handicapé se voit proposer un projet personnalisé de formation, l'article L. 351-1 du même code désigne les établissements dans lesquels sont scolarisés les enfants présentant un handicap, et l'article L. 351-2 de ce code prévoit que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées désigne les établissements correspondant aux besoins de l'enfant en mesure de l'accueillir et que sa décision s'impose aux établissements.. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que l'Etat, tenu légalement d'assurer aux enfants handicapés une prise en charge éducative au moins équivalente, compte tenu de leurs besoins propres, à celle dispensée aux enfants scolarisés en milieu ordinaire, doit prendre l'ensemble des mesures et mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que cette obligation ait un caractère effectif.

4. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de quatre réunions de l'équipe éducative de la maternelle où est scolarisé le fils de A et Mme D, dont la dernière le 7 décembre 2023, une modulation de l'emploi du temps de l'élève a été décidée en accord avec les parents afin de l'adapter à ses besoins et à son évolution, en le scolarisant de 1h30 à 2h00 au maximum chaque matinée de la semaine. Cette organisation a été reconduite à compter du 1er septembre 2024 pour la scolarisation en grande section de maternelle. Le 10 septembre 2024, le psychologue de l'éducation nationale appartenant au réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté a observé l'enfant en classe, accompagné d'une AESH individuelle. À l'issue de cette évaluation, il a estimé qu'au regard de ses besoins et de ses capacités d'adaptation, la grande collectivité demeure difficile pour lui, bien qu'une notification pour une AESH à 100% ait été délivrée par la CDAPH. Il a souligné la nécessité de prendre en compte les capacités réelles de fréquentation de l'enfant dans l'organisation de sa scolarité. Une nouvelle réunion de l'équipe de suivi de scolarisation est prévue le 7 décembre 2024 afin notamment d'étudier, dans l'intérêt de l'enfant, si le nombre d'heures peut être étendu, s'il convient de maintenir l'emploi du temps aménagé ou si une nouvelle orientation doit être envisagée. Dans ces conditions, et en l'état de l'instruction, la décision ne peut être regardée comme portant atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à la situation du fils de A et Mme D, de nature à caractériser l'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête présentée par M.et Mme D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M.et Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, Mme C D et au recteur de l'académie de Toulouse.

Une copie en sera adressée au ministre de l'éducation nationale.

Fait à Toulouse le 4 décembre 2024.

La juge des référés,

Céline ARQUIÉ

La greffière,

Sylvie GUÉRIN

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

ou par délégation la greffière

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