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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2407146

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2407146

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2407146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFRANCOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 5 décembre 2024, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représentée par Me Marco, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à M. G B A, Mme D épouse B A et leurs enfants Mme E B A, Mme F B A, M. J B A, M. H B A et tout occupant sans droit ni titre installé au sein du hall jaune de l'hôpital des enfants - site C du centre hospitalier universitaire de Toulouse, de quitter les lieux sans délai et d'en évacuer l'ensemble de leurs biens ;

2°) de l'autoriser à procéder, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et au besoin avec le concours de la force publique, à la libération du domaine public et à l'expulsion des personnes l'occupant sans titre ;

3°) de l'autoriser à procéder au transport et à la séquestration des effets personnels des occupants sans titre, en tout lieu, y compris dans un garde-meuble, aux frais et risques et périls des intéressés, dans l'hypothèse où ils auraient laissé des effets sur place.

Il soutient que :

- la famille B A composée des deux parents et quatre enfants, occupe sans droit ni titre, un espace non délimité du hall jaune de l'hôpital des enfants- site C du centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse ;

- cet espace est affecté à l'usage direct du public et au service public hospitalier et dispose pour ce faire d'aménagements indispensables à ses missions ; le hall correspond à un espace d'attente général pour les usagers de l'hôpital des enfants afin de réaliser les différentes formalités administratives ; les usagers souhaitant accéder au secrétariat de cardiologie sont contraints de traverser l'espace occupé par la famille B A ; les personnels médicaux du service d'accueil des urgences pédiatriques, cardiologues, endocrinologues, cadres supérieurs de santé sont contraints de passer plusieurs fois par jour devant la famille installée, le bureau de plusieurs équipes médicales et paramédicales étant situé à l'arrière de ce hall ; l'exact endroit où la famille est installée de manière permanente donne directement sur une double porte correspondant à une issue de secours et l'installation de la famille compromet la circulation du personnel et des patients au sein de l'hôpital et porte atteinte au système de sécurité incendie ;

- cette installation irrégulière compromet la continuité et le bon fonctionnement du service public hospitalier qui s'y exerce et contribue à la mise en danger des patients et des professionnels ;

- en plus des difficultés d'accès au service public hospitalier, cette occupation entraine des problématiques de santé publique et de sécurité des patients et des professionnels ;

- la présence de tierces personnes non autorisées sur le site ne peut être tolérée et encore moins de manière pérenne, dans un bâtiment qui accueille des mineurs placés sous la responsabilité du CHU ;

- cette occupation génère une situation d'insalubrité préjudiciable à la santé des occupants ;

- la décision ne se heurte à aucune contestation sérieuse ;

- la mesure doit être prononcée avec effet immédiat, il a en effet mené plusieurs tentatives de délogement demeurées infructueuses et a saisi sans succès à la fois la ville de Toulouse et la préfecture pour qu'une solution de relogement puisse être mise en œuvre alors que l'occupation ne peut perdurer.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 décembre 2024, M. G B A et Mme D, représentés par Me Francos, concluent à l'admission de M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et au rejet de la requête du CHU de Toulouse, à titre subsidiaire, demandent qu'il leur soit accordé le bénéfice d'un délai de quatre mois pour libérer les lieux et de mettre à la charge du CHU de Toulouse une somme de 2.000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où ils ne seraient pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la présence de la famille se réduit à occuper un recoin du hall laissant l'ensemble du lieu accessible, la circonstance que des personnels de santé soient contraints de passer plusieurs fois par jour devant la famille n'est pas de nature à établir une mise en cause du bon fonctionnement du service public ; il n'est pas justifié que l'issue de secours est gênée par la présence de la famille, l'atteinte à la continuité et au bon fonctionnement du service public hospitalier n'est pas démontrée ;

- la mise en danger des patients et des professionnels n'est pas caractérisée ;

- aucun élément ne vient démontrer un problème d'insalubrité ;

- à titre subsidiaire, il y a lieu, au titre du contrôle de proportionnalité incombant au juge de l'expulsion, de prendre en considération la particulière vulnérabilité de la famille et d'assortir l'éventuel prononcé de la mesure de garanties de nature à assurer le respect de la dignité humaine et l'intérêt supérieur des enfants ; la famille a demandé à bénéficier du droit au logement opposable et la décision de la commission de médiation est attendue au 5 décembre 2024, jour de l'audience ; il n'existe aucun danger grave et imminent pour les occupants du fait de leur maintien dans l'immeuble, leur présence ne retarde la réalisation d'aucun projet d'intérêt général et n'entrave nullement le fonctionnement du service public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relatives aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 décembre 2024 à 10 heures en présence de Mme Tur, greffière d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Marco, représentant le CHU de Toulouse, qui reprend en les précisant ses conclusions et moyens et en insistant en particulier sur les difficultés quant au fonctionnement normal et la destination de l'hôpital causées par cette occupation illicite ainsi que sur les différentes démarches engagées en vain par l'établissement ;

- et les observations de Me Francos, représentant les requérants, qui reprend ses écritures et insiste sur la nécessité de prendre en compte la particulière vulnérabilité de la famille et d'assortir l'éventuel prononcé de la mesure de garanties de nature à assurer le respect de la dignité humaine et de l'intérêt supérieur des enfants.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le centre hospitalier universitaire de Toulouse demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner à M et Mme B A et leurs quatre enfants de quitter sans délai le hall jaune de l'hôpital des enfants - site C du centre hospitalier universitaire de Toulouse et d'en évacuer l'ensemble de leurs biens.

Sur les demandes d'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur ses conclusions en défense, d'admettre M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse ;

4. Il résulte de l'instruction que M. et Mme B A et leurs quatre enfants âgés de 15, 14, 6 et 3 ans, occupent sans droit ni titre depuis mi-septembre 2024 un espace du hall jaune de l'hôpital des enfants du site C du centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse. Cet espace est dédié à l'attente des usagers de l'hôpital qui viennent y réaliser différentes formalités administratives auprès du bureau des entrées, de la cellule " état-civil " et des assistantes sociales du pôle enfants. Il est constant qu'ils sont installés au fond du hall, laissant les lieux accessibles et qu'aucun incident ou problème d'insécurité ne leur est spécialement imputé. Toutefois, cette occupation prolongée des lieux entraine une dégradation des conditions sanitaires, incompatible avec les exigences requises pour la prise en charge d'enfants malades dans un établissement hospitalier. En outre, les usagers souhaitant accéder au secrétariat de cardiologie ainsi que les personnels médicaux du service d'accueil des urgences pédiatriques sont contraints de traverser l'espace ainsi occupé ce qui génère des difficultés de circulation tant pour les patients que pour le personnel hospitalier. Enfin, l'installation des effets de la famille devant une issue de secours entraine par ailleurs un risque quant au respect des règles de sécurité incendie qui s'imposent à un établissement recevant du public. L'occupation illicite des lieux porte ainsi atteinte au bon fonctionnement du service public hospitalier. Dans ces conditions, la mesure d'expulsion sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Lorsqu'il est saisi d'une demande d'expulsion d'occupants sans droit ni titre d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, lorsque l'exécution de cette demande est susceptible de concerner des enfants, de prendre en compte l'intérêt supérieur de ceux-ci pour déterminer, au vu des circonstances de l'espèce, le délai qu'il impartit aux occupants afin de quitter les lieux.

7. En l'espèce, les défendeurs demandent un délai de quatre mois afin de quitter les lieux. Ainsi qu'il a été dit, la famille B A comprend quatre enfants mineurs, dont trois sont scolarisés. Toutefois, le bon fonctionnement du service public hospitalier est de nature à justifier que les lieux soient libres d'occupation dans un délai raisonnable. Le centre hospitalier de Toulouse a mis en œuvre des diligences auprès des services de l'Etat et de la ville de Toulouse afin de trouver un hébergement pour la famille. Par conséquent, dans les circonstances de l'espèce, afin de permettre aux occupants sans titre d'organiser leur départ et de réunir leurs effets personnels et mobiliers, il y a lieu de leur accorder un délai de départ volontaire de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. A l'expiration de ce délai, les meubles et effets personnels délaissés par les occupants sans titre pourront être enlevés et détruits par le centre hospitalier universitaire de Toulouse.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner l'expulsion de la famille B A du hall jaune de l'hôpital des enfants - site C du centre hospitalier universitaire de Toulouse ainsi que l'évacuation de leurs effets personnels et mobiliers, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, faute de quoi le CHU de Toulouse pourra faire procéder à leur expulsion et à l'enlèvement d'office de leurs effets en recourant, si nécessaire, au concours de la force publique. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à M. G B A, MmeDi et leurs enfants Mme E B A, Mme F B A, M.Je B A, M.Hf B A et à tout occupant sans titre du hall jaune de l'hôpital des enfants - siteCn du centre hospitalier universitaire de Toulouse, de quitter les lieux dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. A défaut d'exécution volontaire par les intéressés, le CHU de Toulouse pourra procéder d'office à leur expulsion des locaux en cause et à l'enlèvement d'office de leurs effets, si nécessaire avec le concours de la force publique.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au centre hospitalier universitaire de Toulouse, à M. G B A, MmeDi épouse B A et à Me Francos.

Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 9 décembre 2024.

La juge des référés,

Céline ARQUIÉ

La greffière,

Pauline TUR

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

ou par délégation la greffière

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